m S ^:* ARCHIVES ZOOLOGI BJ ENTALE ET GKXi- !!AL1' PARIS. — TYPOGRAPHIE A. HENNUYER, I, RUE DAUCET. ARCHIVES DE ZOOLOGIE EXPÉRIMENTALE ET GENERALE HISTOIRE NATURELLE — MORPHOLOGIE ~ HISTOLOGIE ÉVOLUTION DES ANIMAUX PUBLIEES SOLS LA DIRECTION DE HENRI DE LAdAZE-DUTHIERS MEMBRE DE L'iNSTITUT DE FRANCE (Académie des sciences) FROFESSEUR D'aNATOMIE COMPARÉE ET DE ZOOLOGIE A LA SORBONNE (Facilité des sciences) TOiME DEUXIÈME 1873 LIBRAIRIE DE G. REINWALD ET C^ 1o, RUE DES SAINTS-PÈRES, 15 NOTES ET REVUE I REMARQUES SUR LA STRUCTURE DES GRÉGARINES ; Tar M. E. RAY-LANKESTER i. M. Edouard van Beneden a récemment publié d'intéressantes observations sur la structure et les métamorphoses d'une énorme qrégarine du homard qu'il nomme Gregarina giganlea. Au-dessous de la cuticule de ce singulier parasite, le professeur de Liège signale une couche de fibres circulaires qu'il décrit comme de nature mus- culaire et à laquelle il attribue, en grande partie du moins, la contractilité de l'animal. D'après ses propres] observations, M. Ray-Lankester ne croit pas devoir adopter cette opinion d'une manière absolue. Cette couche manque en effet chez un grand nombre de grégarines ; chez d'autres (Monocyslis nereidis), on trouve au contraire l'apparence de fibres longitudinales qui, suivant Stuart, coexisteraient avec des fibres circulaires chez la Monocyslis lelepsavi ; les unes et les autres manquent chez les grégarines des siponcles et des lombrics [Monocyslis lumbrici et sipunculi). Comme toutes ces grégarines sont également contractiles, que leurs mou- vements présentent exactement les mêmes caractères, il y a lieu de penser que chez toutes les mouvements sont produits de la même manière et qu'il en faut chercher la cause dans un tissu qui leur soit commun. Cette dernière condition n'étant pas remplie par les fibres décrites par M Ed. van Beneden, M. Ray Lankester pense que leur nature musculaire est au moins douteuse. Il attribue, en conséquence, la contractilité à la partie la plus extérieure et la plus transparente de la couche sarcodique, laquelle est en contact avec la cuticule. La progression s'accomplirait par une onduhition continue des bords de cette portion claire du sarcode ou parenchyme cortical. Une ondulation du même genre est de même pour beaucoup dans la locomotion des planaires. M. Ray-Lankester laisse encore indécise la véritable nature des stries trans- versales parfaitement décrites par M. Ed. van Beneden dans la Gregarina gi- ganlea. ' Quarterly Journal of Microscopical Science, octobre 1872. .^RCH, DE ZOOL. FNP, ET GÉN. — T. II. 1873. . A. Il NOTES ET REVUE. Il fait iK'aniuoiiis remarquer que la cuticule des grégarines présente, comme celle des iufusoires, certaines ornementations (jui peuvent sinuilerune apparence librillaire. Il pourrait d'ailleurs arriver que le parenchyme cortical présentât lui-même une apparence analogue sans qu'il fût rigoureusement permis de conclure pour cela à l'existence de fibres musculaires. M. Ray-Lankester a aussi étudié le développement de la grégarine des si- \)ondes {MonoajsUs sipunculi). Il a retrouvé les principales phases de dévelop- pement signalées par M. van Beneden. Les pseudn-noviculcs sont pourvus à une de leurs extrémités «l'un long fila- ment immobile. La phase amœbéenne n'a pas été vue, mais celle qui doit la suivre est représentée par de pseudo-cercaires dont la queue est toujours en mouvement, la tête demeurant inerte. Viennent ensuite des pseudo-plaires très-actives qui conserventleur forme jusqu'aprèsl'apparition du noyau qui doit les faire passer de l'état de cylodcs monérieunes à celui de cellules véritahles. Les pseudo-filaires devenues grégarines peuvent se diviser par scission lon- gitudinale et donner diverses grégarines; le cycle génétique est dès lors complet. La grégarine n'a plus qu'à s'enkyster et à se résoudre en pseudo-navi- culcs ou psorospermes. E. Perrier. II CRUSTACÉS DIVERS ET POISSONS DES DÉPOTS SILURIENS DE LA BOHÊME; Par JoAcniH BARRANDE. Les lecteurs ont pu se convaincre, en parcourant le premier volume des Archives de zoologie expérimentale, que des travaux importants relatifs au transformisme avaient été insérés soit pour, soit contre cette théorie. La question de la transformation des espèces les unes dans les autres n'est certes pas plus nouvelle qu'elle n'est résolue, et si les uns apportent avec un zèle excessif des faits destinés d'après eux à la confirmer, d'autres, non moins actifs ou, il faut dire, non moins passionnés, cherchent à prouver que les es- pèces sont fixes. Laissons la question se juger d'elle-même, et continuons ;\ publier à son sujet les documents importants. M. J. Barrandc suit les transformistes sur le terrain où ils ont amené la (juestion, et se dit que : « Puis(pie dans les couches du globe on doit trou- ver les preuves du passage d'une espèce à l'autre, et par conséquent l'appari- tion d'abord de types simples primitifs, ensuite les traces des modifications successives de ces types, il faut croire que dans les terrains les plus anciens, montrant les premières traces de la vie animale, on devra rencontrer les animaux les plus simples et les inodifications de leurs formes conduisant aux faunes si varices des couches supérieures. » NOTES ET REVUE. m Et c'est en étudiant, les faunes siluriennes avec un soin rare bien connu de tous les savants^ qu'il cherche la démonstration des tliéories avancées depuis quelques années, et comme il ne la rencontre pas, il réfute le transformisme EN OPPOSANT, comme il dit, les théories a la réalité. Nous reproduisons aujourd'iiuiles conclusions d'un nouveau travail analogue à celui qui a été imprimé en 1872, vol. I des Archives de zoologie expérimentale, note Vïl, p. XXVI. Celui-ci a trait aux crustacés divers et aux poissons des dépôts siluriens de la Bohème'; nous n'avons point à l'analyser, car les conclu- sions qu'on trouvera ici forment elles-mêmes l'analyse du travail. L'apparition brusque des vertébrés, sans être précédée par ^existence, de types intermédiaires permettant de- supposer la transformation progressive, est certainement l'un des faits les plus difficiles à faire concorder avec les théories. Aussi nous bornerons-nous à rapporter les conclusions relatives aux poissons. Dans son introduction, p. 28, M. J. Barrande fait remarquer que, « les poissons étant doués de puissants moyens de locomotion et paraissant en état de supporter d'assez grandes différences de température, on conçoit que leur diffusion a pu avoir lieu dans un temps relativement court. D'ailleurs cette diffusion, s'opérant immédiatement par la voie des mers, a dû être indépen- dante de l'émersion ou de la disparition des continents qu'on invoque dans la théorie pour expliquer la diffusion lente et irrégulière des vertébrés ter- restres. c( On peut donc présumer, avec la plus grande probabilité, que, si les pois" sons avaient existé quelque part dans les mers siluriennes, -durant les âges de la faune seconde ou de la faune primordiale, nous trouverions également par- tout leurs restes, combinés avec ceux des autres animaux qui composent ces faunes, car chacune d'elles représente des âges très-prolongés. « Ainsi l'absence invariable de toute trace des poissons avant l'époque de la faune troiiiième silurienne, bien qu'elle soit de nature négative, constitue à nos yeux l'indication suffisante de leur non-existence durant les âges anté- rieurs. La découverte de quelque avant-coureur sporadique de cette classe dans la faune seconde ne pourrait modifier que faiblement cette conclusion, à cause de sa généralité qui embrasse toutes les région* silurieiuies. « Les observations paléontologiques ne nous ayant révélé jusqu'à ce jour les traces d'aucun animal ([ui puisse être considéré comme représentant une transition entre les vertébrés et les types siluriens préexistants les plus par- faits, c'est-à-dire les trilobites et les céphalopodes nautiles, la première appari- tion des poissons dans la faune troisième offre le môme caractère de soudaineté relative que nous avons signalé pour la première apparition des céphalopodes dans la faune seconde et pour celle des trilobites dans la faune primordiale. C'est toujours le même phénomène qui; se reproduit, sous des apparences diverses, à des époques très-distantes. » PARALLÈLE ENTRE LES POISSONS, LES TRILOBITES ET LES CÉPHALOPODES SILURIENS. « Les fragments très-incomplets des poissons que nous avons découverts dans le bassin silurien de la Bohème méritent toute notre. attention, parce ,v NOTES ET REVUE. ({u'ils i-ontribuent à confirmer des faits de la plus haut»; importance scieiiti- liijue. Cette importance dérive de l'identité de ces faits avec ceux que nous avons déjà constatés pour les céphalopodes et pour les trilobites, c'est-à-dire I)our les deux ordres prédominants dans les faunes les plus anciennes. « 1. Considérons d'abord un fait de nature négative, mais très-significatif par sa généralité. C'est l'absence des poissons dans la faune seconde silu- rienne, comme dans la faune primordiale et dans la faune cambrienne. « L'absence des poissons dans les faunes primordiale et seconde est un fait qui a la même importance! et la même signification que l'absence des trilobites dans la faune cambrienne et (juc l'absence des céphalopodes dans la faune primordiale. « Chacun de ces trois faits contribue à indiquer, d'une manière concor- dante, un commencement d'existence du type correspondant, après une époque déterminée de non-existence , et nous allons montrer que l'époque de ce commencement n'est point en harmonie avec les prévisions théoriques. « 2. Par contraste, nous constatons lapremière apparition relativement sou- daine et comme simultanée des poissons vers le milieu de la durée de la faune troisième silurienne , sur des horizons rai)prochés ou comparables, dans diverses grandes régions siluriennes. « Cette première apparition dus poissons rappelle, par la soudaineté et la simultanéité, le phénomène sendjlablc que nous avons constaté pour les trilo- bites de la faune primordiale et pour les céphalopodes de la faune seconde. Tous les phénomènes montrent entre eux une parfaite harmonie et ils sont également en discordance avec les théories par leur soudaineté relative et par leur extension sur les deux continents. « 3. Les plus anciens poissons ne sont pas représentés par des fossiles d'une apparence équivoque ou d'une organisation inférieure. Au contraire, ces fossiles sont parfaitement reconnaissables comme appartenant exclusive- ment à cette classe. La forme et la structure des écailles, des dents et des parties osseuses ne permettent aucun doute sur leur nature et indiquent un haut degré d'organisation. « Ce fait rappelle les observations semblables dans toutes les régions silu- riennes au sujet des trilobites de la faune primordiale et des premiers cépha- lopodes de la faune seconde ; les uns et les autres se manifestent dans la pléni- tude de leur caractère distinctif, dès l'époque de leur première apparition, sans qu'on ait jamais signalé à notre connaissance une seule forme d'apparence douteuse ou en voie de se constituer en types nouveaux. « C(!s faits sont en complète contradiction avec la transformation gradueH® que nous enseignent les théories, « 4. Quant aux dimensions de la iiUipart des premiers poissons, elles sonf comparables à celles des types de la même classe (jui caractérisent les Ages géologiques ])ostérieurs. Les lecteurs s'en convaincront aisément en jetant uw COU]) d'œil sur les fragments figurés sur nos planches XXVIII, XXIX, XXX, XXXIV, supplément. Nous calculons que le Coccosleus Fiitschi atteignait lai longueur de 1"',30. « Ce fait rappelle les grandes dimensions relatives des plus anciens trilo-- bites primordiaux, etc. NOTES ET REVUE. v « Toutes ces observations concourent à contredire l'idée théorique d'un commencement par les formes minimes ou inférieures de chaque type, « 5. Remarquons maintenant le nombre considérable et la variété des types génériques des poissons qui se manifestent soudainement dans la faune troi- sième silurienne. Nous n'en comptons pas moins de quatre bien contrastants ,dans notre petit bassin de la Bohème. Nous en voyons cinq reconnus en An- f^leterre, dans la hauteur du seul étage de Ludlow. Les formations de l'île d'Œsel et des provinces russes de la Baltique qui renferment la faune troi- ,sième silurienne ont fourni au docteur Pander des éléments divers sur les- quels il a cru pouvoir fonder 28 j:;enres de poissons. Nous les trouvons énu- mérés d'une manière synoptique par M. le docteur Schmidt dans son Mémoire ^ur l'Eslhonie el laLivonie publié en 1856. « Chacun de ces genres est le plus souvent représenté par plusieurs formes spéciflques. » [On sait que dès 1845 cette diversité avait frappé L. Agassiz et qu'il la consi- dérait comme une preuve de créations indépendantes [Géologie de la Russie d'Europe el des montagnes de l'Oural, vol. II, p. 107).] « Le nombre considérable des premiers types génériques et des premières formes spécifiques des poissons siluriens est en parfaite harmonie avec la l^rande variété de genres et d'espèces que nous avons reconnue parmi les tri- lobites des premières phases de la faune primordiale, renfermant 28 genres et 168 espèces. Nous avons constaté de même que les premières apparitions des céphalopodes sur les horizons les plus inférieurs de la faune seconde ont présenté 12 genres et lo6 espèces. « Ce développement relativement soudain de tant de types génériques et de formes spécifiques est en opposition évidente avec toutes les vues théoriques de variation insensible et de transformation. « 6. Parmi les plus anciens poissons, nous observons la manifestation simul- tanée des mêmes formes typiques principales, dans presque toutes les régions siluriennes, sur les deux continents. Ainsi le type si fortement caractérisé des poissons cuirassés qui surgit dans l'ile d'Œsel, en Russie, avec beaucoup d'autres, dans l'une des dernières phases de la faune troisième, est aussi le premier qui apparaît en Bohême, dans notre étage F. On sait que ces deux contrées, situées l'une sur la grande zone septentrionale, l'autre sur la grande zone centrale d'Europe, ne possèdent presque aucune connexion scientifique. « Ce même type cuirassé, sous une forme générique un peu différente de celle des Aslcrolepis et des Coccostens de l'Europe, se montre également parmi les plus anciens poissons du nord de l'Amérique et il a reçu le nom deMacro- petalichthys Sullivanti. « Les genres d'Europe, Cephalaspis et Halopiychius, sont aussi signalés par M. le professeur Dana sur la page citée, comme reconnus sur le même ho- rizon, dans l'État de New-York ; mais ils n'étaient pas encore figurés à l'époque de celte publication. « Cette concordance dans les formes les plus singulières des types des pois- sons, se manifestant avec des variations locales, à de grandes distances géo- graphiques sur le globe, constitue le même phénomène que nous avons signalé pour les trilobites dans les termes suivants : VI NOTES ET REVUE. « Il est donc difficile de concevoir, sans rintluenco d'une cause souveraine a et ordoniiiitrice, pourquoi la vie animale, se développant isolément d'une ma- « nière indépendante et sous l'influence de circonstances locales très-ditîé- « rentes, s'est cependant manifestée simultanément partout , sur les deux « continents, sous des formes, sinon identiques, du moins tellement analogues « ou semblables, que la science ne peut s'empêcher de les associer sous les « mêmes noms génériques : Paradoxidus, Oledus, Agnostus. » « La même observation s'applique aux plus anciens céphalopodes, dont on peut voir la distribution sinmltanée sur les deux continents. « Cette extension géographique des principaux types destinés à caractériser une époque, c'est-à-dire des types cosmopolites, n'empêche pas la coexistence de certains types locaux pour les poissons comme pour les trilobites et les cé- phalopodes. Tous ces phénomènes se reproduisent, à des époques très-espacées dans la série des âges, comme s'ils avaient été réglés par un même pro- gramme dans lequel on ne saurait reconnaître l'action lente et successive de la filiation et de la transformation sous l'influenc*; prédominante des cir- constances locales. « 7. Les premiers poissons siluriens, comparés entre eux, nous offrent des formes très-contrastantes, telles que celles des types cuirassés, Àslerolepis, Coccosleiis, avec lîoloptuchins, Clcnacanthiis, Ccphalaspis, Pteraspis, etc. Si toutes ces formes sont dérivées par voie de liliation et de transformation d'un ancêtre commun de la môme classe, nous devrions trouver les traces des formes intermédiaires. Ces formes devraient être très-multipliées, selon la doctrine des variations insensibles et graduelles. « Cependant ces formes de transition nous manquent et leur absence constante est encore plus inexplicable qiie pour les autres choses, à cause des considérations suivantes : a Remarquons que les plus anciens poissons connus semblent être ceux du Ludlow inférieur en Angleterre, de l'étage F de la Bohême et du grès d'Oris- kany en Amérique. Leur existence paraît correspondre aux phases moyennes de la faune troisième silurienne. Tous les autres poissons de cette faune ap- partiennent à des horizons plus élevés en Angleterre, en Bohême, etc. « Par conséquent, si les types généri(iues des poissons n'ont pas surgi tels que nous les voyons, la trace de leur origine et de leur transformation devrait être cherchée d'abord dans les premières phases de la faune troisième silu- rienne, ensuite dans la faune seconde, [)uis au-dessous dans la faune pri- mordiale et enfin dans la faune cand)rienne. « Or ces diverses faunes réunies occupent un immense espace vertical dans la série géologique et cette hauteur correspond à une énornK! durée dans la série des âges paléontologiques. « Considérons que les dépôts (|ui renferment ces faun(!s, étant généralement exciuipts des influences niétamorplii(|ues, ne se prêtent pas à l'illusion de la disparition des fossiles par l'elïetdes réactions cbimicjues. Il est bien constaté au contraire qu'à partir de la faune camhrienne, jusque vers le milieu de la durée de la faune troisième, les restes, môme les plus délicats, de diverses classes se sont parfaitement conservés; ils sont tellement variés que la science les a 'Miumérés sous plus de neuf mille noms spécifiques. NOTES ET REVUE. vu « La faune cambrienne, malgré son extrême pauvreté jusqu'à ce jour, en comparaison des faunes siluriennes, jouit cependant du remarquable privilège de nous offrir principalement des traces d'annélides, c'est-à-dire de vers mous. Cette circonstance nous montre quelles beureuses cbances de conservation se seraient présentées pour les restes des animaux plus solides s'ils avaient existé à cette époque. « Ainsi, d'un côté, ce n'est pas le temps qui a manqué durant cette longue série d'âges géologiques pour l'existence et la transformation même très-lente des ancêtres supposés des poissons siluriens, et par conséquent nous devrions rencontrer leurs restes très-multipliés. « Il serait difficile d'admettre que, par exception, toutes les contrées silu- riennes aujourd'hui connues auraient été inaccessibles aux poissons, durant tout le temps en question, si des animaux doués de puissants moyens de loco- motion avaient existé dans d'autres régions du globe. « D'un autre côté, puisque tant de formes fragiles et même molles nous sont nettement transmises par leurs empreintes, dans les roches siluriennes et même cambriennes, le manque des moyens habituels de conservation ne saurait être invoqué pour expliquer l'absence absolue des vestiges des pois- sons dans los faunes considérées. « Nous devons donc reconnaître que ce sont les représentants eux-mêmes des poissons sous une forme primitive quelconque qui ont fait défaut, durant l'existence de ces faunes successives. Ainsi, attribuer à la filiation et à la trans- formation de formes antérieures l'origine des poissons de la faune troisième silurienne serait introduire un mythe dans la paléontologie. « En somme, nous constatons une admirable harmonie dans la première apparition des poissons, des trilobites et des céphalopodes, comme dans tous les phénomènes qui s'y rapportent. Malgré les caractères tranchés qui dis- tinguent ces trois classes, elles occupent les premiers rangs par leur organisation dans les faunes anciennes ; malgré l'espace immense de temps qui sépare les époques de leur première manifestation, malgré la distance géographique entre les contrées siluriennes où elles surgissent, nous reconnaissons qu'elles ont été exactement soumises aux mêmes lois de la nature, c'est-à-dire au même plan général, émanant delà souveraine Intelligence créatrice. ches, des lamelli- branches et un supplément relatif à celles des opistobranches. Les mollusques composant la faune malacologique du Kieler Bucht sont représentés avec leurs couleurs propres, de grandeur naturelle ou grossis quand cela est nécessaire; à côté d'eux sont placées les parties importantes de leur corps qui fournissent les caractères destinés aux spécifications. L'ouvrage de MM. Meyer et M'obius devient aujourd'hui nécessaire à tous ceux qui veulent se rendre compte de la faune malacologique des côtes nord de l'Allemagne. H. de L.-D. IV SUii LES GLANDES SALIVAIRES DES ABEILLES. {Mitlheilungen u!);r die Speichelorgane der Biene, vux G. -Tu. v Siebold *.) Les admirables travaux de Charles Darwin sur les Varialions des animaux et des plantes prouvent d'une façon surabondante combien les zoologistes gagneraient à fréquenter plus qu'ils ne le font généralement les agronomes, les éleveurs et en un mot tous les hommes pratiques dont les remarques ingé- nieuses et le talent parfois très-grand pour l'expérimentation prêteraient à la science pure un concours des plus efficaces. ^ Separata/jdruck aus der Bienenzeilung, a» 23 (1872) und. z\var ans dem Berichl iiher die Verhandlungen der achlzehnteu Wanderversainmlung deutscher Bienen- sUchtcr, NOTES ET REVUE, ix C'est ce que les Allemands ont compris depuis longtemps en ce qui concerne l'éducation des abeilles : aussi des savants tels que Siebold et Lcuckart ne dédaignent-ils pas de faire partie de sociétés d'apiculteurs et de collaborer à des journaux d'apiculture dans lesquels ils répandent les pré- cieuses indications de l'entomologie, mais oi!i ils puisent en échange d'im- portantes notions biologiques et les sujets de brillantes découvertes. Ce sont les observations de Dzierzon et de Berlepscli qui ont servi naguère de fondement scientifique aux études sur la parthénogenèse, poursuivies plus tard avec succès par de nombreux zoologistes, et notamment par ceux que nous avons nommés plus haut. C'est encore un apiculteur, Mehring, qui par ses expériences sur la production de la cire et du miel a été l'instigateur du travail que nous allons résumer brièvement aujourd'hui. Les recherches de Ramdohr, de Treviranus, de Meckel et surtout le beau travail de Leydig ' et les études récentes de Fischer^ nous ont fait connaître la complication remarquable de l'appareil salivaire des abeilles. Ces insectes pré- sentent en effet trois systèmes de glandes destinées à la sécrétion de la salive, et que Siebold désigne, d'après leur position, sous les noms de syslèmc cer- vical inférieur, système cervical supérieur et syslcme ihoracique. D'une manière générale, les trois systèmes sont constitués par des glandes paires, composées, racémiformes, dont les acini sont formés d'une membrane propre lort mince [limica propria), tapissée par des cellules sécrétantes à noyaux et contours plus ou moins nets suivant les individus observés. Les canaux excréteurs sont formés de chitine et leur surface interne est recouverte d'une fine membrane linlima) également chitineuse, qui présente une ornementation variable avec les systèmes considérés et avec le sexe. Nous ne suivrons pas l'auteur dans la description détaillée qu'il donne des trois systèmes glandulaires chez l'abeille ouvrière et des rapports remarquables que présentent les deux derniers systèmes, reliés entre eux par une sorte de réservoir infundibuliforme. L'm(im« des canaux excréteurs de ces deuxième et troisième systèmes rappelle tout à fait la disposition du fil spiral des trachées des articulés. La présence de cette spirale chitineuse a même entraîné Fischer à considérer ces appareils comme des organes respiratoires. Siebold oppose à cette opinion des objections très-sérieuses. D'abord l'existence du fil chitineux indique seulement que le canal doit être protégé contre les obstructions et no permet pas de préjuger rien sur la nature des fluides qui y circulent. Mais de plus le second et surtout le troisième système sont beaucoup plus dévelop]»és chez l'abeille ouvrière que chez le mâle et chez la reine, où ils présentent en outre de légères modifications. Comme ces derniers ont un corps beaucoup plus volumineux, c'est l'inverse qui devrait avoir lieu si ces organes servaient à la respiration. Quant aux glandes du premier système, elles font complètement défaut chez la reine et le faux bourdon, qui gardent seulement pour toute trace les ouver- tures extérieures des canaux d'excrétion sur les pièces hyoïdales. Quelles sont les fonctions de ces divers organes salivaires? C'est ce qu'il est 1 Voyez Leydig, MûUer's ArcMv fur Anatomie, lSo9, p. 28. pi. IIL î Voyez Fischer, die Speicheldrusen der hiene {Bienenzeilung, 1871, p. 134). X NOTES ET REVUE. difficile (le décider. Il n'est pas aisé de reconnaître les propriétés chimiques des liquides sécrétés; tout au plus pourrait-on le tenter pour le produit assez abondant des glandes cervicales supérieures. L'absence ou la présence des diverses glandes et leur développement inégal selon le sexe et l'âge de l'insecte faciliteront sans doute la solution de ce problème. « Je ne puis dissimuler, dit .Siebold, (]u'il m'est souvent venu à l'esprit que, parmi les abeilles ouvrières, les nourrices et les porteuses se distinguent autrement que par l'âge, comme on le (lit généralement : peut-être les jeunes nourrices, avec leurs glandes salivaires fortement développées, ?ont-elles plus propres à l'élevage du cou- vain que les vieilles porteuses, car il n'est pas douteux que les organes sali- vaires jouent un rôle dans la préparation de la bouillie nourricière. Fischer a déjà appelé l'attention des apiculteurs sur cette division du travail chez les abeilles oitvrièrcs et sur le processus de régression des glandes salivaires. » Malgré les observations de Dunlioff, de Leuckart et de Dzierzon sur la diffé- rence qui existe entre la bouillie nourricière et les matières contenues dans l'estomac des- abeilles, on trouve encore dans le Traite d'apicullurt de Ber- lepscli, c'est-à-dire dans le livre le plus renommé et le plus répandu chez les apiculteurs, que la bouillie nourricière n'est autre chose que les aliments pris à l'extérieur et déposés dans les cellules des larves. On ne saurait donc trop insis- ter sur ce fait que la bouillie subit l'imprégnation d'au li(|uidc spécial (|ui lui donne ses propriétés. Un fait également important et inconnu des apiculteurs est l'emploi de la salive pour la préparation de la cire et du miel. Fischer a indiqué cette fonc- tion des glandes salivaires, et Siebold se réjouit devoir Dzierzon joindre son témoignage à son opinion personnelle sur cette question. Je dois ajouter toute- fois qu'en ce qui concerne la production de la cire, Lacordaire, dans son excel- lente Inlroduclion à Venlomologie, a signalé depuis longtemps la particularité qui nous occupe. « Pour que la cire arrive à l'état sous lequel nous la tirons des ruches et surtout acquière la ductilité, il faut, dit-il, qu'elle soit travaillée par les abeilles, qui la mâchent pendant qu'elles fabriquent leurs gâteaux et l'im- prègnent de la salive qu'elles rendent pendant celte opération ^ » C'était aussi d'ailleurs ce que pensait Treviranus, et je suis persuadé, comme l'auteur du présent mémoire, qu'il existe une différence de composi- tion clumi(]ue entre la cire telle qu'elle est sécrétée et celle qui entre dans la constitution des gâteaux. D'' A. Giaud. 1 Voyez Lacordaire, lac. cit., II, p. 128. / NOTES ET REVUE. ENVOI ADRESSÉ AU LABORATOIRE DE ZOOLOGIE EXPÉRIMENTALE DE ROSCOFF PAR MM. AGASSIZ. Le laboratoire de Roscoff, où les travaux vont prendre une activité dont, je l'espère, les lecteurs des Archives ne tarderont pas à s'apercevoir, vient de recevoir de MM. Agassiz un magnifique envoi de livres. Les diverses publications faites at Harvard Collège, sous la direction savante de MM. Agassiz, dont l'activité sans borne imprime une impulsion si vive aux sciences naturelles en Amérique, nous ont été libéralement données. A'côté des quatre superbes volumes des Coniributions, bien connus des na- turalistes, se trouvent les travaux déjà ancrens sur le développement des poissons d'eau douce d'Europe; le catalogue des opliiures, de Lyman ; une révision complète du groupe des oursins, l'embryogénie de-^ astéries, etc., par Al. Agassiz; les coraux des mers profondes, de F. de Pourtalès, etc., etc. Tous ces ouvrages seront, d'une grande utilité pour nos études, surtout si l'on songe qu'ils se rapportent aux faunes marines de l'Atlantique et que Roscoff reçoit des courants d'eau du Guif-Stream. Ils permettront d'essayer des comparaisons entre les deux faunes séparées par des espaces immenses, mais que relient peut-être les courants cbauds venus d'Amérique. Le but de cette note est d'adresser tous nos reinercîmcnts à MM. Agassiz pour leur envoi, qui nous prouve combien ils s'intéressent à la réussite do notre entreprise. H. de L.-D. VI ANNALES DU MUSÉE CIVIQUE D'HISTOIRE NATURELLE DE GÈNES. {Annali del museo civicocU hisloria nalurale di Genova, publicati per cura di GiACOMO DoniA. Genova.) Nous avons reçu en même temps les trois premiers volumes de cette pu- blication importante. Le premier volume, daté de décembre 1870, renferme deux mémoires de M. S. Trinchese, l'un, sur un fœtus d'orang-outang, l'autre sur un nouveau genre d'éolidiens, et un travail de M. A. Issel sur un singe anthropomorphe de l'Afrique centrale. Les planches qui accompagnent ces travaux sont en grande partie coloriées et d'une fort belle exécution. Les volumes II et III, datés l'un d'avril, l'autre de décembre do l'année 1872, XII NOTES ET REVUE. reufernieiit des mémoires nombreux, importants, et accompagnés comme dans le premier volume de dessins fort remarquables. Les noms de MM. Cancstrini, Ferrari, Trinchese, Mayr, Paladilhe, Peters, Gestro, Fairmaire, Giglioli et Morrelet suflisent pour montrer quelle est la valeur des deux volumes de 1872. M. GiAcoMO DoRiA a accepté des travaux écrits dans des langues étrangères à celle de son pays; on trouvera en effet dans les Annales iVhisloire naturelle de Gênes des mémoires en français et en allemand. Je ne ferai qu'une observation. En parcourant le beau travail de M. Trin- chese sur le nouveau genre d'éolidiens, qu'il nomme Ercolania, j'ai vu (p. '.JU, vol. II) : « / generi più affini all^Ercolania sono : la Laura, che descrivero eslesamente nel prossimo numéro degli Annali, e la Hermaea di Loven. » S'il en est encore temps, et je l'espère, puisque dans ce troisième volume il n'y a point de travail sur la Laura, je me permettrai de faire remarquer à M. Trin- chese que j'avais déjà employé le nom génériiiue de LAURA pour désigner un crustacé parasite qui vit sur un antipathaire de la Méditerranée, la Gerar- dia Lamarckii [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 13 novembre 1865, vol. LXI, p. 838). J'avais cru à cette époque que le nom de Laura n'avait pas encore servi à désigner un genre, et c'est ce qui me l'avait fait employer. II. iJE L.-D. VII BIOLOGIE DES ÉPONGES CALCAIRES * ( Biologie der Kalkschwamme) Par le professeur Ernst H^CKEL. M. le professeur Ernst IIa3ckel, à qui la science doit des monographies très- importantes sur les animaux inférieurs, vient de publier sur les éponges cal- caires un travail fort étendu. La rédaction des Archirrs n'a reçu que ï Introduction et la partie générale sans les planches de l'ouvrage. Il est possible néanmoins, d'après l'énumération des chapitres contenus dans la première partie, de juger de l'importance du nouveau travail du professeur d'Iéna. Je m'étais fait un plaisir, c'était en 1868 et 1869, de recueillir à Roscoff des échantillons (l'éponges calcaires [lour M. Ha;ckel, et cela sur sa demande. Je les lui avais adresses avant 1870. Quelque méprise a dû causer l'erreur que l'on constate page 15 du Vortvorl; on y lit : Lacaze-Duthiehs (Prof.) : EineSammlunçj von Kalkschwàmmen, von der Normandie. 1 Die Kalksrlnranmip. t'Jiic MoïKi.t^-i-.-iiiliic in zwei Ua'iuU'ii Tcxl, mid ciucin AUa.s juiLtiO Tal'flu Al)bikliinj^çn. IJorliii, 1S7-^. NOTES ET REVUE. xm Roscoff est en Bretagne, tout près de l'ouverture de la Manche dans l'Océan, et les terrains granitiques ou autres des étages inférieurs formant le fond de la plage sont d'une nature toute différente de celle des roches jurassiques ou calcaires de Normandie. Les faunes et les flores marines sont très-caractérisées suivant la nature du fond de la mer; il y a donc quelque importance à ne point confondre l'origine et la localité où ont été recueillis les objets décrits. Je le répète, quelque méprise involontaire aura fait rapporter à la Nor- mandie les éponges qu'en 1869 j'avais recueillies à Roscoff pour M. Hœckel. H. DE L.-D. VIII SPICILÉGES DE PALÉONTOLOGIE ET DE ZOOLOGIE DE LA RUSSIE' PRÉSENTÉS A LA SOCIÉTÉ DES NATURALISTES DE MOSCOL', LE 3 (IS) OCTOBRE 1871 ; Par le docteur Ed. von EIGHWALD. Pour fêter dignement le centième anniversaire de la naissance de G. Fischer de Waldlieim, fondateur de la Société des naturalistes de Moscou, le docteur Eichwald, qui depuis I82I fait partie de cette Société et qui fut pendant qua- rante ans l'ami de Fischer, présente à la savante compagnie la description de trois animaux appartenant à des gruupes souvent étudiés par son illustre fondateur. I. PAL.EUTEUTHIS MARGINALIS (eICHWALD). Tesla scuiiformis, suhconvexa, elongata, suhquadrala, granosa, antrorsum rotun- àata, pauloque angustior qiiam prostrorsum, ubi sensim latior ; superficies concentrice sulcata ob strala incremenli admodum conspicua in u!roque potisaimum lalere ; média eminentia vixdiim promimdd cuneiformis, antrorsum dilalata ac prostrorsum sensim angustior inque marginem latum utrinqne excurrens ; ipsa denique eminentia média fovcolata, fovea elongata eminentiam in duas dividens parles latérales atqne œquales. Ce fossile est des grauwackes calcaires des bords du fleuve Tschud, que l'auteur considère comme répondant à celles de l'Eifel et apjjartenant au silu- rien supérieur. C'est, d'après Eichwald, l'os d'un céphalopode dibranche, et, comme ces animaux ont laissé fort peu de traces dans les terrains primaires, une semblable découverte présente un certain intérêt. Le professeur H. Kner fut le premier naturaliste qui signala l'existence de 1 Analecten aus der Paléontologie und Zoologie Russlands , von Doctor vo.\ Eichwald. Moskau. 1871. XIV NOTES ET REVUE. sépiostéges dans la grauwacke en Galicie*. Une étude comparative de ces débris et de l'os de la Scpia of/icinalis le conduisit à leur exacte détermina- tion. 11 leur donna le nom de Pleraspis pour indiquer l'al'linité qu'ils présen- tent avec les fossiles décrits par Agassiz sons le nom de Cephalaspis Lloydii et Cephalaspis Lewesii, dans son grand ouvrage sur les poissons fossiles (1835). Cotte dernière ressemblance conduisit M. Ray-Lankester à considérer le Pleraspis comme un poisson qu'il ap^teh Scaphaspis Kneri, réservant le nom de PUraspls pour quelques espèces de Cephalaspis qui appartiennent réellement à la classe des poissons'^. Eichwald reprend l'opinion de Kner et donne à l'espèce étudiée par ce na- turaliste le nom de Palœolculhis Kneri, une autre espèce voisine ayant été trouvée dans la grauwacke de l'Eifel et nommée Palœoteulhis dunensis par le professeur R(ïimer^. Ce dernier regarde aussi le Palœoteulhis comme un cé- pbalopode nu. Outre les raisons données par Kner à l'appui de cette manière de voir (présence des trois mêmes couclies histologiques et de la même structure concentrique des zones d'accroissement dans les fossiles en question et l'os de la seiche), Eichwald signale aussi l'absence de canaux vasculaires et de lacunes osseuses chez les Palœoteulhis. La même remarque a également été faite par Huxley pour les Pleraspis I.loydli et roslratus. M. Ray-Lankester reconnaît d'ailleurs parlaitimient ces différences de struc- ture; aussi divise-t-il ces poissons en deux groupes : les Heterostraci et les Osteostiaci, selon qu'ils sont dépourvus de lacunes ou qu'ils en présentent. Il a découvert en Jz Kner, ieher dk heiden Arien Cephalaspis Lloydii und Lewesii {Agassiz) und einige diesen znnachst stehende Sehalenresle (voyez IIaiuinger's, Naturhislorische Abhandlungen, 1847). 2 Voyez Monograph of the Fishes ofçld red Sandstone of Britain, by J. Powrie et E. IUy-Lankesteu. Part. 1, the Ceplialospidœ, hy RAY-L.\î^KESTEri, London, 1868, iu Paleontological Society, vol. XXI. 3 Voyez I^'eud. Hœmer, Palœoleulhis, eine Gallung nackter Cephalopoden ausdevo- nischen Schichten der Eifel in Palœonlographiva, von W. Dlnki;ii imd von Meyer, B. iV. Giissel, 18b(J, [). Ti. NOTES ET REVUE. xv II. ACERUNA FISCHERl (eICHWALD). Corpus paulo exallalum, capite decUvi, parte corporis superiore nigra, infera alhida flavescente ; tœniis 8-10 pluribiisve atris longitudinalibus dorsum mediumque corpus exornanlibus, capite nlgro concolore profundis foveis exstriicto, prima dorsali simplice 26 radiata, nigropunclata, anali C aculeis crassioribiis instructa pinnis pectoralibus nigrescentibus, nigropunctatis, abdominalibus G radiatis antico radio brevissimo. L'Acerina Fischerise trouve dans quelques lacs du gouvernement de Terask. Bien qu'habitant exclusivement les eaux douces, cette espèce a donc une très- faible extension géographique. Elle se distinguo des autres Acerina surtout par ses dix lignes noires longitudinales et par sa grosseur. L'Acerina vulgaris ou cernua (Linné) est beaucoup plus petite et n'a pas ces lignes. Block en a fait son genre Gymnocephalus, qu'on devrait bien conserver, car il est fondé sur un bon caractère, l'absence d'écaillés sur la tête, et le mot est meilleur que celui d' Acerina, qui n'est pas latin et ne signifie rien. Ce type se distingue par sa tête non écailleuse des Perça, Lucioperca, Lahrax et autres percoïdées ; par ses profondes fossettes cervicales, il se sépare éga- lement ÙQsSciœna. Une espèce très-voisine de Y Acerina Fischer i est Y Acerina Schralzer [V Acerina du Danube). Alais chez cette dernière le corps est cinq fois aussi haut que long, la tête est très-allongée, les fossettes sont plus larges et moins pro- fondes que dans Y Acerina Fischeri. La couleur du corps est jaunâtre, brune oli- vâtre en dessus, blanche en dessous : trois lignes noires longitudinales occupent la longueur du corps et entre ces lignes on remarque en outre de nombreuses taches noires ; enfin Y Acerina Schralzer se distingue surtout de Y Acerina Fischeri par la faible longueur de son corps, qui a de 8 à 9 pouces seulement. L'auteur établit aussi des diagnoses difTérentielles pour des animaux de groupes voisins, qui rappellent par leur aspeclY Acerina Fischeri. Tels sont les Perça asper. Perça volgensis (qu'Eichwald regarde comme une Lucioperca), Lucioperca marina, Cirrhilis fasciculatus, Herapsa Iheraps, Lucioperca sandra, et enfin le Cheilodiplerus arabicus, qui n'est qu'une perça. Les caractères distinctifs de ces espèces sont surtout tirés de leur distri- bution géographique, de la forme des dents, de la présence et de la disposition des raies ou taches noirâtres dont la plupart sont ornées. Ce dernier caractère, peut-être insuffisant pour la spécification, fournirait sans doute de curieux renseignements sur la phylogénie du groupe des per- coïdes. En effet, il arrive parfois que ces taches disparaissent avec l'âge ou le sexe. C'est ce qui a lieu, d'après Cuvier, chez le bar ou Lahrax lupus, dont les jeunes individus, surtout les femelles, sont le plus souvent tachetés pendant un temps plus ou moins long. III. HAUCILERUS GRYPUS (o. FABR. SP.). Après avoir exposé les divers changements (abaissements ou élévations) qu'ont subis et que subissent encore les eûtes de la Baltique, l'auteur rend compte de la pauvreté zoologique de cette mer, dont les eaux, continuellement XVI NOTES ET REVUE. adoucies par la fonte des glaciers Scandinaves, renferment cinq fois moins de matières salines que celles de l'océan Atlantique. Presque toute la population de cette mer intérieure a été amenée là par les vents de l'ouest, et l'on comprend aisément qu'elle se compose surtout de petits animaux inférieurs : bryozoaires, annélides et acalèphes, bivalves et gastéropodes. Parmi les vertébrés, les seuls poissons s'y trouvent en assez grande abondance, tandis que les mammifères n'y sont représentés que par les phoques et plus spécialement par le Calocephalus vUulinus, qui fut long- temps l'unique espèce habitant ces parages. Plus tard seulement, un autre phoque, VHalichœrus gnjpus, émigré de la mer groënlandaise, vint lui tenir compagnie, et tout récemment enOn une baleine, la Balœnoplera longimana, s'est égarée dans la mer Baltique. C'est en 18i7 que ce monstre lit son ajqiarition, au grand ell'roi des popula- tions riveraines. On le vit successivement en divers points des côtes, et, après avoir déjoué pendant quatre ans les jioursnites des pêcheurs esthoniens, le malheureux cétacé languit, mourut et fut rejeté par les vagues sur le rivage des îles Wrangelsholm et Rammesaar, d'où on le traîna jusqu'à Revel. Là on reconnut (|uc c'était un jeune individu mâle de Kijphobalwna keporkak (Esch- richt) ou Balœnu lonyimana (lUidolpIii). Un autre individu de cette espèce groën- landaise avait déjà été observé précédemment sur les côtes du Danemark. Eichwald attribue la mort de cette i)aleine à l'absence, dans la Baltique, d'animaux propres à la nourriture des cétacés (actinies, seiches et surtout Clio borcaiis) . Egalement originaire du (Jror'nland et du Spitzbcrg, où il vit en troupes avec le Pagophilus grocnlandicus et le Calocephalus viUdinus, VHalichœrus grypus a depuis longtemps conquis un droit de bourgeoisie dans la mer Bal- tique, où les poissons ne font ]ias défaut pour son alimentation. Il apparut d'abord sur la côte de Suède, et depuis bien des années on le voit aussi sur les côtes d'Eslbonie, et plus rarement dans le golfe de Hnlande, où a été pris l'animal étudié par Eichwald. Bien (ju'arrivé dans la Baltique à une époque relativement récente, VHali- chœrus ou phoque gris y a déjà siUii quelques modilications. Dans la mer de glace, son pelage est d'un gris blanc ou même d'un blanc d'argent sur le dus, avec des taches noires irrégulières plus nombreuses chez le mâle que chez la femelle, de sorte que cette dernière paraît d'une teinte noire foncée. Dans la Balticjue, l'animal est d'un gris fauve uniforme, avec les lianes jaunâtres et non maculés, le museau noir. Il est d'ailleurs très-rare, surtout sur la côte d'Esthonic, tandis (|u'il abonde au (jrdcnlaiid. Cela lient sans doute à la concur- rence que lui l'ait dans la Balti(iut' le plioipio commun, premier occupant de cette mer, et très-abondant même dans le golfe de Fiidande et dans la Néwa, où il remonte jusqu'au village d'Ochta. D' A. GlARD. Le directeur-gérant : H. dk Lacaze-Duthiers. NOTES HT REVUK. IX SUR L'EXISTENCE A PARIS DU CORDYLOPHORA LACVSTRIS, ALLMAN ; Par M. Edmond PERRIER. Nous venons de rencontrer, dans les bassins du Muséum d'histoire natu- relle, le Cordylophora lacuslris d'Allnian. C'est la première fois que ce polype hydraire est signalé en France. La rareté de ce charmant animal, les caractères tout particuliers qu'il présente donnent à sa découverte, à Paris même, un certain intérêt. Les Cordylophora sont les seuls polypes d'eau douce, actuellement connus, qui forment des colonies ramifiées et qui soient revêtus d'un polypier chitineux. Ces deux caractères les rapprochent singulièrement des hydraires marins. Leur forme et la disposition de leurs tentacules accusent encore cette ressem- blance : les petits polypes sont en effet en forme de massue et la bouche est à l'extrémité de cette massue ; quant aux tentacules, au lieu de former une couronne circulaire autour de la bouche, ils naissent assez loin d'elle sur la massue et sont disposés très-irrégulièrement, sans ordre : ils sont au nombre de douze à quatorze et peuvent s'étendre beaucoup en s'amincissant comme des fils, ou se ramasser de manière à ne plus constituer que de petites verrues sur la massue. L'animal n'est pas rétractile dans son polypier, qui ne présente pas d'élar- gissement pour le recevoir comme chez les Campanulaires. Les individus reproducteurs naissent sur la tige au-dessous des individus nourriciers, qui sont terminaux. Us sont dépourvus de tentacules, enfermés dans une enveloppe chitineuse : les œufs donnent naissance à un embryon cilié et non pas à un petit polype, comme cela a lieu pour les Hydres d'eau douce. Ces divers caractères rapprochent les Cordylophora des Clava, qui sont ma- rins. Aussi n'est-ce pas sans étonnementque fut accueillie la découverte faite par AUman, en 1844, d'un animal ayant tout à fait le type marin et vivant dans les eaux douces. C'est à Dublin, dans le grand canal, que ce singulier zoo- phyte a été observé pour la première fois. Depuis cette époque il a été signalé dans un petit nombre de localités que nous croyons devoir rappeler ici. M. Rowerbank l'a va dans les bassins des différents docks commerciaux de Londres, sur les bois flottants ou submergés, et le docteur Low, près deLyme- Regis.M. Lindstrom l'a rencontré ùGolo-Strat, dans les eaux demi-salées de la Baltique, où il croît sur les Myriophyllum, au milieu dun singulier mélange de productions marines et lacustres. Retzius le signale, de son côté, i)rès de Stockholm. Dans son Histoire naliirelle des polypes de la Belgique {Nouveau.r Méuioires ARCH. DE ZOOT.. F.XP. F.T GKN. — T. U. 1873. 1! XVII, NOTFS KV \\\i\'l]K. de l'Acadnuie roijale de Urn.vciirs. \. WXVi. iSfiT;, .M. v;iii iJcinMliMi (lonm; d'int(''r(!Ssaiitos observations zooluyi(jues sur des Cordylophora hinistiis qui lui oui élé envoyés du Schleswig, par le docteur Semper. Kulin, a l'ond)ou(duiro do l'Ellie, sur desboufîcs, Kirclienpauer signale encore un Conljilophnra qu"il considère comme une espèce nouvelle et qu'il nomme Cordijlophnra alhicola. Une antre es])èce, de Newport-Harbour, a été décrite par le docteur Leidy; mais il n'est pas absoluraent établi que ces deux espèces dilTcrent du CordylopJwr.3. On peut aussi consulter IciBriiish Ilyilroid Zoophytcs de Hincks. Eniin, eu 1871, le docteur Franz Eilbard Scbulze, de Rostock, a publié sur l'organisation, l'embryogénii^ et les mœurs du Cordylophora lacuslrix un volumineux mémoire, accompagné de six planches, et (|ui est une œuvre accomplie. X OBSERVATIONS SUR LA STRUCTURE ET LE DEVELOPPEMENT DES NAGEOIRES DES POISSONS OSSEUX, Par M. E. BAUDELOT, professeur à la Faculté des sciences de Nancy. Dans le cours de mes travaux sur l'anatomie comparée des poissons, je me SUIS occupé à diverses reprises de la structure des nageoires. De nouvelles recherches sur ce sujet m'ayant fourni quelques résultats qui me paraissent, digues d'intérêt, je me propose aujourd'hui de les faire connaître. Un premier fait sur lequel je veux appeler l'attention est relatif à la struc- ture intime des rayons des nageoir(;s paires ou impaires des poissons osseux. En étudiant le tissu qui compose les rayons mous et articulés delà nageoire caudale de la Perche, j'ai été amené à reconnaître entre ce tissu et celui des écailles la plus grande ressemblance. On sait que les écailles se composent d'un tissu fd)reux de nature conjonctive, auquel se trouvent incorporées de NOTES ET REVUE. xix petites concrétions calcaires de pliospliate et de caiiionrite de chaux (nodii- lites, calco-spliéritos de M. Harting). Ces concrétions, de volume très-variable- le plus souvent arrondies ou ovalaircs, montrent fréquemment des stries conr centriques qui indiquent qu'elles sont formées d'un certain nombre de couches emboîtées les unes dans les autres. Si la présence du tissu fibreux dans la charpente des rayons des nageoires des Téléostiens a été reconnue par les histologistes, aucun d'eux, je crois, n'a encore signalé dans ce tissu l'existence de nodulites isolables, à couches con- centriques distinctes, entièrement semblables aux corpuscules des écailles. Ce sont des concrétions de cette nature que j'ai observées dans les rayons de la nageoire caudale de la Perche. Ces concrétions apparaissent avec beaucoup de netteté ; leur volume, souvent considérable, est variable comme celui des cor- puscules des écailles ; la plupart sont de forme sphérique, d'autres sont allon- gées et à contours plus ou moins elliptiques ; les stries concentriques que l'on aperçoit dans leur intérieur sont parfois très-apparentes et très-nombreuses. De même que dans les écailles, le volume des nodulites offre de très-grandes différences suivant le point qu'ils occupent dans l'épaisseur de chacun des ar- ticles du rayon natatoire. Les nodulites les plus volumineux occupent la face intérieure, concave, des articles, où ils sont quelquefois libres dans l'épais- seur du tissu fibreux. A mesure que l'on se porte de dedans en dehors, ces concrétions diminuent peu à peu de volume, et vers la surface de l'article elles finissent par dégénérer en cori)uscules calcaires d'une extrême finesse. Ainsi que dans les écailles, ces différences dans le volume des nodulites sont dues apparemment à l'âge des couches qui les renferment. Les nodulites peuvent aussi se souder entre eux de manière à constituer une sorte de tissu calcaire plus ou moins uniforme. J'ai dit tout à l'heure que la forme des nodulites des rayons pouvait être sphérique, ovalaire ou polyédrique; je tiens à faire remarquer que dans les écailles de la Perche la forme des corpuscules calcaires peut être ovalaire ou polyédrique, mais qu'elle n'est jamais sphérique. Ce fait semblerait indiquer que la forme des nodulites dépend jusqu'à un certain point du mode de texture de la trame fibreuse à laquelle ils se trouvent incorporés ; on sait, en effet, que le tissu des écailles est formé de plans de fibres entre-croisées à angle très-ouvert, tandis que le tissu des rayons natatoires est constitué par des faisceaux de fibres disposés plus ou moins parallèlement. Les résultats que je viens de faire connaître conduisent à des conséquences générales dont l'importance ne saurait être méconnue. Etablir l'identité de structure des rayons natatoires et des écailles, c'est établir la parenté de ces deux ordres de productions, c'est montrer en même temps l'étroite liaison, la communauté d'origine de tous ces tissus calcifiés qui constituent la charpente des organes du mouvement, le revêtement extérieur et le squelette intérieur des poissons. Comme base organique, du tissu fibreux ou cartilagineux; comme base inorganique, des molécules calcaires isolées ou agglomérées sous forme de nodulites : tels sont les matériaux très-simples dont la nature a constitué toutes les parties dures des poissons. Par suite de cette uniformité de structure, il est facile do prévoir combien, dans certains cas, la détermination des organes peut offrir de difficulté. Lors- XX NOTES ET UKVUE. quo dans une région, comme celle du crâne, par exem[)le, le squelette inté- rieur et le squelette extérieur se trouvent eu contact direct l'un avec l'autre, il devient parfois impossible de décider auquel de ces deux systèmes appartient telle ou telle pièce. Je citerai comme exemple les iiièces de l'appareil operculaire. De la texture des rayons uatatoires je passe maintenant à l'étude de leur développement. Au moment de leur éclosion, les poissons osseux sont, comme on le sait, entourés d'une grande nageoire impaire, qui occupe presque toute la péri- phérie du corps. De cette nageoire unique, et par suite d'atrophies partielles, sortiront plus tard les nageoires dorsale, caudale et anale, toujours plus ou moins distinctes les unes des autres. Comment est constituée la nageoire primitive des jeunes poissons? Telle est la question qu'il s'agit pour nous de résoudre tout d'abord. Si l'on exan)ine la nageoire embryonnaire d'une Épinoche peu de jours après la luiissance, on reconnaît que cet organe se présente sous l'aspect d'une Jarne membraneuse très-mince, striée perpendiculairement à son bord libre. Le tissu de cette membrane se montre composé de très-petites cellules sou- vent assez difficiles à distinguer. En soumettant la membrane natatoire à une légère macération, j'ai pu reconnaître au niveau des stries la présence de corps dont l'existence bien connue dans les nageoires des poissons adultes n'a pas, je crois, été signalée jusqu'ici dans la nageoire transitoire des jeunes pois- sons. Je veux parler des lilaments cornés, c'est-à-dire de ces corps allongés, effilés aux deux bouts, un [teu aplatis, transparents comme du verre, parfois légèrement jaunâtres, que l'on trouve d'une façon constante à l'extrémité de chacun des rayons natatoires, et accidentellement dans la membrane qui sé- pare ces rayons les uns des autres. Lorsque la macération a détruit en partie les tissus mous de la nageoire embryonnaire, si l'on vient à porter sous le microscope une portion de cette nageoire, on voit sous une pression légère saillir sur le bord libre les pointes de lilaments cornés, rangés parallèlement les uns aux autres comme les pieux d'une palissade. En comprimant davantage la nageoire, on peut isoler quel- ques-uns de ces lilaments et les étudier sans difficulté. On reconnaît alors que ce sont des productions sans structure apparente, composées d'une substance amorphe et parfaitement homogène. Ces filaments ne dilVèrenl en rien de ceux (]ue l'on rencontre chez les poissons adultes, si ce n'est par le volume. Ainsi donc, avant la foriiialion des rayons de la nageoire définitive, la na- geoire end)ryonnaire a pour charpente et pour unique soutien des filaments cornés, uniformément répartis dans toute son étendue. Ce fait n'a pas seulement un intérêt purement anatomi(iu(', il ofl're aussi un intérêt pliilosoplii(iue. On sait (]ue chez les i)oissons du groupe des Sélaciens les nageoires impaires sont souvent constituées presque en totalité par des filaments cornés, le sque- lette véritable de la nageoire se trouvant réduit à quelques pièces cartilagi- neuses. On «ait d'autre part que la iiaL'('nir(! caudale des Sélaciens, avec sa NOTES ET REVUE. xxi forme hétérocerqiie, représente l'iiiie des phases du développement de la na- geoire caudale des jeunes Téléostiens (l'hétérocercie est des plus remarqua- bles chez l'Epinoclie au moment de sa naissance). De la comparaison de ces divers faits il est donc légitime de conclure que, sous le rapport de la structure intime aussi bien que sous le rapport de la forme, les nageoires ides poissons cartilagineux représentent un état de déve- loppement moins avancé que les nageoires des poissons osseux. Les nageoires des premiers, avec leurs fdamenls cornés pour squelette, correspondent évi- demment à la nageoire embryonnaire des seconds, qui n'a aussi pour charpente que des filaments cornés. C'est donc ici une nouvelle preuve, tirée de la struc- ture, venant corroborer une vérité déjà acquise par l'étude des formes exté- rieures. Après avoir parlé de la texture de la nageoire embryonnaire des poissons osseux, il me reste maintenant à envisager la question du dévelop- pement des rayons articulés. Quelque temps après l'éclosion, lorsque la nageoire embryonnaire va donner naissance aux nageoires définitives, on voit se former dans l'épaisseur de la membrane primitive des zones parallèles d'une certaine épaisseur, alternati- vement plus claires et plus obscures et perpendiculaires au bord libre. Les premières de ces zones (zones radiales) correspondent aux futurs rayons na- tatoires, les secondes (zones interradiales) représentent les portions memlira- neuses intermédiaires à ces rayons. Une fois commencé, le travail déformation des rayons se poursuit avec ra- pidité ; les zones radiales s'allongent, elles acquièrent des limites mieux tranchées, et l'on voit se former dans leur épaisseur de distance en distance des lignes plus foncées qui représentent des sortes de cassures transversales. Ces lignes n'apparaissent pas toutes à la fois ; il s'en forme une première d'abord, puis une seconde, puis une troisième, et ainsi de suite en allant ih; la base de la nageoire vers son sommet. Les portions de rayon comprises entre C0s lignes transversales constituent les premiers articles des futurs rayons. Combien de temps dure cette formation des articles? Quand les rayuus ont- ils acquis leur forme définitive? Telle est la question qu'il nous faut mainte- nant examiner. On serait porté à croire que. lorsque le jeune poisson a acquis sa l'unne dé- finitive, c'est-à-dire au bout de quelques semaines, les nageoires ont aussi revêtu leurs caractères adultes. Il n'en est pas ainsi : non-seulement (juelques semaines, quelques mois ne suffisent pas au développement complet des na- geoires, mais j'ai constaté ce fait remarquable, que chez la plupart des pois- sons l'évolution des nageoires n'est jiour ainsi dire jamais terminée, et quand je dis évolution, naturellement je n'entends point parler du simple accrois- sement de ces organes, mais des changements accomplis dans la forme des rayons articulés et dans le nombre des pièces qui les constituent. Des obser- vations très-précises poursuivies sur la Perche et sur divers Cyprins m'ont dé- montré, en effet, que le nombre des articles des rayons natatoires va en s'ac- croissant d'une manière continue [tendant toute lu durée de la vie, d'où résulte XXII NOTES ET KEVUE. coiiiiiio conséquence naLurelle un accroissement pkis ou nionis niar(|ué dans le nombre des bifurcations de chaque rayon. J.es tableaux suivants, obtenus d'après une étude minutieuse de la nageoire caudale de la Perche, serviront mieux que tous les développements à préciser les faits sur lesquels je tiens à appeler l'attention. A. Nageoire caudale W une jeune Perche. Longueur liitale du poisson du bout du museau à rextrémilé diî la (pieue, .SS millimètres. Longueur de l'un des |iriiicipaux rayons, 11 millimètres el demi. Nombre des articles contenus dans ce rayon, 18. Longueur de chacun de ces articles en allant de la base du rayon vers son sommet : Millim. Millim. iMillim, ie> articlo 1,24 7« tiriicle 0,54 13e article 057 a*-- 0,39 8e (bifurqué)... 0,54 lie ()',;o •T" 0,4a y*' 0,57 15e o'.iO 4^ 0,45 lOe 0,57 i(ie(biiurqué).,. 0,54 5e 0,45 lie 0.54 17e 0,51 tje 0,48 Jâe 0,54 18e 0^54 B. ISiKjcoire caudale d'une Perche ûgée. Longueur totale du poisson du bout du museau à l'extrémité de la queue, '.VA centimètr, 4^^ article o,54 2". 0,45 26e „ 50 e , o,(;0 ne 0,45 27e . » 51e 0,54 4e 0,51 28e „ 5-je 0,54 5e 0,51 29e • » 53e 0,54 (ie ,... 0,51 30e ), o4e 0,54 7e 0,51 31e » 55e 0,54 se 0,54 32e )) 5Ge 0,45 9e 0,54 33e » 57e 0,75 lOe 0,51 34e » 5Se 0,57 H" 0,54 35e » 59e 0,54 12<' 0,60 36e.. _ „ ooe 0,54 13e 0,60 37e 0,54 6le 0,57 14e 0,57 38e... 0,60 62e o,54 15e 0,57 39e 0,57 63e. o,57 16e 0,57 40O 0,58 64e 0,54 17e 0,57 41e ._ 0,54 65e 0.66 18e. 0,60 42e 0,66 66e __ 0,48 19e 0.63 43e 0,54 67e o',3(i 20e 0,(54 44e 0.6(i 68e 0,45 21e 0,57 45e 0,60 i;9e 0,48 22e 0,56 46t 0,60 70e 0,42 23c 0,57 /,7e 0,57 71e 0,45 24e »(♦) 48e 0,54 72e 0,51 ' Du 24e article jusqu'au 37e. les mesures n'ont pas été prises, vu le pou d'étendue des variations;. NUTKS hï KJiVL'K. x.viii Si l'un compare eiilrc eux les deux tableaux qui précèdent, on est l'ryppé de l'énorme diilerence qui existe dans le nombre des articles d'un même rayon chez une jeune Perche et chez une Perche âgée ; 18 articles d'un coté, 72 de l'autre ! Un rap|)ort de 1 à 4 1 C'est là certainement un résultat tout à fait inattendu. A quoi il faut encore ajouter que dans un même rayon tous les articles sont à peu près d'égale longueur, sauf le premier (l'article basi- laire), qui paraît beaucoup plus long, ce qu'il faut attribuer évidemment à la réunion de plusieurs articles eu un seul. On aperçoit encore du reste sur l'extrénuté externe de cet article basilaire des traces de soudure qui démon- trent jusqu'à l'évidence son origine complexe. Enfin les arîicles des rayons de la Perche de G centimètres sont au^si longs que ceux des rayons de la Perche de 33 centimètres, ce i)ui montre (ju'une fois formés, ces articles n'ont plus de tendance à s'accroître en longueur et qu'il n'y a d'autre supposition pos- sible que celle d'une addition successive de nouveaux articles à l'exlrémité libre des rayons. Du reste, cette extrémité libre des rayons présente cette par- ticularité extrêmement remarquable, qu'elle otfre toujours pour ainsi dire les mêmes caractères de texture que la nageoire embryonnaire, puisqu'elle est composée d'une trame de tissu conjonctif et dehlaments cornés. La production incessante de nouveaux articles à l'extrémité des rayons natatoires explique aussi jusqu'à un certain point la facilité que possèdent les nageoires de pou- voir se reproduire après une ablation plus ou moins complète. Cet accroissement du nombre des articles des nageoires avec l'âge chez la Perche n'est pas un fait (jui soit particulier à ce poisson. On peut le constater également chez les Cyprins. Ainsi, chez un jeune Vairon de 3 à 4 cen- timètres de longueur, le nombre des articles appartenant aux plus longs rayons de la nageoire caudale n'est que de li environ, tandis que sur un grand Vairon le nombre des articles de ces mêmes rayons dépasse .30. Cependant cet accroissement continu du uondDre des articles avec l'âge n'est pas également marqué chez tous les types de poissons; chez l'Epinoche, par exemple, la dilîérence du nondjre des articles pour un même rayon de la nageoire caudale n'est guère que de deux ou de trois chez un individu de petite taille et chez un individu de taille beaucouji plus considérable. Par contre,'la longueur des articles b'accroii, d'une façon très-notable avec l'âge. Nous avons vu [lar les tableaux A et 13 que chez la Perche les dimensions en longueur des articles ne varient que dans des proportions extrêmement faibles; dans d'autres types de poissons (Cyprins) les articles consécutifs d'un meure rayon présentent, au contraire, des différences de longueur très-consi- dérables; entre deux longs articles on trouve un article extrêmement court, (jui offre pour ainsi dire les apparences d'une petite pièce articulaire. Cette succession de très-longs et de très-petits articles se répète ainsi d'une façon plus ou moins régulière dans tonte la longueur des rayons. Peut-être ces caractères particuliers des différents articles consécutifs ne seraient-ils pas sans intérêt au point de vue de la distinction des espèces. Ce serait là, en tout cas, une question à examiner. Tout ce que je vi(!n6 de dire des rayons de la jiageoire caudale s'applique également aux rayons dtîs autres nageoires impaires, ainsi qu'aux rayons des naueoires paires. ïM\ iNOTES irr REVUE. Pour terminer ces considérations sur la structure et le développement des rayons natatoires, il me resterait à parler du mode de formation des articles ; sur ce point, inaliinurensement, je ne possède encore que des observations tout à fait insuflisantes; il me semble cependant, d'après les quelques notions (|ue j'ai pu recueillir, que la formation dos articles est due à la production suc- cessive de points ou plutôt de zones de calcilication distinctes dans le tissu conjonctif qui constitue la base organique des rayons. Les lignes d'arti- culation correspondent à la ligne de séparation de deux zones calcifiées adja- centes. J'ai été conduit, en étudiant ce mode de formation des articles, ù établir un rapprochement extrêmement curieux entre la constitution des rayons nata- toires et celle des écailles. .l'ai démontré au commencement de cet article qu'il y avait entre la struc- ture élémentaire des écailles et celle des rayons natatoires une analogie aussi complète que possible. Cette identité de structure me paraît de nature ù per- mettre de se rendre compte d'une particularité de l'organisation des écailles qui jusqu'à présent est restée sans explication, je veux parler des sillons qui rayonnent du centre vers la périphérie. Si l'on veut bien réfléchir que dans un rayon natatoire les lignes de suture qui séparent deux articles consécutifs sont perpendiculaires h la direction des faisceaux fibreux du rayon et que dans une écaille supposée circulaire et composée de faisceaux plus ou moins concentriques les sillons rayonnants coupent aussi ces faisceaux plus ou moins perpendiculairement, on a là déjà un premier indice de rapprochement à établir entre les lignes articulaires des rayons natatoires et les sillons rayonnants des écailles; mais, quand après cela on vient à constater dans cer- taines écailles, celles des l^lcuronectes, de VOpidium barbulum, des anguilles, par exemjile, que le tissu calcifié constitue des îlots plus ou moins séparés les uns des autres par des sillons, disposition qui est due évidemment à la forma- tion d'autant de centres particuliers de calcification ; d'après ces faits, dis-je, la nature des sillons rayonnants et leur analogie avec les lignes articulaires des rayons natatoires me paraissent rendues aussi probables que possible. Quoi qu'il en soit, ce sont là de nouveaux horizons à explorer, et qui déjà suffisent, en attendant des recherches plus approfondies, pour nous faire entre- voir une admirable unité dans la constitution de toutes ces parties solides qui forment le revêtement extérieur et les supports des organes du mouvement chez les poissons. XI lU-VISlON DES OUHSINS {lîKVISIOX OF IllH E( IIIM), l'îii- Alexandre AGASSIZ. L'ouvrage que nous nous proposons d'analyser brièvement est un modèle on son gt!nr(^ 11 l'ait partie de la séri(! des Calaloffues illuslrh du Musée de znoJogir rnm^uinilirr dr i'nwhridqr Mns.snrliusctlj). mu>ée ipù a été fondé NOTliS Eï REVUE. xxv sous l'inspiration de Louis Agassiz, s'est rapidement développé et menace de dépasser bientôt tous nos musées européens. Il s'est notamment enrichi, dans ces dernières années, do toutes les merveilles recueillies dans le voyage du Hassier antouT de l'Amérique, et auquel ont pris part, avec M. Agassiz père, les docteurs Pourtalès et Steindachncr. Non content de créer en si peu de temps un musée de premier ordre aux Etats-Unis, M. Agassiz a voulu qu'un inventaire complet des richesses de sa création fût dressé, et dressé de manière que chacune des parties du Catalogue illustré devînt un ouvrage de zoologie descriptive que les naturalistes pour- raient désormais prendre pour base de tout travail de nomenclature. Les Cata- logues du musée de Cambridge sont ainsi devenus un exposé complet de l'état de la science au moment de leur publication, et l'œuvre de M. Alexandre Agassiz a, parmi toutes celles du même genre, atteint, pour ainsi dire, à la perfection. Son catalogue, quand il sera complet, pourra remplacer tout ce qui a été écrit jusqu'à ce jour sur les oursins vivants. L'ouvrage, in-i" de 378 pages de texte, est accompagné d'un atlas volumi- neux, comprenant, outre un certain nombre de cartes de géographie zoolo- gique, ]a représentation souvent photograplii(}ue de toutes les espèces d'Our- sins des côtes des Etats-Unis, parmi lesquelles figure le genre extraordinaire des Pourtalesia, recueilli dans les récents draguages exécutés en Amérique. Le plan de la Revision des Echinides est des plus larges. Dans un chapitre remarquable, M. Agassiz expose les règles de nomenclature qui lui paraissent devoir être adoptées. 11 croit devoir rejeter les règles posées par la Société royale de Londres et tendant à ne considérer comme valables dans les méthodes que les noms proposés depuis Linné. Linné n'a pas été également heureux dans toutes les branches de la science; souvent — et en particulier à propos des Oursins — ses prédécesseurs ont vu plus juste que lui et il est impossible de leur dénier la part qu'ils ont eue dans les progrès de la zoologie. M. Alexandre Agassiz pense, en conséquence, que la seule règle qui doive guider, dans le choix d'un nom spécifique, c'est la priorité, toutes les fois qu'il est possible de l'établir d'une manière authentique, soit que les descriptions et les circonstances dans lesquelles elles ont été faites ne puissent laisser aucun doute sur la nature des objets qu'elles ont eu en vue; soit, ce qui vaut encore mieux, que l'examen des types mêmes de l'auteur soit encore possible. C'est là la stricto équité, et M. Alexandre Agassiz était plus apte que personne à mettre en pratique ces principes, ayant visité tous les musées et toutes les collections particulières qui ont quelque renom en Europe. Quant aux noms génériques, il est abusif, quand on remanie un genre, de supprimer son ancien nom et d'en donner de nouveauxà toutes les coupes que l'on établit à ses dépens, sous prétexte que l'on comprend le genre autrement que son fondateur; il est toujours possible, quelles que soient les limites adoptées pour les genres nouveaux, de conserver à l'un d'eux, sans forcer aucunement les choses, le nom du genre démembré, et l'on diminue ainsi la confusion. C'est de ces règles que M. Alexandre Agassiz s'est inspiré dans la méthode qu'il propose sous forme d'une simple Liste des rsprces comuies : mais il a xxvt NOTES El ï\E\[:t:. voulu que ceux (]ui ue |ieusaient pas comme lui pussent trouver dans son ouvrage même tous les éléments nécessaires pour choisir les noms qui leur conviendraient le mieux, et dès lors il a, dans sa révision, donné tous ses soins à la partie bibliographique, qui est un chef-d'œuvre. Une première partie contient, dans l'ordre alphabétique des noms d'au- teurs, la liste de tous les ouvrages publiés jusqu'à ce jour sur les Oursins vi- vants. La même liste est ensuite reprise dans l'ordre chronologique; mais en même temps le résultat du dépouillement des ouvrages est fait, et chacun des noms, bons ou mauvais, donnés à une espèce ou à un genre, est relevé; s'il est nouveau, il (!s( ini|iriiné en caractères spéciaux et indiqué, s'il y a lieu, comme équivalent du nom primilif. Si le nom fait doiU)le emploi dans la science au moment où il apparaît, le premier équivalent [(oslérieur eat imliqué avec sa date. Ainsi se trouve constituée Vhisloire des noms usités en échinologie, in- dé]iendamment des espèces auxquelles ils se rapportent. Vient ensuite Vhisloire des espèces, c'est-à-dire la synonymie, dans l'ac- ception qu'a ce mot pour tous les zoologistes. Les genres adoptés et, dans chaque genre, les espèces qu'il contient, sont rangés par ordre alphabétique. On trouve ainsi iiCur clia(pie espèce les dénominations diverses qu'elle a pu recevoir, et les motifs (jui ont déterminé dans le choix du nom déhnitif résul- tent immédiatement de la liste précédente et de la règle de priorité que M. Alexandre Agassiz applique dans toute sa rigueur. Une quatrième liste comprend, par ordre alphabétique, tous les noms qu ont été enqiloyés jusqu'à ce jour en échinologie et renvoie pour chacun à celui qui est délinitivement adopté. Elle est le complément de toutes les autres et, combinée avec elles, elle permet de reconstituer en quebiues heures tout le passé historique d'un nom ou d'une espèce. Je ne crois pas (pi'il existe pour un autre groupe d'animaux un travail de synonymie plus complet, mieux conçu, plus lieureusement combiné. Nous arrivons enlin à la dernière liste, celle des espèces connues, où est exposée en même temps la méthode de M. Alexandre Agassiz. Les Ëchinides vivants sont divisés en trois ordres : les Desmosticha (Haickel), les Ci.Yi^EASTKiu.'i'; (Agassiz) et les Petalosticha (Hicckel). Le premier de ces ordres correspond exactement à celui des Ëchinides réguliers. Il est divisé en quatre familles qui sont des plus naturelles : celles des Cidaridœ, Arbaciadœ, Diadematidcp, Echinomclradœ et Echinidœ. Ce n'est pas sans quelque satis- faction personnelle (juc nous voyons M. Agassiz adopter ces familles. Elles correspondent en elîet à très-peu i)rès à celles aux(iuelles nous avons été con- duit nous-mème dans de précédents travaux, par la seule considération des pédicellaires et des spicules ambulacraires ', dont les formes sont jusqu'à ce jour absolument caractéristiipuis de ces diverses familles. Cette constance delà forme des spicules dans une même famille n'aurait rien d'étonnant si, comme semblent le démontrer les travaux de M. Ilarting, la forme des spi- cules dépend surtout de la nature du milieu albumineux au sein duquel ils se déposent. Ceci ne saurait du reste s'applifpier (ju'à une certaine catégorie de spicules, tels (pie ceux d;'s Echinodermes, des Ascidies et de divers iMollus- I Annales dos sciences naturelles. 1870. el Sotivelles Archives dn Muséum, 1872. NOTES ET REVUE. xwii ques ; ces spicules se rapprochent, à beaucoup d'égards, des substances excré- tées, tandis que d'autres, les spicules des Eponges par exemple, sont de vérita- bles organes ayant chacun un rôle bien nettement défini à remplir. En se plaçant à ce point de vue, les Echinomelradœ se rapprochent considé- rablement des véritables Echinidœ, et peut-être y aurait-il eu quelque avan- tage à les réunir à ce dernier groupe, laissant simplement à cette coupe la signification d'une tribu. Cette manière de voir ne s'éloigne, du reste, pas beau- coup de celle de M. Alexandre Agassiz, qui comprend dans .sa famille des Echinomelradœ des Oursins ù test absolument circulaire connue celui des vrais Echinidœ. Dès lors la différence entre les deux grouiies ne consiste plus guère que dans le nombre des pores correspondant à chacune des plaques ambula- craires, et cette différence n'a pas une importance bien considérable, puisque M. Alexandre Agassiz laisse jiarmi les Echinidœ les Holopneusles qui ont, comme les Echinomètres, plus de trois paires de pores par plaques ambula- craires. Cette même famille des Echinomelradœ serait d'ailleurs elle-mèmeplus homogène si l'on y laissait seulement les Oursins à test elliptique et dont les pédicellaires présentent eu même temps ce singulier caractère que chacune de leurs branches est dissymétrique. Les autres Echinomelradœ de M. Alexandre Agassiz pourraient former entre les Echinides ordinaires et les Echinomètres vrais une tribu de transition, pour laquelle nous avons proposé autrefois le nom de Loxechinidœ. Les tribus dans lesquelles se subdiviserait la famille des Echinidœ, ainsi comprise, seraient alors les suivantes, en conservant l'ordre même de M. Agassiz : Loxechinidœ, Echinomelradœ, Temnopleuridœ, Triple- chinidœ. La tribu des Temnopleuridœ comprend un certain nombre de genres qui tous ont ce caractère commun, d'avoir leurs plaques séparées soit par des impressions, soit par des pores ; peut-être n'eùt-il pas été inutile de limiter la tribu à ces genres, ce qui eût présenté l'avantage d'indiquer dans la mé- thode une particularité intéressante. Il eût suffi pour cela d'élaguer de la tribu les Amblypneuslcs, qui peuvent être rangés parmi les Triplechinidœ, et les Holopneusles, qui se rapprochent certainement beaucoup, à divers égards^ des Ambhjpneusles , mais dont les affinités réelles nous paraissent encore dou- teuses. Ils nous paraissent représenter, vis-à-vis des Oursins à plus de trois paires de pores par plaque ambulacraire, ce que les Tripiieusles représentent vis-à-vis des autres Triplechinidœ, quant à la disposition de leurs pores ; c'est ce que nous avions voulu indiquer en réunissant, dans un précédent travail, ces deux genres dans une même famille, tout aussi naturelle que celle qui laisse ensemble les Salmacis et les Ambhjpneusles. Quant aux Heliocidaris de Desmoulins, que M. Alexandre Agassiz laisse sous le nom ^ï Eccchinus ])armi les Triplechinidœ, nous croyons qu'ils demandent à être encore étudiés. Leurs spicules ambulacraires se sont montrés tout ditTérents dans les échantillons que nous avons observés de ceux des vrais Echinides, et il serait singulier qu'un caractère constant pour toutes les autres familles lïit en défaut pour un seul genre. Peut-être ne sont-ils pas extrêmement éloignés des Arbaciadœ de Gray, qui constituent une famille que nous avons désignée sous le nom d'Echi- nocidaridœ, du nom qu'a imposé à son genre principal M. Desmoulins l'année même 1 1835) où, pour les mêmes animaux, M. Gray créait le genre Arbacia. Le travail de M. Alexandre Agassiz est trop au-dessus de toute critique de xxviii NOTES ET liliVUE. iiotr(3 part, pour que nous lui soumettions ces observations autrement que comme des points que nous voudrions voir éclaircis, et qui le seront sans doute dans la partie non encore publiée de son travail. Qu'il nous permette encore d'exjtrimer un regret pour certains change- ments dont il n'est du reste pas la cause. C'est celui d'être obligé de rem- placer, de par la loi de priorité, les noms euplioniques et significatifs de Acrodadia et de Podophora que son père avait introduits dans la science par ceux de Helcrocenlrotus et de Colobocenlrolus ([ue Brandt aurait dû nous épargner. Il faut aussi qu(î nous appelions désormais Slromjylocenlrolus (Brandt) les anciens Toxopneusles de Louis Agassiz, et ci' qu'il y a de plus fâcheux, c"estquece même nom de To.ropneuslcs se trouve maintenant trans- porté aux Bolclia de Desor, ce ({ui pourra causer quelque embarras aux nomenclateurs. Cependant nous sonnnes, comme M. Alexandre Agassiz, d'avis qu'il faut se résigner pour en finir ; mais nous ne dissimulons pas nos regrets tout en témoignant à M. Alexandre Agassiz notre admiration pour la modestie dont il a fait preuve en remplaçant par ces noms barbares les noms heureux choisis par son père. M. Agassiz a remanié avec juste raison un certain nombre de genres. Les anciens Toxopneusles et Loxcckinus sont répartis entre les genres autrement limités des Sphœrechinus, employés dans une acception nouvelle, et Slrongylo- cenlrolus. Les Pscuiimechinus, Echinus, SpJuercchinus, Lylcchinus, Bolelia sont répartis dans les deux genres Echinus et Toxopneusles (nouvelle accep- tion). Les changements apportés à la classification des Oursins irréguliers sont beaucoup moindres. Signalons cependant que M. Alexandre Agassiz rejette la famille des Echinoconidces et place les Echinoneus parmi ses Cassidulidœ, ce qui est en rapport avec les caractères (]ue présentent les jeunes Echinoneus. La Révision de M. Agassiz comjirend deux autres parties qui seront lues avec un vif intérêt, mais qu'il nous est impossible de résumer ici. Ce sont la distribution géographique et bathymétrique des Oursins, avec six cartes indi- quant les principaux districts géographiques et le mode de répartition des différents genres. AL Alexandre Agassiz s'occupe ensuite de la description zoologi([uc des es- pèces qui habitent le littoral des Etats-Unis; ces descriptions sont accompa- gnf'os de (luaranle-neuf planches fortl)ellos; jamais les Oursins n'ont été aussi magnifiquement illustrés. Ce monument élevé à l'histoire tles Echinides sera continué par un autre volume comprenant la description des (sspèces vivantes non comprises dans la première parti(i, en même temps qu'une revue de l'anatomie et de la classifi- cation de ces animaux. Tous les naturalistes ne peuvent ([ue souhaiter ardenunent la |iublication prochaine de ce qui doit compléter ce spleinlide travail. iùl. IMiiiKiiiu. NOTES h:T REVUE. XII EXPÉDITION DU CHALLENGER. Les expéditions scientifiques lointaines et dans des conditions nouvelles, conséquence des progrès de la science, ont pris, depuis une dizaine d'années, une grande extension à l'étranger. La France seule ne suit point ce mouve- ment. Si quelques naturalistes font tous leurs efforts pour ne pas laisser notre pays trop en arrière, c'est toujours avec des moyens insuffisants qu'ils agis- sent. Los lecteurs des Archives verront sans aucun doute avec intérêt comment en Angleterre les naturalistes qui se dévouent aux intérêts de la science sont secondés. « Le Challenger (vaisseau de Sa Majesté) a quitté la jetée de Portsmouth à onze heures trente minutes du matin, le 21 décembre, le baromètre étant très-bas. Une forte brise sud-ouest soufflait et le cylindre était hissé ; si bien que dans une saison comme celle dans laquelle nous nous trouvions, nous n'avions pas en perspective peu de semaines pour accomplir notre voyage autour du monde. « Le résultat justifia les indications du cyliiulre S et pendant une semaine nous ne fîmes que louvoyer à l'embouchure du canal et de la baie de Biscaye, faisant peu de progrès au midi. Il a peut-être mieux valu être ainsi secoués d'abord, cela a servi à nous montrer ce qu'il pouvait y avoir de défectueux et nous a fourni l'occasion de prévenir bien des désagréments. Un violent cyclone qui nous jeta sur le chemin de Shoarness à Portsmouth avait déjà prouvé l'excellence de nos systèmes d'arrimage, et quoique le Challenger roulât considérablement en arrivant vers .33 degrés, pas un instrument ne bougea et pas un verre ne fut brisé, tant dans le laboratoire de zoologie que dans celui de chimie. Un peu avant Lisbonne le temps s'améliora, nous pûmes gagner les eaux profondes et donner un ou deux coups de drague. « A'fjrès avoir quitté Lisbonne le 12 janvier, le vent fraîchit de nouveau, mais entre Lisbonne et Gibraltar nous fîmes quelques expériences importantes et trouvâmes, entre autres choses, que nous pourrions travailler facilement et avec succès au moyen de la drague ordinaire au-dessous de 600 pieds. J'écris maintenant à 100 milles au nord de Madère, et, depuis que nous avons quitté Gibraltar, le temps, quoique un peu rafraîchi, a été à beau fixe. Nous avons fait plusieurs sondages à de grandes profondeurs et atteint avec succès une profondeur de 2 123 brasses, d'où nous avons retiré les débris d'intéressants animaux : plusieurs d'entre eux sont nouveaux pour la science, et d'autres fort rares et fort beaux. Nous n'avons jusqu'à présent pu faire autre chose que des essais. Le temps a été contre nous. C'est de plus une entreprise toute nouvelle que de draguer avec un aussi grand vaisseau ; cette tentative pré- sente des difficultés spéciales et en tout cas exige quelques précautions. Le poids du vaisseau est si grand, qu'il est impossible de se balancer sur la dra- 1 Signal dosliiii'' à indiquer 1p lemps probable dans les ports anglais. XXX NOTES ET REVUE. giie comme avec un plus petit vaisseau. Si on l'essaye, l'impulsion donnée à la drague est irrésistible et paraît avoir uniqiKunent pour ell'et de la faire sauter sur le fond. «Cette difficulté peut sans doute être tournée, maisïa seule manière paraît être d'user d'une longueur de corde beaucoup plus grande que la profondeur de l'eau et ayant un grand poids. Une seule opération de draguage peut ainsi prendre beaucoup de temps, mais en compensation nous pouvons nous servir d'une drague plus volumineuse. Le peu d'essais que nous avons déjà faits ont tous eu pour but des études de perfectionnement, et j'ai peu de doute que, sous l'habile direction du capitaine Nares, ce qui est aujourd'hui une petite difficulté disparaisse complétemcut. « Comme j'espère envoyer de temps en temps à Nature quelques articles don- nant les résultats de notre voyage. Il me paraît utile de commencer par donner une esquisse générale du but de nos opérations et des moyens d'action dont nous disposons. a Le Challenger est une corvette de 2 000 tonnes de tirant. Sa construction particulière lui donne un avantage immense pour ses présents projets ; elle présente aussi l'accommodation d'une frégate avec la légèreté et le tirant d'eau d'une corvette. Seize des dix-huit pièces de canon qui forment l'arme- ment du Challenger ont été enlevées et le pont est presque entièrement amé- nagé pour les travaux scientifiques. La cabine d'arrière est divisée en deux par une cloison, et les deux chambres ainsi formées, égayées par des miroirs, des peintures, des tentures, et parfaitement éclairées, sont la mienne et celle du capitaine Nares. La cabine d'avant, une fort élégante chambre qui com- munique avec les cabines particulières, nous sert de salon • le côté de bâbord avec sa table à écrire, sa table à travailler, sa bibliothèque garnie de mes au- teurs favoris, est appropriée à mon usage. Le capitaine a un arrangement semblable à tribord. Deux cabines ont été construites sur le pont pour le travail scientifique. A bâbord, un commode laboratoire zoologi(jue est occupé par les naturalistes de l'autorité civile; la chambre des cartes lui correspond du côté opposé. Vers le milieu du pont, à bâbord, se trouvent une chambre noire et un laboratoire pour le photographe; à tribord, M. Buchanan a son laboratoire de chimie et de physi(iue. Presque tout l'avant du pont est occupé par nos engins de dragujige et de sondage, l'appareil photométriijue et ther- mométrique (le M. Siemens et les plus encombrantes de nos machines, telles que la pompe hydraulique, l'aquarium et autres choses très-importantes dont je vous donnerai plus tard la description. «Je crois pouvoir dire que l'installation scientifique à bord du Challenger ne laisse que peu ou même point â désirer. Le capitaine Nares et ses officiers font non-seulement tout ce qu'ils peuvent pour nous aider; mais, ayant naturelle- ment un avantage sur nous dans jles gros temps, ils maintiennent notre cou- rage par le vif intérêt (ju'ils prennent au succès de nos opérations. Il y a table commune dans luie grande salle de garde sur le deuxième pont, et les civils ont à remercier cordialement les marins pour la franche courtoisie avec laquelle ils les ont admis en leur compagnie. « Les ajtpareils de draguage et de sondage sont portés par la grande vergue. Un fort palan (pennnul) 0¥,\ att.iché par un «'rociii'l au cli()iu|net irap), ensuite NOTES ET REVUE. xkxi par un palan \lachlr} à rextriMiiité de cette vergue. Un appareil de cinquante- OHiq Hodges accumuhtovs est suspendu au pennant, et nu-dessous de lui se trouve un bloc à travers lequel passe la corde de la drague. Cet arrangement parait mieux valoir que l'ancien, où l'appareil dépendait du martinet d'artimon. «Aux deux ou trois premiers coups dans les eaux profondes des côtes de Por- tugal, la drague a été remplie par la vase atlantique ordinaire, tenace et uni- forme, et le long tamisage que nous en avons fait ne nous a donné que les résultats les plus insignifiants. Nous étions très-désireux de nous faire une idée du caractère général de la faune et principalement de la distribution des groupes élevés, et, après plusieurs avis sur les modifications à apporter dans la drague, il a été proposé d'essayer la drague ordinaire. Nous avons à bord une drague épaisse avec une poutre de 15 pieds, et nous l'avons descendue au-dessous du cap Saint-Vincent, à une profondeur de 600 pieds. L'expérience semblait basardée, mais à notre grande satisfaction la drague a été ramenée tout droit : elle contenait, avec beaucoup de grands invertébrés, quelques poissons. Deux de ces derniers appartenaient au genre Macronre et un de grande taille nous était inconnu, mais se rapprochait à beaucoup d'égards du genre Mugèle. Tous ces poissons étaient comme gonflés par la dilatation des gaz contenus dans leur corps. Cessant d'être soumis à une haute pression, leurs yeux avaient particulièrement une singulière apparence, celle de gros globes sortant de leur tête. « Après cette première tentative, nous avons essayé plusieurs fois la drague aux profondeurs de I 090, \ S2o et enfin 2 123 pieds, fft toujours avec succès. « Plusieurs poissons voisins des Macroures doivent être ajoutés à la liste. Plu- sieurs Crustacés décapodes et parmi les Crustacés inférieurs un gigantesque amphipode de la famille des Hypernia, voisin des Phroynpnpx. ont été ramenés d'une profondeur de J 090 pieds. Les yeux de cet animal sont très-remarquables, s'étendant comme deux lobes à facettes sur toute la partie antérieure du cé- phalothorax, comme les yeux ûesjEglina parmi IcsTrilobites. Ce Grustacé, qui a 3 pouces et demi de long, est une splendide trouvaille et rappelle un des anciens Euryptérides. Le docteur von Willemes Suhmo s''occupe de sa description. (( Les Mollusques sont très-rares dans les eaux profondes, et nos prises se bornent aux espèces de Nncula, Leaa, Verlkordia, etc., que nous avions l'iia- bitude de remonter lors des draguages du Porcupine. « Parmi les Molluscoïdes, un coup de drague donné à i 523 pieds nous a donné un bel échantillon d'un Bryozoaire formant, au moyen de branches semblables à celles d'une Accromarchis nerUinrt, une gracieuse coupe. Les bases des branches sont unies par une tige transparente de 2 ou 3 pouces de haut semblable au tuyau d'une plume ou à la tige d'un verre à bordeaux. Ce genre, qui présente des caractères différents de ceux de tous les Bryo- zoaires actuellement connus, je le dédierai au capitaine Nares, en témoignage de la confiance et de l'estime qu'il s'est déjà complètement gagnés de la part des hommes de science. La Naresia rynl.hus rappelle certainement, d'une sin- gulière façon, les Diclyonema du terrain cambrimi, forme que j'avais penché jusqu'ici à rapporter aux Hydrozoaires. « Les Echinodermes ont fourni à la drague quelques espèces fort intéres- santes. Parmi eux, plusieurs exemplaires de ce beau petit Oursin trouvé par xxTU M)Ti:S KT uF.vur:. le comte Pourlaiès il;uis le détroit de la Floride et décrit par Alexandre Agassiz sous le nom de Salcnia varispinn. C'est incontestablement un véri- table Salenia, et, pour un partisan de la doctrine de la «continuation delà craie », il est agréable de voir vivante cette petite beauté, (|ui a jusqu'ici été reléguée parmi les animaux perdus. « Parmi les Etoiles de mer, deux espèces du genre Hymenasles ont été ren- contrées, et les Ophiurides sont surtout bien représentés par de grands exem- plaires de plusieurs espèces du genre Ophiomusium. (' Tous les coups de drague, à 2 12^ pieds, ont ramené plusieurs spécimens d'un singulier Holothuride dont une description sera bientôt publiée par le docteur Moseley. L'animal est d'une belle couleur violette. Comme les Psolus, il a une surface ambulatoire distincte avec une double ligne ventrale de pieds tentaculaires. La cavité du corps est très-petite, mais le périsome est représenté par une énorme couche gélatineuse qui, en arrière, de ciiaque côté de la ligne médiane, se soulève en une série de lobes arrondis perforés cha- cun pour le passage d'un tube ambulacraire et correspondant par conséquent à un pied ambulacraire. La partie supérieure des vaisseaux du trivium émet une série de sacs en forme de feuillets, richement pigmentés, qui forment une frange de chaque côté du discpie ambulatoire, et paraît surtout en rapport avec la fonction de respiration. « Nous avons rencontré fréquemment des Sertulariens et des Gorgones, tou- jours vivement phosphorescentes. Le capitaine Maclear donne une attention spéciale à ce phénomène. Une Mopsea, qui était remarquablement brillante, a donné un spectre s'étendant du vert jusque dans le rouge, tandis qu'une Umbellulaire en a donné un très-restreint. Le spectre fourni par ce remar- quable et rare Zoophyte était compris entre les raies b et D. Nous en avons ramené un très-bel échantillon avec une tige de 3 pieds de long à une pro- fondeur de 2 M5 pieds en vue du cap Saint-Vincent. Comme cela est habituel dans les mers profondes, les éponges dominent et nous avons pu ajouter à ce groupe quelques nouveautés qu'il faut surtout rapporter aux Hcxaciinellidœ. « Quelques belles espèces nouvelles d' Aphrocaliisles ont été recueillies le long des côtes de Portugal et dans les parages de Saint-Vincent, avec beaucoup de spicules et des échantillons plus ou moins détériorés d'Hijalonema, deux ou trois spécimens en bon état d'une espèce d'Eupleclella avec des spicules qu'il m'est impossible de distinguer de ceux de VEuphalclles aspcrgillum, la Cor- beille de fleurs de Vénus, des Philippines. La forme des deux éjjonges est la même. Mais nos exemplaires sont entièrement mous et les spicules ne sont [tas agglutinés dans un réseau continu de silice. « Les observations de physique et de ciiimie seront détaillées plus tard. Les températures prises sur les côtes de l'ortugal sont identiques à celles trouvées en 1871 par le Porcupine, en 1871 par \c Sliearwaler, au-dessous de 100 pieds, après lesquels la température dans cette saison est à peu près uniforme. Trad. Kumond Pkrrier {Nature, mars 1873). Le directeur : \\. m. Lacaze-Di'thieks. Le gérant : C. Rei.wvai.d. NOTES ET REVUE. xxxhi XIII PHILOSOPHIE ZOOLOGIQUE DE LAMARCK. Nouvelle édition. Librairie F. Savy. — Paris, 1873. Prix : 12 francs. Les nouvelles théories sur l'évolution de l'espèce ont donné lieu à de très- nombreuses publications, surtout à l'étranger. Elle ont aussi ramené les natu- ralistes à s'occuper des travaux si remarquables de l'un des zoologistes français à la fois le plus consommé dans les détails et aussi le plus hardi dans les con- ceptions générales. La Philosophie zoologique de de Lamarck, dont on se procurait difficilement un exemplaire, vient d'être rééditée avec soin par M. Savy, que l'on ne saurait trop louer d'avoir songé à permettre à tous ceux qui le désirent de se pro- curer le moyen de reconnaître facilement la part qui revient à notre grand naturaliste français dans les théories nouvelles pour lesquelles ou contre les- quelles se passionnent si vivement depuis quelques années les naturalistes on peut dire de tous les pays. XIV LITHOLOGIE DU FOND DES iMERS : Par M. DELE55E, Ingénieur des mines, prjfesseur à l'Ecole des mines, à TEcole normale, etc., etc M. le professeur Delesse a bien voulu adresser au directeur des Archives un exemplaire de l'ouvrage en deux volumes, accompagné d'un atlas très-beau dans les cartes duquel sont réunis des renseignements nombreux relatifs à l'hydrologie et à la lithologie de l'Europe, de la France et de l'Amérique du Nord. M. le professeur Delesse s'est attaché, d'après les renseignements en très- grand nombre qu'il est parvenu à se procurer, à faire la statistique, d'une part, des éléments minéralogiques et rocheux; d'autre part, des êtres vivants dont les débris sont si souvent mêlés aux sables ou aux vases. Il estime que son ou- vrage doit offrir de l'intérêt aux zoologistes qui s'occupent des animaux peu- plant le fond des mers, car la nature de ces fonds exerce une grande in- lluence sur le développement de ces animaux. En parcourant les belles cartes qui accompagnent ce travail considérable, on reconnaît en effet bien vite que le zoologiste s'occupant des faunes marines pourra dans plus d'une circonstance consulter avec grand avantage non-seu- ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — T. U. 1873. G XXXIV NOTES ET REVUE. lement les cartes diverses, mais aussi les catalogues des dél)ris d'animaux, surtout des coquilles. Il sera, par cet examen, aisément conduit à se faire à l'avance l'idée d'une localité telle qu'elle est décrite et envisagée par M. Delesse. H. DE L. D. XV FORMES REMARQUABLES D'ANIMAUX VIVANT DANS LES MERS PROFONDES DE LA SUEDE Par m. Ossian SARS. Dans un mémoire i sur quelques formes remarquables d'animaux vivant dans les iners profondes de la Suède, M. G. Ossian Sars, lils du célèbre Michael Sars, nous fait connaître un intéressant bryozoaire, sommairement décrit, en 1868, par son père, sous le nom (THaliloplms mirabUis, et dragué par lui dans le voisinage de la localité de Lofoten, qui avait déjà fourni le curieux crinoïde bien connu de tous les naturalistes, sous le nom de Rhizo- crinus Lofolensis. Un animai du même genre, peut-être de la même espèce que Y Ilaiilophiis mirabilis, fut trouvé l'année suivante aux îles Sbetland, par Allnian, mais la description qu'il en a donnée avait été faite sur des individus conservés dans l'alcool. Allman avait donné à ce bryozoaire le nom de Rhabdopleura Nuimanni. Le nom de Rhabdopleura, au moins, doit donc disparaître. On connaissait parmi les Bryozoaires d'eau douce quelques types, les Fré- déricelles, par exemple, se rapprocbant des types marins par la forme circu- laire de leur couronne tentaculaire; Yllalilophus de Sars est le premier bryozoaire mariu dont les tentacules soient disposés sur un lophophore en fer à clieval, comme c'est le cas ordinaire pour les bryozoaires d'eau douce. De plus, celte disposition de la couronne tentaculaire coïncide avec la présence d'un épistome pourvu de cils vibratiles, de même forme, mais plus développé que celui des Polijzoaphylaclolcemala de Allman, que Ton croyait exclusivement lacustres et lluviatiles. Lorsque l'animal est contracté à rintéricur du polypier corné (jui peut l'abriter complètement, et qu'il en veut sortir, il applique son éiiisLome sur la paroi de son tube et s'cnjsert comme d'un pied, à l'aide duquel il rampe jus([u'à l'orilice de sa loge. On ne saurait affirmer (juctel soit l'usage de l'épistomc chez les Bryozoaires d'eau douce. Par différents détails de structure, VHalilophus, qui se rapproche, d'une part, des Bryozoaires d'eau douce, se rapproche, d'un autre côtt', des 1 Ecrit on anglais eu considération des services que les savants de ce pays ont rendu à la Zoologie en général et à celle des Tonds des mers en particulier. N'est-ce pas une sorte de reproche h. notre pays, dont la langue passait autrefois pour la langue scientifique par excellence? NOTES ET REVUE. xxxv Hydraires. Son polypier est annelé comme celui tic beaucoup de ces animaux, et se compose d'un certain nombre de tubes dressés sur un stolon qui les unit les uns aux autres. L'animal est libre dans sa loge; l'endocyste, au lieu de le relier aux parois, consiste simplement en une membrane transparente appliquée sur le corps de l'animal, de sorte que l'eau pénètre librement entre ce dernier et les parois de la loge. Il n'y a donc ni espace, ni liquide péri- gastrique. Les muscles si développés qui permettent aux bryozoaires ordinaires de se retirer dans leur loge avec la prestesse que tout le monde connaît, manquent ici complètement. L'animal ne peut se retirer que lentement, ce qu'il ne fait que lorsqu'il est vivement tracassé. Ce mouvement de rétraction est dû à la ( ontraction lente d'un cordon de couleur foncée qui relie cliaque animal au tissu commun du stolon, et dans lequel G. 0. Sars est tenté de voir un tissu intermédiaire cumulant les fonctions qui sont d'ordinaire dévolues à l'appareil musculaire et au système nerveux colonial. Le tube intestinal présente, comme d'habitude, deux orifices, la bouche et l'anus; mais on ne peut reconnaître sur sa longueur aucune modification propre à y faire distinguer plusieurs régions, comme cela a lieu chez les autres bryozoaires. Ce fait et ceux que nous venons d'indi(juer semblent prouver que VHali- /op/iHsestun terme tout à fait inférii'ur de la série des bryozoaires, et l'auteur le considère comme une « forme très-ancienne «, prouvant que « les bryozoaires sont unis de très-près aux Cœlentérés, et spécialement à ceux de la classe des Hydraires, » opinion que l'on peut mettre à profit pour les en faire dériver, si l'on s'occupe de pbylogénie. Edmond Peiuuei',, XVI NOTE SUR SUR LE DÉVELOPPEMENT DU yÀISSEAl DORSAL CHEZ LES INSECTES Pau m. Camille 1).\RESTE. On a souvent décrit et figuré le vaisseau dorsal des insectes, depuis Swiim- merdam et Malpighi; mais un l'a toujours étudié sur des animaux adultes ou sur des larves déjà avancées en âge ; aussi ne sait-on pas encore quel est son mode de formation, et (juels sont ses différents états dans les premiers mo- ments de la vie de la larve. J'ai fait, pendant le cours de l'été (en 1856), un grand nombre d'observations microscopiques qui m'ont permis, non pas de résoudre complètement ces questions, mais du moins de réunir quelques faits qui les éclairent d'un nouveau jour. Les larves de plusieurs espèces de Chironomus, de l'ordre des Diptères XXXVI NOTES ET REVUE. et (le la famille des Tipulaires, sont très-abondantes dans les mares des envi- rons de Paris. Elles ont été depuis longtemps souvent observées et décrites. Réaumur les a fait connaître sous le nom de Vers polypes dans deux de ses célèbres mémoires sur les Insectes, et Lyonct sous le nom de Vers teignes aquatiques. De nos jours, M. Kolliker a consacré l'un de ses premiers mémoires à l'étude de leur formation dans l'œuf. Mais tous ces naturalistes ont laissé de côté la question de la circulation. Le vaisseau dorsal présente, dans les dilîérents ordres de la classe des In- sectes, des différences plus ou moins grandes ; mais toutes les fois qu'on l'a observé, il s'est toujours présenté, du moins à ma connaissance, sous la forme d'un vaisseau qui s'étend dans toute la longueur du corps, au-dessus du tube digestif, et qui est contractile dans toute son étendue. Les différences tiennent surtout au nombre des cbambres qui sont formées dans son intérieur par des cloisons transversales. Les larves de Chironomiis, pendant un certain temps après l'éclosion, m'ont présenté, pour le vaisseau dorsal, une conformation très-différente. Cet organe est alors formé de deux parties bien distinctes. La partie postérieure qui occupe l'avant-dernier anneau du corps, est beaucoup plus renllée que la partie antérieure ; elle présente des fd)res musculain^s qui se contractent d'une manière très-manifeste, et qui doivent la faire considérer comme étant le véritable cœur. Ce cœur présente à sa partie postérieure deux ouvertures qui s'ouvrent pendant la systole et se ferment pendant la diastole. Tout le reste de l'appareil circulatoire est formé par un vaisseau qui s'étend depuis la partie antérieure du cœur jusqu'au-dessous des ganglions céré- broïdes. Ce vaisseau, dont le diamètre est plus petit que celui du cœur, jtré- sente partout les mêmes dimensions, et ne possède aucune contractilité : aussi se distingue-t-il très-nettement de la partie contractile ou du cœur. L'orifice qui sépare ce vaisseau, que l'on peut considérer comme une aorte, de la portion contractile de l'appareil circulatoire, présente deux valvules dont la disposition et le jeu rappellent ce que l'on observe dans les orifices ar- tériels du cœur des Mammifères. Elles sont convexes du côté du cœur, et s'adossent parjleur face convexe, pendant la diastole, de manière à fermer l'ori- fice et il empêcher le rellux du lluide circulatoire ; elles s'écartent au contraire pendant le systole. Cette disposition a été décrite et figurée avec soin dans un mémoire cou- ronné par l'Académie des scicnces_de Bruxelles, et dont l'auteur est M. Vcrloren (Mémoire en réponse à la question suivante : Eclaircir par des observations nouvelles le phénomène de la circulation dans les Insectes, en recherchant si on peut la reconnaître dans les larves des dilférents ordres de ces animaux, dans les Mémoires couronnés et Mémoires des savants étrangers de V Académie des sciences, des lettres et des heaux-arts de Uelijiiiue, t. XIX. JS. Chaque coupe, une fuis faite, passe directement de la surface du rasoir dans un vase rempli d'eau pure; pour éviter toutes les confusions, il est bon de placer chacune d'elles dans un vase séparé. Alin de ne pas confondre la surface supérieure et l'inférieure de cluujue coupe, avant de pratiquer les coupes, je fais une marque sur la pièce primitive au moyen d'un rasoir; de sorte que je puis distinguer le côté droit du gauche. Les préparations sont laissées dans l'eau pendant vingt-quatre heures, suivant leur degré de durcissement. L'eau doit être fréiiueminent changée surtout pen- dant l'été; un petit fragment d(î camphre placé dans chiuiue vase, comme l'a proposé Max Schuitze, i)révient le développement dcis infusoires. Ces coupes sont ensuite transportées dans la solution de carmin. Diverses matières colo- rantes qui ont été recommandées dans ces dernières années pour colorer les préparations microscopiques — telles (pn; l'indigo, les couleurs d'aniline et diverses teintures végétales — ne valent rien i>our l'i'tude des centres nerveux- NOTES ET REVUE. xlvh Les unes sont imparfaitement absorbées, frautres sont entraînées par les ma- nipulations nécessaires pour enlever l'eau des préparations. Le carmin ou, comme on dit, le carminate d'ammoniaque, introduit dans la science par Gerlach, demeure encore la meilleure et peut-être la seule matière colorante qu'on puisse employer pour les préparations. Je crois pouvoir confirmer l'as- sertion de Deiters, qui dit que, s'il est absolument nécessaire de colorer les préparations nerveuses, l'usage du carmin pour cet effet ne laisse rien ù désirer. Le fait que le carmin agit de diverses façons sur les différents éléments de la préparation est démontré par cette circonstance, que les cellules nerveuses sont, ainsi que Fa montré Mauthner, colorées de façons différentes. Deiters, qui n'admet pas cela, convient cependant que certains groupes d'éléments nerveux absorbent plus facilement le carmin que d'autres. .le puis confirmer ce fait et j'ajouterai que quelques groupes de cellules nerveuses absorbent une certaine quantité de carmin et ne subissent pas de cliaugements ultérieurs, même lorsqu'elles sont laissées pendant longtemps dans des solutions colo- rantes à différents degrés de concentration. La solution de carmin est préparée de la façon suivante : du carmin du commerce, est broyé dans un mortier avec une petite quantité d'eau, jusqu'à ce qu'elle forme une épaisse masse sirupeuse. On verse alors sur elle la solu- tion d'ammoniaque en agitant continuellement. La solution ainsi obtenue est étendue d'une grande quantité d'eau et filtrée afin de séparer les substances, telles que le verre pilé, qui sont mélangées au meilleur carmin. Cette solution filtrée est exposée au soleil dans une bouteille ouverte de verre vert, jusqu'à ce qu'un précipité floconneux apparaisse, et filtrée sur du papier à filtre neuf. La liqueur qui passe est encore traitée de la même façon et filtrée de nouveau. Il n'apparait généralement pas de troisième précipité. Si cela avait lieu cependant, le liquide serait filtré de nouveau et conservé ensuite dans un vase fermé. La solution ainsi préparée peut être conservée des mois ou même une année entière, sans s'altérer. Elle colore rapidement toutes les préparations microscopiques, mais plus spécialement celles des centres ner-. veux. Une demi-heure ou' une heure au plus est suffisante pour donner une coloration parfaite et intense aux préparations d'une certaine étendue. Si les coupes sont très-minces et bien trempées, la plus belle coloration apparaît au bout de dix ou quinze minutes ; après cela la matière colorante est très-lente- ment absorbée. En préparant la solution de carmin, surtout pendant l'été, il arrive quelque- fois qu'elle se couvre d'une croûte blanche granuleuse et qu'elle a une odeur désagréable. Cela n'empêche en rien la préparation de la solution et ne fait au contraire que l'accélérer. Après une liltration l'odeur semble disparaître d'elle- même. La matière colorante agit d'abord sur la substance grise des centres nerveux et spécialement sur sa matière granuleuse, ensuite sur les différents groupes de cellules nerveuses, l'épithélium et les autres éléments. Avec une solution plus diluée, quelques parties demeurent incolores, d'autres sont moins colorées et on obtient ainsi de belles et instructives préparation? montrant les divers groupements de la substance grise. XLvin NOTES ET REVUE. IV. MONTAGE DES PREPARATIONS. Les préparations colorées, après être demeurées suffisamment longtemps dans l'eau, sont transportées dans de l'alcool de force graduellement crois- sante. Pour cela, on fait usage d'une série de dix verres contenant de l'alcool ordinaire. Chaque préparation est placée dans le premier verre, puis dans le second et ainsi de suite, de sorte que la première préparation est dans le dixième verre, quand la dixième est dans le premier. Après avoir passé à travers dix verres d'alcool, la iiréparation est placée dans l'alcool absolu, oîi elle est complètement déshydratée, puis rendue transpa- rente. Ce mode de traitement a les avantages suivants : la complète déshydra- tation de la préparation se fait dans un temps plus court que par la méthode ordinaire ; la contraction est plus uniforme et les préparations ne deviennent pas cassantes. Ce dernier défaut se produit lorsque les coupes séjournent trop longtemps dans l'alcool absolu. Pour rendre les préparations transparentes, la térébenthine, quelque peu résineuse, mais pas trop épaisse, est le meilleur milieu. Les préparations à l'essence de térébenthine sont les plus souples et les plus flexibles. Pour la conservation des coupes, le meilleur milieu est la solution de gomme Damniar dans la térébenthine, connue dans le commerce sous le nom de vernis Dammar. Les coupes portées dans cette solution ont toutes les qualités de celles qui sont rendues transparentes par l'essence de térébenthine. La surface du vernis sur les bords du couvre-objet sèche plus rapidement que le baume de Canada. Pour fixer le couvre-objet, les bords peuvent être recouverts d'une solution alcoolique de Shellac, colorée avec du bleu d'aniline et qui sèche très-rapidement. V. APPAREIL POLARISANT. L'examen des tissus au moyen de la lumière polarisée est entouré de beau- coup de difficultés et n'a jamais été appliqué, que je sache, à l'analyse anato- mique des centres nerveux. Comme les nerfs cérébraux apparaissent, dans la lumière polarisée, colorés des dilYérentes couleurs du spectre et peuvent être ainsi distingués des nerfs qui ne proviennent pas du cerveau et des autres tissus des centres nerveux, je me suis servi de la lumière polarisée pour déter- miner leur trajet et leur disposition. Pour cet objet, le mieux est de se servir d'une plaque mince do sélénite, (jui donne avec le nicol croisé un champ rouge et avec le nicol parallèle un champ vert. Le disque de sélénite est fixé au moyen de bandes de papier à un support en carton qui est placé sur le porte- objet du microscope, et présente un trou dont le diamètre correspond à celui des trous du porte-objet. Ce support peut ainsi être enlevé et remplacé sans altérer la position primitive du disque de sélénite. L'appareil polarisant est spécialement utile pour déterminer les libres des hémisphères cérébraux, (jui ne peuvent être colorées par le carmin et qui sont par conséquent difficiles à distinguer dans les grandes coupes sous le microscope. Trad. Eom. Perrier. Le directeur : H. de Lacaze-Dlthieks. Le gérant : C. Reinwald, NOTES ET REYUE. XXÏ HISTOIRE DE LA CRÉATION DES ÊTRES ORGANISÉS D'APRÈS LES LOIS NATURELLES ', Par Ern-est ILECKEL, Professeur de zoologie ù l'Université de léna. / M. Reinwald a eu la très-heureuse pensée de faire paraître une traduction française de ce livre, dont la publication a eu un très-grand retentissement à l'étranger. M. le professeur E. Haeckel, admettant le darwinisme jusque dans ses consé- quences les plus extrêmes, a voulu expliquer la création de toutes les formes organiques, animées ou inanimées, en les faisant dériver les unes des autres. C'est la théorie de la descendance ou du transformisme dans tout son déve- loppement. D'autres analyseront peut-être dans les Archives ce livre très-intéressant, en ce sens qu'il nous montre combien l'imagination, aidée de la science, peut conduire à des productions séduisantes. Le but de ces quelques lignes est de donner des éloges sans bornes, car ils sont les plus mérités, à M. Reinwald, dont le^ efforts ne sauraient être accueillis avec trop de reconnaissance par tous les naturalisles français. Il a publié successivement les traductions des ouvrages de Charles Darwin, de mon savant et excellent ami C. Vogt, du professeur Huxley, de Gegenbaur, dont VÀnalomie comparée est peu connue en France, quoi qu'elle soit un livre aussi précieux qu'utile à con->ulter, et que personnellement j'avais désiré voir traduire depuis longtemps. Enfin il vient de donner VHisloire de la Création, de E. Haeckel, qui sera lue certainement avec le plus grand attrait par tous ceux qui aiment à se tenir au courant, et qui ne manqueront pas d'y voir l'une des productions caracté- ristiques de la période d'évolution que subit en ce moment la zoologie. Souhaitons la plus entière réussite aux entreprises de M Reinwald, Le succès de ses traductions parait assuré, car on lit peu en France dans le texte même les auteurs dont les ouvrages et les noms viennent d'être cités. Rien n'a été négligé dans la publication de la Création de Hœckel. Des 1 Paris, C. Reinwald ot C'^, lo, rue des Saints-Pères. ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GKX. — T. II. 1S73. D t NOTES ET REVUE. planches faites avec grand soin, tirées sonvent en couleur, éclairent le texte par des illustrations qui présentent nettement aux yeux la pensée de l'auteur. Le darwinisme a incontestablement déterminé un mouvement considérable dans les études zoologiques et paléontologiqucs ; des progrès certains ont été la conséquence de ce mouvement. Aussi les publications de M. Reinwald ont cela surtout de très-utile qu'elles rappellent, en France et dans les pays où les publications françaises sont recherchées, l'attention vers des vues nouvelles qui, dans bien des cas, ont largement contribué au progrès. H. DE L.-D. XXII OSTI-IOGRAPHIE DES CÉTACÉS VIVANTS ET FOSSILES, Par MM. van BENEDEN et Paul GERVAIS. M. Paul Gervais, de l'Académie des sciences, continue le travail très-impor- tant qu'il publie en collaboration avec M. van Beneden, le savant professeur (le Louvain, sur les Cétacés. Cette publication conipreudra la description et l'iconographie du squelette et du système dentaire- de ces animaux, ainsi que des documents relatifs à leur histoire naturelle. Ce travail occupe déjà une place considérable dans la science anatomo-zoo- logiquc. Quand il sera terminé, il fera sans aucun doute b; plus grand honneur à la fois aux savants qui en ont conçu le plan et accompli l'exécution, enlin au grand établissement français, qui aura fourni une grande partie des ma- tériaux. L'Osléographic des Cclacés vivants: et fossiles rendra certainement de grands services aux zoologistes et aux paléontologistes, car rien n'est confus et peu facile à aborder comme la détermination des Cétacés. La conformation e.xté- rieure de ces êtres a été adaptée à des conditions biologiques particulières. Quand on les considère, on voit qu'un grand type est comme revêtu d'un masque général sous lequel se cachent des variations diverses qu'une grande ressemblance purement extérieure dissimule dans quelques cas. Leur taille est tellement grande, que, suivant l'observation très-juste de Frédéric Cuvier, de près le regard a de la peine à en embrasser l'ensemble et que de loin il ne peut plus en saisir les détails. De là de très-grandes difficultés de déter- mination. M. Paul Gervais a entrepris à temps, avec notre célèbre correspondant van Beneden, l'histoire de ces animaux qui, on lésait, commencent dans toutes les mers à disparaître et ils oui établi leur distinction sp('cilique et générique sur l'ostéologie, seule base sérieuse pour une étude semblable. CluHjuc article de ce grand ouvrage est signé par son antiMir. M. van Bene- den a fait l'histoire des Baleines proprement dites et M. i'aul Gervais s'occupe des Cétodontes, c'est-à-dire des Cétacés à dents, Dauphins, Cachalots. NOTES ET REVUE. li Des planches nombreuses et fort belles font de cet ouvrage un des recueils les plus utiles et les plus importants, car les parties du squelette propres aux déterminations y sont soigneusement représentées, et l'on sait quelles difli- cultés avaient eues jusqu'ici les paléontologistes pour reconnaître les restes de ces animaux. H. de L.-D. XXIII NOTE SUR UN RAMEAU DORSAL DU NERF PATflÉTIQUE CHEZ LES GADES. Dans un mémoire présenté à l'Institut en 1865, j'ai signalé chez le Merlan {Gadus merlangus] l'existence d'une branche dorsale du nerf pathétique, branche dont les ramifications se distribuent dans les enveloppes du cerveau ; la nature de cette branche m'était alors restée inconnue *. En 1868, dans une note des Bullelins de la Société des sciences nalurellcs de Strasbourg, j'ai donné une interprétation de cette même branche, établissant qu'il faut la considérer comme l'homologue de la branche dorsale d'autres nerfs cérébraux (trijumeau et pneumogastrique), comme l'homologue aussi de la branche motrice postérieure ou d(U'sale des nerfs spinaux. En août et septembre 187,3, durant un séjour de plusieurs semaines que j'ai fait au laboratoire de zoologie expéi-imentale fondé par M. de Lacaze-Duthiers à Roscoff, ayant eu à ma disposition plusieurs espèces de Gades {Gadus pollachivs et Gadus molva), j'ai voulu m'assurcr si la branche ascendante du pathétique que j'avais observée sur le Merlan ne se retrouverait point également dans ces types. J'ai eu la satisfaction de voir mes prévisions se réaUser dès mes premières r.echerches. Dans le Gadus poUachius, j'ai trouvé un rameau dorsal très-apparent. Dans le Gadus molva, ce rameau est plus grêle, c'est à peine s'il est visible à l'œil nu sur un individu d'une longueur de 60 à 70 centimètres. Il naît du pathétique, tout près de son origine, se porte en haut et en dedans dans l'épaisseur de la pie-mère et s'anastomose avec un rameau semblable venu du côté opposé. Des recherches plus récentes, poursuivies sur le Gadus lola, m'ont démontré que le rameau dorsal du nerf pathétique existe également dans cette espèce, seulement ce rameau est tellement grêle, qu'il est difficile de le découvrir (même sous la loupe), et qu'il échapperait très-probablement à un observateur qui ne l'aurait pas vu d'abord sur les types que j'ai indiqués. Quoi qu'il en soit, et sans vouloir revenir ici sur l'importance de ce rameau dorsal considéré au point de vue homologique, je ferai observer que l'existence d'une branche nerveuse aussi particulière dans les divers représentants d'un même groupe naturel UKuitre les avantages que pourrait offrir l'étude du 1 Voir, poui- la repirsentatiou do celle brandie {Méni. Soc. des se. nat. de Stras- bourg, 1870), mou mémoire sur l'encéphale. Fig. 8. 4 . î.ii NOTES ET REVUE. système nerveux périphérique au point de vue de la classification. C'est là un vaste champ d'observation qui reste encore à explorer. E. Baudelot. Nancy, 15 janvier 1874. XXIV CONTRIBUTIONS A L'HISTOIRE DU DÉVELOPPEMENT DES POISSONS OSSEUX D'APRÈS L'OBSERVATION DE L'ŒVV DE LA THUITE. {BeitrUgesur Entwicklung der Knochenflsche nach Beohachtungen an Dachforellenekrn ', von JosEF OP]llacher.) Analyse par Charles BARROIS, licencié es sciences naturelles. formation du RliDlMENT EMBRYONNAIRE. Après le fractionnement, les dimensions du disque proligère sont plus con- sidérables; il a alors la forme d'une épaisse lentille biconvexe reposant sur le vitellus par une de ses faces, et composée d'une masse homogène de cellules embryonnaires poiygonales-arrondies. Une partie de cette lentille s'aplatit alors, elle s'étale sur le vitellus, puis, s'en détachant un pi;u en un point, elle forme ainsi sous elle une cavité. Cette cavité est limitée postérieurement par la partie de la lentille qui est restée épaisse, et antérieurement par la partie amincie qui se reiille en bourrelet marginal, adhérent au vitellus. Cette cavité, découverte par Strickler, doit être appelée cavité germinalive, attendu ([u'elle semble analogue à celle de l'œuf de la poule. La partie amincie de la lentille blnstodermique s'étend de jilus eu plus à la surface du vitellus, et en même temps la cavité germinative s'agrandit sous elle; finalement, le globe vitellin est complètement recouvert par un feuillet blastodermique, qui ne lui est adhérent que par un bourrelet marginal saillant. Le dis{|ue proligère ne s'étend donc pas sur le jaune en s'accroissant égale- moiit de tous côtés, comme l'avait dit Kuppfer, et le point où s'achève renvelopiiciiient du vitellus n'est pas le pùle de l'œuf opposé au pôle geruiiiiatif. Le disque a un point de sa circ(Uif('r(!iico immobile, gardant sou épaisseur prinntive, et sous lequel ne se prolonge! pas la cavité germinative; c'est près de ce point, c'est-à-dire au pùl<; gerniinatif même, qiuï s'achève le travail d'i'.iivehtiipement du vitellus, dir au d('v/lo|i|icni(Mit de i;i [lariie amincie. Le » '/eUschrijtfufwmi'HSvh.y.ool.. 187:», XXIIl VA.. 1 lielL NOTES ET REVUE. L..11 point immobile, qui se trouve sur le bourrelet marginal entourant l'anus de Rusconi, est l'embryon; il ne doit donc pas être considéré comme une forma- tion nouvelle constituée par une hypertrophie locale du bourrelet marginal, mais seulement comme le dernier vestige du disque proligère ; c'est de lui que l'embryon prend naissance, dirigé suivant un méridien de l'œuf et la partie céphalique en avant. La formation du blastoderme ne constitue pas une première phase du développement, mais s'effectue graduellement en même temps que se forme l'embryon. C'est le douzième jour que la masse cellulaire homogène qui constitue le disque proligère commence à s'étendre à la surface du vitellus ; dès le moment où elle commence à s'accroître, elle commence aussi à se différencier : d'abord une couche de cellules en palissade se forme à sa surface; ces cellules s'aplatissent bientôt après ; cette couche enveloppe le blastoderme tout entier, elle constituera plus tard l'épiderme du poisson. Sous elle se trouve une épaisse couche de cellules embryonnaires, qui se divise en deux feuillets superposés; dès leur apparition, ces feuillets se différencient chacun dans leur sens spécial , mais pas de la même façon, sur toute la surface du hlastoderme. Dans la partie mince du blastoderme, le toit de la cavité germinative, ces deux feuillets se montrent bien distincts dès le seizième Jour; les cellules du feuillet superficiel s'allongent perpendiculairement à la surface du toit de la cavité germinative; il en résulte une couche simple de cellules cylindriques, qui s'applique bientôt contre la couche épidermique pour former avec elle le feuillet sensoriel de Remak; quant au feuillet inférieur, une partie des cel- lules dont il se compose se détachent et tombent sur le plancher de la cavité germinative; elles s'enfoncent dans le vitellus, où elles restent très-longtemps. Ces cellules jouent peut-être plus tard un rùle dans la formation du cœur, des vaisseaux et surtout des globules sanguins. Œllacher n'est pas très-aflirmatif à ce sujet; toujours est-il qu'on les retrouve dans le jaune, au moment de la formation des organes .de la circulation, et qu'elles y semblent même, avec d'autres cellules issues directement de la substance même du vitellus, douées d'une force de reproduction particulière. Les autres cellules qui constituaient ce feuillet inférieur, restent encore quelque temps appliquées à la surface du toit de la cavité germinative, puis peu à peu leur nombre diminue, et elles finissent par disparaître. Dans la partie épaisse du blastoderme, c'est-à-dire dans l'embryon, la divi- sion en deux feuillets ne devient apparente que le dix-huitième jour; le supé- rieur ne se différencie en cellules cylindriques qu'à sa partie inférieure ; il reste parfaitement indépendant de l'épiderme et demeure composé d'une épaisse couche de cellules embryonnaires, limitées inférieurement par les cel- lules cylindriques. Le feuillet inférieur, loin de s'atrophier comme dans le toit de la cavité germinative, persiste et devient le siège de différenciations importantes qui se manifestent d'abord par l'apparition d'une corde axiale. Cette corde, visible dès le dix-huitième jour à la partie postérieure du germe, est formée par des cellules du feuillet inférieur qui sont disposées concentri- quement, et situées à la limite entre les deux feuillets. L'embryon se trouvera uniquement constitué par l'évolution des feuillets uv NOTES ET REVUE. supérieur et inférieur ; la couche épidermique qui les recouvre ne joue aucun rôle dans sa furination, aussi peut-on la laisser de côté en traitant de la nais- sance des ditTéreiits organes de l'embryon. A la fin du dix-huitième jour l'embryon n'a guère changé d'aspect ni de volume, mais, par suite de ces différenciations, son organisation intime est très-modifiée : à un épaississement cellulaire informe et sans structure, a succédé un véritable rudiment embryonnaire qui contient en principe tous les éléments du développement ultérieur; aussi Œllaclier a-t-il donné an germe, après la séparation dos feuillets, le nom de rudiment embryonnaire primitif, et après la formation de la corde dorsale, celui de premier rudiment embryonnaire. Ainsi, après la formation de l'épiderme, a lieu dans le germe la formation du rudiment embryonnaire, et dans le toit de la cavité gcrminative, du feuillet sensoriel de Rem;ik. Le dix-neuvième jour, quand le germe est transformé en rudiment em- bryonnaire, il commence à s'accroître, s'étale sur le jaune, s'allonge rapide- ment à la surface du vitellus, et ne tarde pas à donner ainsi naissance à l'embryon. Celui-ci a extérieurement la forme d'un ccussoii embryonnaire arrondi, il présente à sa partie postérieure une légère dépression ; le bour- relet marginal, dans lequel il est comme enraciné par son extrémité caudale, porte sur les côtés deux lames cellulaires triangulaires qui le fixent plus solidement. Les auteurs qui avaient précédemment étudié ces questions et qui n'avaient pas suivi la formation du rudiment embryonnaire, éprouvaient de grandes difficultés à expliquer la formation subite de l'embryon : Œllaclier discute successivement les opinions de Vogt, qui pensait que les cellules du blastoderme se concentraient en un point de sa périphérie ; celles de Rieneck, de Gotte, de Strickler, qui croyaient l'écusson formé par l'accumulation, en un point du blastoderme, des cellules voyageuses enfouies dans le jaune; celle de Kuppfer, enfin, pour qui les cellules du limbe du blastoderme se réunissent à un rudi- ment de l'écusson formé d'une manière indépendante. A la période de Yécusson embryonnaire arrondi, succède la période de l'écusson embryonnaire large (vingtième jour), expression qui indique le sens de l'accroissement de l'écusson; il s'est élargi. Un renflement s'est formé à sa partie tout à fait postérieure, c'est le bourgeon caudal ; enfin, la légère dépres- sion qui existait aussi précédemment à sa partie postérieure s'est changée eu un sillon qui occupe la moitié postérieure de l'embryon. Le vingt et unième jour, période de l'écusson embryonnaire pyriforme, l'écusson a pris la forme d'une poire. Le bourgeon caudal s'est allongé; le sillon médian n'existe plus à la partie postérieure de l'embryon, il n'a per- sisté qu'à sa partie moyenne, au lieu de disparaître insensiblement à la partie antérieure; comme dans la période précédente, il se termine par une dépres- sion profonde. Ce sillon dorsal n'a rien de commun avec la formation du système nerveux : on le voit encori; pendant les quelques jours qui suivent, mais il ne tarde pas à disparaître, et le système nerveux se forme au-dessous d'une manière tout à fait indépendante. Le vini^t-deuxièine jop.r, période de l'écusson embryonnaire rhomboïdal, NOTES ET REVUE. lv l'écusson s'est encore allongé, il a pris la forme d'un losange; le sillon dorsal s'est allongé d'un tiers à la partie antérieure et présente trois fossettes. L'antérieure est située à l'avant du sillon ; la moyenne correspond à la dépression qui le terminait dans la période précédente; la postérieure est double et se compose de deux fossettes latérales réunies par une dépression transversale; derrière elle, enfin, existe encore un dernier prolongement de sillon dorsal. Ces fossettes permettent de diviser l'écusson en trois parties, division qui se justifiera d'elle-même dans la suite du développement; la partie antérieure, qui porte les fossettes, sera la partie céphalique ; la partie comprise entre la fos- sette postérieure et le bourrelet marginal, la partie rachidienne; enfin, la dernière portion, comprenant la partie postérieure de l'embryon avec le bour- geon caudal, sera la partie caudale. La partie cépbalique occupe d'abord à elle seule plus de la moitié de l'écusson embryonnaire, mais peu à peu elle diminue par rapport à la partie racliidienne, et est enfin ramenée aux dimen- sions qu'elle offre cliez le poisson complètement développé. Le vingt-troisième jour {pèrioiie de l'écusson embryonnaire en fer de lance) est caractérisé par la division i!e la partie cépbalique en trois renflements, correspondant à chacune des trois fossettes et représentant les trois divisions du cerveau (prosencéphale, mésencéphale, épencépliale;, dont Tantérieure donne naissance aux vésicules oculaires, et la postérieure aux vésicules auditives. Les trois jours suivants n'offrent aucune particularité remarquable, l'em- bryon continue à croître en longueur et en épaisseur, ses contours se délimi- tent mieux; enfin, le vingt-septième jour, les différenciations qui se sofit accomplies dans son intérieur commencent à devenir visibles à l'extérieur. Le système nerveux central fait saillie à la surface de l'embryon et forme, sur sa ligne médiane, un cordon allongé renflé à la partie cépbalique; de chaque côté de ce renflement, on distingue les saillies des vésicules auditives et ocu- laires ; celles-ci, situées à la partie antérieure, sont encore peu prononcées; celles-là, déjà très-visibles, forment à la partie postérieure de l'extrémité cépha- lique deux renflements considérables en forme de croissants. Le sillon dorsal et les fossettes ont presque entièrement disparu ; une fente linéaire peu pro- fonde, placée à la surface du cordon médullaire, en indique seule les derniers vestiges; enfin, de chaque côté de ce cordon se trouvent les parties latérales de l'embryon. Elles ne constituent qu'une seule masse dans la partie cépha- lique, mais présentent déjà dans la partie rachidienne une division bien nette en lames vertébrales et en lames péritonéales. A l'extrémité postérieure on voit le bourgeon caudal qui forme une saillie assez prononcée au-dessus du bourrelet marginal. L'examen de l'écusson embryonnaire fait voir l'accroissement de l'embryon en longueur et en largeur, mais son épaisseur s'est également accrue. Pendant les premiers jours de son développement, il a sur les coupes transversales (perpendiculaires à l'axe de symétrie) la forme d'un ovale allongé, qui nous présente une face supérieure et une face inférieure; la première est légère- ment aplatie, et, à sa partie médiane, on trouve la coupe du sillon dorsal; la seconde repose sur le jaune; elle offre en son milieu une épaisse carène formée Lvi NOTES ET REVUE. par la saillie de In corde axiale, s'eiifonçant profondément dans le vitellus. A mesure que le sillon dorsal diminue, et (|ue l'embryon gagne en épais- seur, la dépression médiane de la face supérieure disparaît, et sa convexité augmente; de même, lorsqu'à la corde axiale ont succédé des formations plus complexes, la carène devient moins épaisse, et présente bientôt dans son en- semble une courbure régulière, de sorte qu'à l'approclie du trente-septième jour l'embryon a dans les coupes une forme régulièrement ovale. La corde axiale n'occupe d'abord, cliez le rudiment embryonnaire, qu'une très-faible étendue ; mais, à partir du dix-neuvième jour, elle s'allonge rapi- dement et ne larde pas à s'étendre dans presque toute la longueur de l'em- bryon; elle fait alors saillie à sa face inférieure, où elle détermine la formation d'une carène axiale. Œllacher, par une étude attentive de l'embryon à cette époque, est arrivé à se convaincre que cette carène était constituée par deux parties bien dis- tinctes : la partie postérieure appartient seule à la corde axiale proprement dite, dépendante du feuillet inférieur; la partie antérieure, au contraire, est due à une formation nouvelle dérivant du feuillet supérieur, et à latiuelle il donne le nom de parité réphnlique de la corde axiale. Si l'on fait des coupes à travers l'écusson embryonnaire à cette époque, on ne trouve plus qu'en un seul point la corde axiale occupant, comme primiti- vement, une disposition intermédiaire aux deux feuillets. Ce point est situé à la partie antérieure de la région caudale; derrière, la corde axiale augmente graduellement d'épaisseur et refoule peu à peu vers le haut le feuillet supé- rieur, qui finit par disparaître, et l'on ne voit bientôt plus sur la coupe qu'une seule masse de cellules disposées concentriquement. En avant de ce même point, le contraire arrive : la couche supérieure augmente à son tour, s'épaissit au-dessus de la corde et la presse graduellement vers le bas, jusqu'à sa complète disparition dans la masse cellulaire du feuillet inférieur, ce qui a lieu entre les parties céphaliquc et racbidienne. Elle forme alors au milieu de ce feuillet le cylindre cellulaire solide qui porte le nom de pnrlic crphalique de la corde axiale. La corde axiale se compose donc, dès le début, de deux parties superposées, bien distinctes, qui se renflent chacune à l'une de leurs extrémités. Pendant la suite du développement, ces deux parties se délimitent de mieux en mieux : la première, formée par une hypertrophie du feuillet supérieur, devient la corde médullaire; son renflement antérieur constitue le cerveau; la seconde, qui tire son origine d'une hypertrojihie du feuillet inférieur, formera la corde dor- sale ; quant à son reullenuMU postérieur, il constitue d'abord presque exclu- sivement le bourgeon caudal, mais ne tarde pas à subir un arrêt de dévelop- pement et disparaît; la corde dorsale se termine alors en pointe à ses deux extrémités. En même temps que s'accomplissent ces phénomènes et que la partie mé- diane du feuillet inférieur se difTérencie en corde dorsale, une couche cellu- laire continue se détache graduellement de sa partie inférieure, et finit par constituer un troisième feuillet, qui est, à proprement parler, le feuillet infé- rieur; la formation appelée jusqu'ici le feuillet inférieur était donc la réu- nion des feuillets inférieur et moven. NOTES ET REVUE. lyu Les coupes transversales menées par l'embryon au vingt-cinquième jour montrent distinctement les trois feuillets; le supérieur et l'inférieur sont assez minces ; une épaisse corde axiale, formée dans la partie céphalique par le renflement du cordon médullaire, dans la partie rachidienne par le cordon médullaire et la corde dorsale superposés, s'étend de l'un à l'autre ; elle divise ainsi le feuillet moyen en deux parties latérales symétriques, de forme trian- gulaire, qui donneront naissance à la plus grande partie des organes de l'embryon. Les coupes menées par la région caudale montrent qu'elle est d'abord presque exclusivement constituée parla corde dorsale; puis, quand celle-ci s'est arrê tée dans son développement jiour se terminer aussi en pointe, comme dans la partie céphalique, la division eu feuillets, qui existe partout ailleurs, appa- raît aussi dans cette région. Dans la région rachidienne, les parties latérales du feuillet moyen se divi- sent chacune, dès le vingt-septième jour, en trois masses distinctes disposées longitudinalement : la niasse interne ou lame vertébrale, l'externe ou lame péritonéale; la troisième est intermédiaire entre les deux autres. Le vingt-huitième jour se forme entre le feuillet inférieur et la corde axiale, peut-être, suivant Œllacher, aux dépens de cette dernière, une corde cellu- laire mince et continue qui deviendra l'aorte primitive ; en même temps le feuillet inférieur s'épaissit sur la ligne médiane, tandis qu'il s'amincit latéra- lement; ce processus se continue pendant les jours qui suivent, et les extré- mités latérales, qui s'amincissent de plus en plus. Unissent par disparaître; le feuillet inférieur, réduit alors à sa partie médiane, se renfle en un cylindre cellulaire qui constitue le rudiment de l'intestin moyen et postérieur. C'est aussi à partir du vingt-huitième jour que commence l'évolution des trois lames cellulaires du feuillet moyen ; à l'origine, elles sont toutes placées sur un même plan horizontal, à la suite les unes des autres ; le vingt-huitième jour elles commencent à changer de position respective : Tinterne et l'externe tendent à se rejoindre au-dessus de la masse intermédiaire, qui est ainsi gra- duellement refoulée vers le bas; et le vingt-neuvième jour les trois masses cellulaires de chaque côté, au lieu d'être situées à la suite les unes des autres^ sont juxtaposées ; leur ensemble constitue un triangle appliqué contre la corde axiale ; l'angle interne de ce triangle est représenté par la lame vertébrale, l'externe par la lame péritonéale, et l'inférieur par la lame intermédiaire. Le trente et unième jour, un changement important s'effectue dans les lames péritonéales; au milieu de la masse cellulaire qui les constitue appa- raît une fente, premier rudiment de la cavité péritonéale. Peu de temps après la formation de cette cavité, sa paroi supérieure émet un bourgeon qui se pré- sente sous forme d'un canal cellulaire creux et est situé dans le voisinage de la masse intermédiaire ; ces canaux se détachent de leur support à la fin du trente-troisième jour, et se transforment en deux tubes fermés qui constituent les canaux rénaux primitifs. En même temps que s'achève ce processus, les masses cellulaires intermédiaires, qui sont placées de chaque côté de la corde dorsale, marchent à la rencontre l'une de l'autre entre cette corde et l'intestin, et se soudent le trente-cinquième jour en une masse ovale cylindrique im- paire, située sous la corde aortique. Enfin, les masses vertébrales se montrent r.viii NOTES ET REVUE. à cette époque composées de deux parties bien visibles : un noyau central, une couche de cellules cylindrif|ues qui cutourent ce noyau. En résumé, à la fin du trente-septième jour, époque à laquelle se sont arrêtées les observa- tions d'ŒHacher, la partie racliidienne de l'embryon se trouve constituée comme il suit : au-dessous de l'iuicicnne corde axiale se trouvent la cordii aortique, la masse cellulaire impaire formée par la réunion des lames inter- médiaires, et cnlin le rudiment solitle de l'intestin. De chaque côté de la corde axiale se trouvent les niasses vertébrales ; de chaque côté de la masse cellu- laire impaire sont les conduits rénaux, en dehors desquels s'étendent latéra- lement les lames péritonéales. La partie céphali(iue présente plusieurs particularités, dont les plus impor- tantes sont l'absence de la corde dorsale, l'absence des masses cellulaires inti^rmédiaircs et le iuode de formation de l'intestin; les lamos vertébrales et péritonéales y sont représentées par les lames céphaliijue et péricardialc. L'ab- sence de la corde dorsale s'explique, parce que la partie axiale est ici uhique- ment formée par la corde médullaire qui s'est hypertrophiée pour constituer le cerveau. Les masses cellulaires intermédiaires, si bien développées dans le milieu de la partie rachidienne, ne présentent pas partout la même épaisseur; aux extrémités de cetti'jrégion môme, elles s'amincissent en se confondant avec les lames vertébrales, et dans la partie céphalique on n'en retrouve plus aucune trace. Le mode de formation de l'intestin est des plus remarquables; le feuillet inférieur, au lieu de se concentrer simplement sur la ligne médiane pour for- mer une masse cellulaire solide située à la partie inférieure de l'embryon, envoie de chaque côté de la corde médullaire un repli, qui pénètre profondé- ment dans la masse cellulaire latérale du feuillet moyen; bientôt après, les parois externes de ces replis se rejoignent inférieiirement à la partie médiane de la coupe, et constituent ainsi une formation fermée de toutes parts, en forme de croissant, qui représente les premiers rudiments de la cavité bran- chiale. La partie du feuillet inférieur qui ne passe pas dans les parois de cette cavité disparaît rapidement. Les parties latérales du feuillet moyen ne se divisent pas comme dans la région rachiilienne, mais les replis du feuillet inférieur pénètrent dans leur substance et les séparent finalement en deux portions : l'interne, placée au-dessus du sac branchial, constitue les lames céphaliques; l'externe, située au-dessous, les lames péricardiales. Au moment où l'aorte commence à se former, chaque lame céphalique envoie latéralement un prolongement qui pénètre entre le sac branchial et la lame péricardialc correspondante; ces prolongements, qui donneront nais- sance aux arcs aortiques et branchiaux, marchent à la rencontre l'un de l'autre en entourant l'intestin, et ne tardent pas à se rejoindre au-dessous de lui, sur la ligne médiane. Là ils se soudent et donnent naissance à un renfle- ment (•cllidaire, priMuier rudiment du c(cur, (jui enviiii; à la surface du vitellus des prolongements irréguliers, (|ui forment hss veines du jaune. En même temps que s'elTectuent ces phénomènes, une fente apparaît au milieu de cha- cune des lames péricardiales, puis ces lames s'accroissent et ne tardent pas à NOTES ET REVUE. ux présenter un aspect analogue à celui que nous ont offert les lames péritonéales dans la partie rachidienne. Ces phénomènes concourent tous à la formation des organes de circulation ; on voit donc que, vers le trente-septième jour, l'euibryon se trouve formé de deux systèmes superposés, le premier comprenant la corde médullaire et les lames céplialiques, le second le sac branchial entouré des organes de la circu- lation : c'est-à-dire supérieurement par l'aorte, inférieurement par le cœur et les lames péricardiales, sur les côtés par les prolongements des lames céplialiques. FORMATION DES ORGANES. Si on compare les différentes phases du développement de la truite avec ce qui se passe chez les autres vertébrés, on voit que la division du blastoderme de la truite en quatre feuillets (feuillet épidermique, sensoriel, moyen, infé- rieur) est loin d'être un fait isolé : elle se retrouve chez les batraciens, comme l'ont déjà démontré depuis longtemps les recherches de Gotte et de plusieurs autres embryogénistes. La nature de la corde axiale semble, par contre, s'accorder mal avec ce qu'on a remarqué chez d'autres vertébrés; dans l'œuf de la poule, le feuillet moyen tout entier est le résultat de l'évolution de la bandelette primitive; cette dernière a une origine propre et entièrement indépendante des feuillets préexistants; elle vient s'interposer entre eux, se soude au supérieur, puis s'étend latéralement pour constituer ainsi le feuillet moyen. Chez la Truite, rien de semblable : le feuillet moyen n'est jamais constitué entièrement, ni même en majeure partie, par la portion axiale; il naît, comme les autres feuil- lets, par suite d'une simple lamination du bIa>toderme. Le système cérébro- spinal provient d'une simple hypertrophie du feuillet supérieur; il se forme d'abord un renflement (partie céphalique de la corde axiale), qui se divise ensuite en trois parties (prosencéphale, mésencéphale, épencéphale), et se continue postérieurement avec la moelle épinière, située au-dessus de la corde dorsale. Ou retrouve, en examinant la structure histologique de cette production, tons les éléments constitutifs du feuillet supérieur : elle se compose d'une couche de cellules cylindriques qui entoure une masse de cellules embryon- naires; ces dernières ne tarderont pas à disparaître pour former ainsi le canal central de la moelle. 11 existe donc des différences importantes entre le développement de la truite et celui des autres vertébrés : chez les batraciens et le poulet, le système nerveux se forme par l'occlusion de la gouttière primitive, et il se forme ainsi de prime abord un canal creux tapissé intérieurement par une couche épider- mique ; chez la truite, au contraire, l'axe cérébro-spinal est d'abord un cylindre cellulaire solide qui se creuse postérieurement et ne renferme jamais d'épiderme. Ces particularités dans la formation du système nerveux se retrouvent, du reste, dans celle des organes des sens. Les yeux naissent du prosencéphale ; il émet de chaque côté un bourgeon solide dirigé d'avant en arrière, qui bientôt L\ NOTES ET REVUE. s'étrangle à sa partie inlerieure pour former le nerf optique. Ce bourgeon ofîre une structure liistologique analogue à celle do la moelle épinière, il se creuse de la même façon, et le vingt-huitième jour il se présente sous la forme d"un bulbe oculaire relié à la corde médullaire par un nerf optique. Le cristallin apparaît sous forme d'un second bourgeon solide qui pénètre dans le bulbe oculaire en se détachant graduellement du feuillet supérieur dont il il a |)ris naissance. (ïi;i lâcher ne s'étend pas davantage sur la formation des organes de la vision; il déclare ne pouvoir rien trouver de nouveau sur ce sujet après les travaux de Schenk, et renvoie à cet auteur ceux qui désireraient avoir déplus amples renseignements sur cette matière. Quant aux organes auditifs, ils suivent dans les premiers temps du déve- loppement une marche identique à celle des organes oculaires, et consistent en deux bourgeons creux nés de l'encéphale. De l'intestin. — La cavité branchiale se termine d'abord en avant en cul-de- siic, mais bientôt ses extrémités latérales se prolongent jusqu'à la rencontre du feuillet sensitif, au niveau de la région auditive, et là elles communiquent avec l'extérieur, formant ainsi les fentes branchiales. Derrière cette région, la cavité du sac branchial diminue rai)idement ; il tend à prendre une forme arrondie et à se rapprocher de la partie inférieure de l'embryon, pour former la portion antérieure de l'intestin; bientôt on ne trouve plus qu'une masse cellulaire solide arrondie, située sous les lames l)éritonéales, et qui constitue l'intestin moyen et postérieur. Cœur et conduits rénaux. — D'après Kuppfer, dès les premiers temps du développement de l'embryon (vingtième jour), deux vésicules se montrent à sa face inférieure sur la carène axiale. La vésicule antérieure est creusée dans le tissu même de la carène ; elle indique un péricarde préformé dans lequel pénétrera ensuite un bourgeon solide, né soit de la corde axiale, soit de la paroi supérieure du péricarde même, et qui constitue le cœur. La vésicule postérieure est logée entre la corde axiale et le vitellus; Kuppfer la désigne sous le nom d'allantoïde, et la considère comme la future vessie urinaire; d'après lui, elle émet bientôt un prolongement qui rampe à la surface du vitellus jusqu'à l'extrémité postérieure de l'embryon, et constitue ainsi un urèthre impair. Œllacher donne de la formation des organes circulatoires une description toute différente: ses observations se trouvent d'accord, en les complétant beaucoup, avec celles de Kathke, Vogt, Lereboullet, Reichert et Aubcrt. D'après lui, le cœur est d'abord un organe solide qui se creuse par un pro- cessus analogue à celui qu'a suivi le système nerveux et devient une vésicule fermée de toutes parts (jui ne se met que plus tard en communication avec les arcs aortiques. Quant au péricarde, son développement se fait parallèle- ment à celui du cœur : les deux lames péricariliales marchent à la rencontre l'une de l'autre et linissent par se rejoindre sur la ligne médiane, au-dessus du C(eur, constitiiaiil, un suc fernu' i|Mi n'est aiitiw; ipic b; pt'ricarde. La formation (lu pi'Titoiiic SI' l'iiil, d'ailleurs ^imullaiuMncnl, et par mi [irocessus analogue, aux dépens des lames péritonéales. La (juesli(Hi qui reste la plus obscure est celle de l'origine des organes de NOTES ET REVUE. lxi circulation ; trois éléments semblent concourir à leur formation : la corde axiale qui forme l'aorte, les masses céphaliques qui forment les arcs aortiques et branchiaux, et enfin les cellules du jaune, qui formeront peut-être les glo- bules sanguins et les veines du jaune. Le désaccord n'est pas moins complet en ce qui concerne la formation des conduits rénaux ; Œllacher les trouve, dès leur origine, composés de deux canaux pairs nés aux dépens de la paroi supérieure de chaque lame périto- néale ; d'après Rosenberg, qui a parfaitement suivi chez le Brochet le dévelop- pement de ces parties, cette disposition persiste très-longtemps, et les deux canaux ne se soudent que très-tard en un urèthre impair très-court. Du reste, Œllacher ne sait ce qu'il faut voir dans ces vésicules d'apparition si précoce dont parle Kuppfer. Le péricarde et les conduits rénaux n'appa- raissent au contraire qu'assez tard, bien après les premiers rudiments de la corde axiale et de l'intestin. Œllacher termine son remarquable travail par quelques considérations générales sur le rôle et la destination des diiîérentes parties du blastoderme dans le groupe des vertébrés. Dès que l'on eut sur l'évolution des différentes couches du blastoderme des idées un peu précises, on constata que du feuillet moyen naissait la majeure partie des éléments musculaires et conuectifs, et des feuillets superficiels (supérieur et inférieur) la majeure partie des éléments nerveux et épithélianx. On a prétendu voir, dans les tissus nerveux et épithéliaux d'une part, connectifs et musculaires d'autre part, des formations dérivant des feuillets superficiel et moyen, non en majeure partie, mais exclusivement et dans leur totalité, ce qui conduisait à établir une opposition bien tranchée eutre ces deux catégories de tissus. Cette théorie a, dès sa naissance, rencontré un obstacle sérieux ; la pré- sence au milieu du feuillet moyen de formations épithéliales (conduits rénaux, etc.); c'est pour parer à cet obstacle que fut inventée l'hypothèse des feuillets germinatifs; d'après His, les conduits rénaux naîtraient directement du feuillet supérieur, sous forme de deux replis qui s'en détacheraient dans la suite du développement. Ainsi se trouvait expliquée d''une manière très-simple la présence des conduits rénaux au milieu du feuillet moyen. Malheureuse- ment l'expérience a contredit ces assertions, ainsi que l'ont démontré, pour les oiseaux, les recherches de Dursy, Schenk et Waldeyer; pour les batra- ciens, celles de Gôtte ; pour les poissons, enfin, celles de Rosenberg, aux- quelles viennent s'ajouter celles d'ŒIlacher. Il est maintenant incontestable que les conduits rénaux naissent des lames latérales du feuillet moyen ; la théorie des feuillets germinatifs est donc détruite, et l'objection primitive reparaît dans toute sa force. Aujourd'hui deux opinions sont en présence : celle de Waldeyer, qui à la théorie des feuillets germinatifs tente d'en substituer une autre, faisant encore dériver les conduits rénaux du feuillet supérieur; et celle de Rosenberg, qui renonce définitivement à cette dérivation. D'après Waldeyer, les canaux rénaux naîtraient inlireclcment du feuillet supérieur; ses recherches sur le développement de la poule lui ont appris que chez cet oiseau le feuillet supérieur, après avoir donné naissance ù la corde Lxn NOTES ET REVUE. médullaire, s'étend sur les côtés pour foruicr les lames vertébrales. Cette oh.-,ervaliou vient donc à l'appui de l'hypothèse qui attribue la naissance des conduits rénaux au feuillet supérieur; l'on conçoit en elTct sans peine que les lames vertébrales puissent pousser des prolongements qui s'étendent dans les lames latérales et contribuent ainsi à la formation des conduits; un fait qui confirme encore cette opinion est le mode de formation des lames vertébrales chez les batraciens ; il est identique, selon Golte, à ce que Waldeyer a décrit chez la poule. Rosenberg rompt définitivement avec la théorie ; il trouve plus sage de s'en rapporter uniquement aux apparences, et de considérer les canaux rénaux comme naissant bien du feuillet moyen; aussi abandonne-t-il complètement la règle de spécilication des tissus et toutes ses conséquences. Entre ces deux opinions extrêmes, CEIlacher semble hésiter: d'un côté, il trouve les idées de Rosenberg fort absolues; de l'autre, il termine l'exposition do la théorie de Waldeyer en disant : « Je considère actuellement celte théorie comme possible, mais non démontrée pour les oiseaux et les batra- ciens, comme impossible pour la truite, où les lames vertébrales se forment indépendamment du feuillet supérieur. » Aussi se borne-t-il, en attendant que de nouvelles recherches viennent éclairer ces questions difficiles, à bien préciser la nature des différentes parties du feuillet moyen. On a vu précédemment que les lames vertébrales se composent d'un noyau et d'une couche périphérique ; bien des opinions contraires ont été émises au sujet de savoir ce que devenaient dans la suite ces deux parties; on peut néan- moins considérer comme établi, d'après les recherches de Scheuk pour les oiseaux, de GôUe pour les batraciens, enfin d'ŒIlacher lui-même pour les poissons, (jue les noyaux donnent naissance aux muscles et aux vertèbres ; de leur partie supérieure dérive la membrane de réunion de Rathke, de leur partie interne les vertèbres, de l'externe les muscles de la peau, enfin de la partie inférieure naissent dans la partie céphaiique les parois musculaires de la cavité branchiale et de l'intestin antérieur. Dans la partie rachidienne elles s'hypertrophient pour former les masses intermédiaires d'où dérive le stroma des reins et de l'intestin. Le rôle de la couche périphérique est moins bien établi; Gôtle avait pensé qu'elle donne naissance aux nerfs périphériques, et (JEliacher fait remarquer qu'on devra peut-être accorder à cette opinion plus d'attention qu'on ne l'a fait jusqu'ici; en eflet, elle semble indiquer entre les feuillets moyen et supérieur de curieux rapports restés jusqu'à ce jour ina- perçus, chacun de ces feuillets serait composé d'une partie centrale nerveuse et de parties latérales cpithéliales. Les parties épitliéliales seraient représentées dans le feuillet moyen par les lames latérales tout entières; elles ont, suivant Œllacher, la même valeur chez les poissons, les batraciens et les oiseaux; elles forment les épithéliums péritonéal et péricardial, le canal rénal primitif, et enfin l'épithélium germinatif. NOTES ET REVUE. ixui XXV NOTES CRITIQUES La septième livraison de la traduction française du Manuel d'anatomie comparée de M. Ge^enbaur, par K, Vogt, vient de paraître. L'ouvrage de M. Gegenbaur étant un livre sérieux et destiné à obtenir en France un légitime succès, il ne saurait être indifférent de laisser passer sans critique toutes les idées qu'il renferme, lorsque quelques-unes de ces idées peuvent être ou inexactes ou erronées. Ayant fait des poissons une étude particulière, je tiens à présenter ici quelques observations que in'a suggérées la lecture du septième fascicule concernant l'anatomie de ces animaux. Dans la partie de son ouvrage relative à l'encéphale des poissons (p. 684- 687), M. Gegenbaur a adopté les déterminations de Miklucho-Maclay, Comme Baer, il nomme Vorderhirn (cerveau antérieur) les lobes antérieurs ou hémisphères. Il désigne par ces mots : cine Làngsaymmissur (commissure longitudinale), la partie suivante, celle qui est comprise entre les hémisphères et les lobes optiques, c'est-à-dire le Zwischenhirn (cerveau intermédiaire) de Baer ou le lobux vcnlriculi leriii de J. Mùiler. Il appelle Zwischenhirn (cerveau intermédiaire) les lobes optiques (Mittel- hirn de Baer). Il donne le nom de MilUihirn au cervelet [Binicrhirn, t cerveau posté- rieur » de Baer), et il réserve celui de Hinlerhirn à une lamelle située au-dessous et en arrière du cervelet. De même que Baer enfin, il nomme Nachhirn (cerveau terminal) la moelle allongée. S'il ne s'agissait ici que d'un simple changement dans des dénominations reçues, nous n'aurions à signaler qu'un inconvénient, toujours grave néan- moins, puisqu'il peut devenir une source de confusion. Mais la question porte plus haut, et, ainsi que l'on peut s'en convaincre par la lecture des pages 687- 691, relatives à l'encéphale des autres vertébrés, l'assentiment tacite accordé l'opinion de M. Gegenbaur aurait pour résultat d'introduire dans la science des vues théoriques tout à fait inadmissibles. Dans la partie de son ouvrage relative à l'encéphale des amphibiens, des reptiles et des oiseaux, M. Gegenbaur accepte les déterminations adoptées par tous les auteurs; les figures comme le texte indiquent comme Vordcrhiin (cerveau antérieur) les hémisphères, comme Millclhirn (cerveau moyen) les lobes optiques, comme Hinterhini (cerveau postérieur) le cervelet. Lorsqu'il s'agit de l'encéphale des poissons, ces déterminations ou du moins plusieurs d'entre elles se trouvent changées: le cervelet n'est plus le cervelet (HinterhirnJ, mais devient le cerveau moyen (Mittelliirn), c'est-à-dire l'équivalent du lobe optique des amphibiens, des reptiles et des oiseaux; d'autre part, le lobe optique, cessant d'être le cerveau moyen (Mittelliirn), devient le cerveau intermédiaire (Zwischenhirn), et représente par conséquent une partie différente du lobe optique des autres vertébrés. Outre que cette théorie a contre elle les simples appare«ces, il est aisé de montrer qu'elle heurte directement le principe des connexions, et que même uiv NOTES ET REVUE. elle se trouve en désaccord avec l'embryogénie, sur laquelle cependant ses auteurs ont prétendu l'étayer. Elle a contre elle les simples apparences en ce que, si l'on compare point à point les parties de l'encéphale d'un poisson avec celles d'un reptile ou d'un ampliibien, on est conduit tout naturellement à assimiler les lobes optiques du premier aux lobes 0[itiques des seconds. Elle heurte directement le principe des connexions par ce fait que si le Mittelhirn des poissons (cervelet) devient l'équivalent du Mittelhirn (lobe optique) des amphibiens et des reptiles, non-seulement le nerf optique se trouve naître de parties différentes, mais le Mittelhirn des poissons se trouve rejeté en arrière des origines du nerf pathétique, tandis qu'il est situé en avant de ces mêmes origines chez les reptiles et chez les amphibiens. Enfin cette théorie se trouve en désaccord avec l'embryogénie, attendu que le Mittelhirn des poissons (cervelet) n'apparaît que très-tardivement, tandis que le Mittelhirn (lobe optique) des reptiles et des amphibies (comme, du reste, le lobe optique véritable des poissons) se montre dès les débuts du développement embryonnaire. Je pourrais ajouter en terminant qu'il n'y a point toujours concordance suffisante entre les ligures et le texte dans la partie de l'ouvrage de M. Gegen- baur sur laquelle je viens d'appeler l'attention (1). Une autre question au sujet de laquelle je tiens à apporter une rectification est la suivante : M. Gegenbaur, dans un passage relatif aux organes auditifs des poissons (p. 7d1), dit en parlant des osselets de Weber ; « La chaîne d'osselets qui chez les Cyprinoïdes réunit la vessie natatoire au labyrinthe résulte en partie d'une modili cation des côtes. » Les côtes n'entrent pour rien dans la formation des osselets de Weber. Cela a été démontré dans un travail que j'ai publié en 1808 dans les BuUeiins de la Sociélé des sciences nalurelles de Sirashourg, sous ce titre : « Considérations sur les premières vertèbres des Cyprins, des Loches et des Silures. « (Voir, pour les figures relatives au texte, les Mémoires de la Société des sciences naturelles de Strasbourg y 1870.) J'ai étalili sur un ensemble de preuves que je crois indiscutables, que les marteaux {mallrus de Weber) représentent les branches de l'arc inférieur de la troisième vertèbre; les enclumes (incus de Weber), les branches de l'arc supérieur de la seconde vertèbre; les étriers [stapes de Weber), les branches de l'arc supérieur de la première vertèbre; les deux ciaustrum, un inter- crural de la première vertèbre très-rédnit et partagé en deux. E. B.VUDELOT. Nancy, 29 janvier 1874. ' Les vues nouvelles de MM. Maclay et Gegenbaur ont étéréfutées par le doc- teur L. Stiiîda., de Dorpat, dans un article intitulé : Uerer die Deltung der einzel- NEN TiiEiLE DES FiscHENHiRNS {Zeilsckrifl f. wisseiiscli. Zoologie, 1873. Bd. XXIII, p. 443). Le directeur : il. bt L^cazk-Dltiukus. Le gérant : C. Rei.nwald, ARCHIVES DE ZOOLOGIE EXPÉRIMENTALE ET GÉNÉRALE DE L'ABSORPTION NORMALE ET TYPIQUE DES os ET DES DENTS A. VON KÔLLIKER ', Prof'essour à Wih'zburg (Bavière). PREMIER MÉMOIRE (Lu k- 2 mars 187-2.) SUR LA DISTRIBUTION ET LE ROLE DES CELLULES A NOYAUX MULTIPLES (MYÉLOPLAXES, ROBIN) DES OS ET DES DENTS Une série d'observations ayant pour ijut de déterminer la distribu- tion et le rôle des cellules à noyaux multiples {mijéloplaxes, Robin ; cellules gigantesques, Virchow) ont donné des résultats dont je me permets de publier brièvement les [joints les plus intéressants. Je commence par avancer les propositions suivantes : 1. Toutes les parties des os et des dents, qui sont sujettes à une ' Ces deux mémoires sont la traduction libre de deux travaux publiés en 1871 dans les Verhandlungen der Physicalisch-med. GeselUchaft von Ww'zburg, Band II 'etlll, 1872. Cette traduction a été faite spécialement jjour \o> Archives de zoolO[/ie expéri- AUCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉX. — T. II. 1S73. . 1 2 A. VON KOLLIKER. absorpliou dans le courant de leur développement typique , pré- sentent à leur surface des lacunes microscopiques, lesquelles sont généralement désignées sous le nom de lacunes de Howship. 2. Ces lacunes contiennent, sans exception, des cellules à noyaux multiples ou myéloplaxes, de telle sorte que généralement chaque lacune est remplie par une cellule et que lacunes et cellules se cor- respondent dans leur forme. Çà et là une lacune renferme deux myéloplaxes, tandis que d'autres myéloplaxes sont tellement déve- loppés qu'ils occupent deux lacunes. 3. Les cellules à noyaux multiples des os et des dents ne se forment pas par une transformation des cellules normales des tissus qui vont être résorbés, mais bien par une métamorphose des cellules forma- trices du tissu osseux ou des ostéoblastes. Elles sont les organes qui, par une fonction non encore bien déterminée, produisent la résorp- tion normale et typique des os et des dents, ce qui fait que je les nomme ostéoclastes ou ostéophages. A. DISTRIBUTION DES OSTÉOCLASTES ET DES LACUNES DE HOWSHir. I. Les o.s montrent des ostéoclastes tant à leur surface extérieure que dans les cavités intérieures et spécialement dans les points sui- vants : a. Dans le voisinage des bords d'ossi/ication des cartilages. Les ostéo- clastes se trouvent ici, sans exception, là où la formation des pre- mières cavités médullaires a lieu par la destruction du tissu cartila- gineux calcifié et des premières lamelles osseuses. Il paraît môme que, sur les bords d'ossification, non-seulement la formation des pre- mières cavités médullaires irrégulières est due à l'action dissolvante des ostéoclastes, mais aussi le développement des premiers canaux al- longés et étroits qui prennent leur origine dans la concrescence des séries de cellules du cai'tilage du boni ossifiant môme. En tout cas, je puis affirmer que maintes fois des ostéoclastes ou myéloplaxes se trouvent dans les canaux médullaires les plus étroits, dans la zone même où se déposent les premiers sels calcaires. mentale, pur le professeur Albert von KoUiker, qui a bien voulu y ajouter quelques observations nouvelles, parmi lesquelles il l'aul citer celles relatives îl la cliute des bois de (■erC Je le w'w de recevoir mes sincères rcmercîments. II. de L--U- ABSORPTION DES OS ET DES DENTS. 3 b. En beaucoup cVendroits, sur les parois des cavités médullaires plus grandes des os en format ion, comme, par exemple, dans le diploé des os plats du crâne, sur les parois de la grande cavité médullaire des os longs, dans la substance spongieuse des apophyses et des os courts. c. Sur les parois de tous les sinus des os du crâne (sinus ethmoïdales, frontales, sphénoïdes, maxillares, cellulx mastoidx), dont la première formation et le développement ultérieur sont uniquement dus à l'ac- tion destructive des ostéoclastes, d. Sur les parois internes des gouttières dentales et des alvéoles des mâ- choires en voie de formation. Les bords alvéolaires des mâchoires présentent, au temps de la première formation des dents, la forme de gouttières dont la partie concave est tapissée par une couche conti- nue d'ostéoclastes, tandis que la surface extérieure de l'os et les tu- bercules intérieurs sont recouverts par des ostéoblastes. Rien de plus clair que l'action tout à fait différente de ces deux espèces de cel- lules. Ici les ostéoblastes ajoutent de la nouvelle substance osseuse à celle déjà formée et là les ostéoclastes dissolvent, au furet à mesure de l'agrandissement des sacs dentaires et des dents, la substance qui environne ces parties. Pendant tout le temps que dure le développe- ment des sacs dentaires, l'absorption d'un côté et la formation de substance osseuse de l'autre côté se faisant avec la même énergie, et en suivant de près ces phénomènes, on esL étonné de voir en maintes places un trabécule osseux portant ici des lacunes de Howship et des ostéoclastes, tandis que tout le reste est recouvert d'ostéoblastes et se trouve en état d'agrandissement. Les mêmes phénomènes, qu'on ob- serve lors de la formation des dents de lait, ont aussi lieu quand les dents secondaires se développent, et ici les ostéoclastes jouent même un rôle pendant l'éruption de ces dents en détruisant les cloisons entre les alvéoles primitives et secondaires. e. Sur les surfaces des os qui entourent la cavité du crâne en beaucoup d'endroits. Tous les os qui limitent la cavité crânienne portent, du temps du développement du crâne, des lacunes et des myéloplaxes, et sont sujets à une absorption énergique moyennant laquelle la cavité crânienne s'agrandit. Il n'est donc point juste de dire que celte ca- vité ne s'agrandit que par l'accroissement des os qui l'entourent. /'. La même chose a lieu pour les surfaces des vertèbres limitant le canal qui contient la moelle épinière. ■ g. \J orbite, ainsi que la cavité nasale, doit son agrandissement. 4 A. VON KÔLLIKER. durant le temps du développement du squelette, en grande partie à une absorption active qui est exercée sur les parois de ces cavités par des couches étendues d'ostéoclastes. II. La mâchoire inférieure montre des couches d'ostéoclastes à la partie antérieure des prolongements coronoïde et condyloïde. Ici a lieu pendant tout le temps du développement de la mâchoire un travail actif d'absorption, ensuite de laquelle lesdits prolongements sont comme refoulés en arrière pour faire place aux alvéoles des molaires, tandis que leur bord postérieur est le siège d'une apposition conti- nue de substance osseuse. i. La plupart des orifices et canaux perforant les os de la base du crâne possèdent â leur paroi externe une couche d'ostéoclastes, tan- dis que la paroi opposée est tapissée d'ostéoblastes. L'action continue de ces deux espèces de cellules explique le curieux phénomène, ici d'une absorption, là d'une apposition de substance osseuse. Jusqu'à présent, on ne l'avait guère apprécié, excepté Welker, et encore il avait moins expliqué l'écartement toujours croissant de ces orifices et canaux, même dans les cas où ils sont placés dans un os simple, conmie les trous ovalaires, optiques, ronds, épineux, condyliens, le canal vidien et autres. Dans d'autres cas, des couches d'ostéoclastes régulièrement distribuées produisent simplement un agrandissement des orilices et canaux, qui d'ailleurs peut aussi être accompagné d'un changement de position ; je cite comme exemple d'un pareil élargis- sement les trous nourriciers des os longs, le canal maxillaire infé- rieur, carotidien, etc., etc. J. Enfin je mentionne brièvement les os de la colonne vertébrale et les os des extrémités, qui tous possèdent, en certains endroits de leur surface extérieure, des couches d'ostéoclastes, surtout dans le voisi- nage de leurs apophyses, et qui font aussi preuve du rôle important que joue l'absorption dans le développement typique des os. IL Los dents ne montrent des lacunes de Howship et des ostéoclastes que sous des conditions toutes spéciales, savoir : sur les parties des dents de lait (racines et une partie du cori)s de la dent même) qui sont détruites avant leur chute. Cette destruction est due à une couche continue d'ostéoclastes (jui absorbe aussi bien le cément que la dentine, et (jui est C(jntiiuie dans des lacunes de Howship très- régulières, décrites depuis longtemps [)ar mon ami le célèbre den- tiste et anatomiste Tomes, de Londres. ABSORPTION DES OS ET DES DENTS. B. SUR LE ROLE ET LE DÉVELOPPEMENT DES OSTÉOGLASTES. L'absorption de certaines parties du tissu osseux dans le courant du développement normal, autant qu'elle était connue jusqu'à pré- sent, est expliquée d'une manière différente par les divers auteurs. Ainsi Virchow admet que la substance osseuse se dissout par des changements intérieurs non encore bien définissables, dans lesquels les cellules étoilées, osseuses, jouent un rôle important et se trans- forment en de simples cellules de la moelle. Bredichin, un auteur russe, et Rindfleisch sont de plus de l'opinion que môme les myélo- plaxes de Robin, ou ce que je nomme osféoclastes, ne sont autre chose que de pareilles cellules osseuses devenues libres par le ramollisse- ment de la substance fondamentale du tissu osseux et métamorpho- sées en de grands corps à noyaux multiples. En opposition directe avec ces auteurs, Billroth, le célèbre chirurgien de Vienne, prétend que, dans les cas pathologiques, le tissu des granulations détruit les os, en se fondant sur le fait bien connu que même des cylindres d'ivoire, implantés dans des os humains vivants, se trouvent corrodés et en partie absorbés après un certain laps de temps. Quant h moi, toutes mes expériences et mes observations me portent à croire que la substance osseuse et dentaire joue un rôle tout à fait passif pen- dant son absorption et que les ostéoclastes ou myéloplaxes qui se dé- veloppent indépendamment des tissus mentionnés sont les véritables organes ou éléments qui amènent l'absorption. Les faits qui prouvent que les ostéoclastes ne sont pas des cellules osseuses devenues libres et métamorphosées sont les suivants : a. Jamais les os ou les dents ne montrent dans les parties qui portent des lacunes et des ostéoclastes la moindre trace d'une trans- formation des corpuscules osseux, comme par exemple un agrandis- sement de ces éléments, une multiplication de leurs noyaux ou autre chose. C'est au contraire un des faits des plus faciles à constater, qu'au bord de ces lacunes les corpuscules osseux, non altérés quant à leur forme et h leur grandeur, se trouvent plus ou moins corrodés, de manière que leur contenu et les ostéoclastes soient contigus et juxtaposés. b. En second lieu, les ostéoclastes se séparent toujours assez facile- ment du tissu osseux et rien ne prouve une transformation lente de ce 6 A. \0N KOLLIKEK. tissu en ces éléments ou une véritable continuité de ces deux parties. c. La présence d'ostéoclastes dans des lacunes de l'ivoire des dents de lait en chute démontre mieux que tout autre fait que ces cellules n'ont aucune relation avec les éléments des tissus résorbés. d. Enfin je cite un fait qui ne laisse pas le moindre doute sur la for- mation indépendante des ostéoclastcs. Des cylindres d'ivoire, implan- tés dans des os vivants, sont sujets à une absorption plus ou moins énergique, comme l'ont démontré les premiers Tomes, M. de Norgan etBillroth. Eh bien, ces surfaces de corrosion montrent, d'après mes observations, des lacunes de Ilowship remplies d'ostéoclastes typiques. Il est donc sûr qu'ici, au moins, les ostéoclastcs sont étrangers, quant à leur développement, au tissu qu'ils détruisent. Je profite de cette occasion pour mentionner un autre fait curieux observé sur un pareil cylindre d'ivoire, reçu de Billroth. Ici l'ivoire portait non-seulement des lacunes, mais était encore recoiivert, en certains endroits, par des dépôts de tissu osseux humain, qui for- maient de petites exostoses. Voilà donc de la dentine d'éléphant ab- sorbée en partie par des ostéoclastcs humains et recouverte par du tissu osseux humain. De tout ce qui vient d'être mentionné, il suit bien clairement que les ostéoclastcs ou myéloplaxes ne tirent pas leur origine du tissu os- seux ou dentaire auquel ils sont apposés ; mais de l'autre côté nulle lumière ne se fait sur leur origine véritable, et nous avons besoin d'autres faits pour élucider cette partie de la question. Ces faits ne manquent pas et paraissent prouver que les ostoclastes appartiennent au même ordre d'éléments qui forment aussi les cellules génératrices du tissu osseux ou les ostéoclastcs. Ce sont les suivants : \. En premier lieu il y a des transitions entre les ostéoblastes et les ostéoclastcs formés par des cellules surpassant en diamètre les ostéoblastes et })ourvus d'un, deux ou trois noyaux. 2. Un fait très-important est celui-ci : la plupart des surfaces os- seuses, qui montrent dans unc^ certaine phase du développement des ostéoclastcs, sont originairement revêtues d'ostéoblastes qui peu à peu font place aux ostéoclastcs. 3. De môme des surfaces d'absorption peuvent redevenir des sur- faces d'apposition, et dans ce cas des ostéoblastes prennent la place des ostéoclastes. Les faits nien lionnes sous les numéros 2 et .'J sont très-faciles à ABSORPTION DES OS ET DES DENTS. 7 observer sur des mâchoires en voie de développement. En premier lieu et avant la formation des sacs dentaires, toute la surface des mâchoires est revêtue d'ostéoblastes et se recouvre partout de nouvelles couches osseuses. Puis survient la formation de la gouttière dentaire et des alvéoles, et alors des ostéoclastes de nouvelle formation détruisent la substance osseuse h peine formée. En dernier lîeu, l'absorption fait de nouveau place à l'apposition, lorsque, le développement des dents étant terminé, des alvéoles étroites se forment pendant leur éruptiou. De pareils phénomènes se répètent pendant la formation et l'érup- tion des dents permanentes, et il n'est pas difficile de trouver, môme dans des mâchoires développées, des traces de toutes ces phases diffé- rentes, sous forme de couches osseuses superposées"à des surfaces d'absorption reconnaissables à leur superficie inégale et lacuneusc. De tous ces faits il me paraît permis de conclure avec une grande vraisemblance que les ostéoclastes se forment aux dépens des ostéo- blastes par une métamorphose de ceux-ci, et que d'un autre côté ils sont aussi capables de se transformer de nouveau en simples cellules formatrices, ce qui pourrait avoir lieu par un procédé de division, comme cela est si fréquent pour les éléments cellulaires. J'aborde maintenant une autre question, savoir la proposition émise plus haut que les ostéoclastes sont les éléments qui absorbent le tissu osseux dans le courant de son développement normal. Cette proposition n'est pour le moment, comme je l'admets volon- tiers, rien moins que prouvée et n'a que la valeur d'une hypothèse ;' néanmoins je crois devoir prétendre qu'elle est non-seulement permise, mais encore basée sur des faits tels, qu'elle acquiert un grand degré de probabilité. Rappelons-nous simplement, en premier lieu, que, toutes les surfaces d'absorption des os, des dents de lait et même des cylin- dres d'ivoire implantés artificiellement dans des os montrent, en règle générale, des lacunes de Howship, et que ces lacunes contiennent, sans 'aucune exception, des ostéoclastes ou myéloplaxes et corres- pondent, quant à leurs formes, à ces éléments; en second lieu, que ces ostéoclastes ne se forment pas par une métamorphose du tissu ab- sorbé, mais par une transformation des ostéoblastes, et on ne pourra guère arriver à une autre conclusion qu'à celle que je défends ici, savoir : que les ostéoclastes sont des organes microscopiques spéci- fiques qui ont pour fonction de dissoudre et de détruire les tissus osseux et dentaire. « A. VON KÔLLIKER. Quant au mode d'acUon des ostéoclastes, je ne puis encore préciser exactement une opinion ; néanmoins je me permets d'appeler l'atten- tion sur les faits suivants, qui pourront être utilisés dans des recher- ches ultérieures. a. La résorption normale du tissu osseux et dentaire ne commence pas par une dissolution des sels calcaires, comme cela se voit dans l'ostéomalacie, mais se fait tant dUnnhlh- simultanément pour les sub- stances organiques et inorganiques des os. h. En second lieu, cette dissolution a lieu d'une manière lente et imperceptible et n'est pas précédée d'une solution dans la continuité de la substance osseuse. Dans aucun cas les surfaces d'absorption ne montrent des fragments ou granulations séparées. Mais elles sont tou- jours lisses et le Itord des lacunes de Howship vu de profil est net et tranchant ; aussi la substance osseuse, qui porto les lacunes et est contiguë aux ostéoclastes, est-elle toujours dure et transparente, en un mot du même aspect que le tissu osseux normal. c. Il m'a été impossible de démontrer une réaction acide des sur- faces d'absorption, couvertes d'ostéoclastes. d. Si, comme il est plusViue probable, les ostéoclastes agissent d'une manière chimique sur le tissu osseux, il est impossible d'ailmettre une action ;\ des distances tant soit peu grandes, car en fait j'ai constaté en beaucoup d'endroits que des ostéoclastes sont contigus à des ostéo- blastes, des surfaces d'absorption à des faces d'apposition. e. Poiu- élucider la question de savoir si les ostéoclastes préparent ou contiennent un ferment qui, en solution faiblement alcaline ou acide, soit capable de dissoudre le tissu osseux ou les albuminates so- lides, à la manière de certains sucs de l'intestin, deux expériences pré- liminaires ont donné un résultat négatif. /'. Des ostéoclastes présentent quelquefois une structure tout à fait particulière, (jui pourrait être en relation avec leur action dissolvante sur le tissu osseux. (]e sont un grand noml)re de lllaments courts et très-fins, qui se trouvent à celle de leurs surfaces qui est en contact avec l'os, et qui pourraient n'être autre chose que des prolongements conlractiles implantés dans le tissu osseux. //. En dernier lien, il me paraît utile de rap|)el(M' qnel([ues faits ana- logues (|ui démontrent que des éléments organiques très-délicats sont capables de détruire des tissus d'une grande dureté. Je cite ici certains cryptogames, qui perforent des os, des dents, des c^xjuilU^s de moUus(iues, des scpielettes de madrépores et autres, puis certains ABSORPTION DES OS ET DES DENTS. 9 tissus des phanérogames (noyaux de dattes, de physelephas pendant la germination), qui produisent un ramollissement de tissus dont la dureté est bien comparable à celle du tissu osseux. Nous avons démontré dans les pages précédentes que les surfaces de résorption des os et des dents sont revêtues sans aucune exception d'ostéoclasles enchâssés dans des lacunes de Howship ; nous avons de plus rendu probable que ces éléments se forment par une transmu- tation des ostéoblastes ordinaires et qu'eux seuls sont les organesqui, par suite d'une fonction non encore déterminée, dissolvent et détrui- sent certaines parties du tissu osseux. Si nous considérons la totalité des cas dans lesquels les os montrent, tant à leur surface extérieure que sur les parois de leurs cavités, des surfaces d'absorption, et si nous nous rappelons en outre que presque toutes ces surfaces sont originairement des surfaces d'apposition recouvertes d'ostéoblastes, et que même les surfaces d'absorption peuvent redevenir des lieux d'ap- position, nous nous trouvons forcé de poser cette question : De quelles influences et de quelles actions dépendent les phénomènes qui ici amènent un accroissement et là une dissolution des os? Cette question est liée par un rapport tellement intime avec les lois fondamentales de l'ostéogenèse, qu'il me paraît impossible de donner une réponse décisive aussi longtemps que les faits très-importants qui ont rapport à l'absorption normale des os, dont nous avons donné ici la première ébauche, ne seront pas mieux connus ; néanmoins je ne peux m' abstenir d'indiquer déjà une voie de solution en appelant l'attention sur l'influence que pourraient avoir l'accroissement et le changement de position des organes et tissus avoisinant les os sur leur résorption partielle. Pour m'expliquer plus clairement, je dirai qu'avant tout la iolalité des changements des mâchoires pendant le développement des dents paraît démontrer que c'est une pre.is/on de la part des parties molles qui amène une résorption des os. On pourrait admettre (hms le cas de la mâchoire que les sacs dentaires en formation produisent par leur accroissement un état d'irritation dans la couche d'ostéoblastes qui tapisse originairement môme le bord alvéolaire et qu'ensuite de cette irritation ces cellules se transforment en myéloplaxes ou ostéoclastos et acquièrent une nouvelle propriété, celle d'absorber le tissu osseux. Cette propriété ou fonction cesserait, aussitôt que les dents seraient formées, avec le manque de pression, et alors l'action formatrice des Kl A. VON KOLLIKEK. cellules adjacentes à l'os reparaîtrait de nouveau en môme temps qu'une nouvelle transformation de ces éléments en ostéoblastes. Il me paraît prudent de ne pas pousser plus loin ce premier essai d'une explication d'un fait aussi important que l'absorption normale des os, et je me borne donc à faire observer qu'en tout cas une pres- sion exercée par les parties molles entre pour beaucoup dans ce phé- nomène. Qui ne songe, en face de ces faits, aux nombreux cas patho- lop,iques d'une absorption des os par des anévrismes, des tumeurs, des organes hypertrophiés? Qui n'admettrait pas que la disparition d'or- ganes en voie de croissance, ou en arrêt de leur développement, au- rait une grand influence sur l'agrandissement des cavités osseuses en- vironnantes, ainsi que Fick, ancien professeur d'anatomieà Marburg, l'a depuis longtemps démontré pour l'orbite après des extirpations de l'reil ? Quant à la transformation morphologique et fonctionnelle sup- posée des ostéoblastes en ostéoclastes par suite d'une pression, l'on pourrait citer certains accroissements de tissus cellulaires végétaux causés par la pression (racines d'ampélopsis), et certains changements fonctionnels observés sur les cellules des glandes par suite de l'irrita- tion du système nerveux. En fin de compte, l'hypothèse émise pour les mâchoires ne paraît pourtant pas trop manquer de fondement, et il est donc permis de faire un pas de plus et d'émettre cette proposition : que, sur d'autres parties du squelette, la pression extérieure est aussi pour beaucoup dans les phénomènes d'absorption. C'est ainsi que l'accroissement du cerveau et de la moelle épinière doit produire les phénomènes de ré- sorption observés sur la surface interne de la cavité du crâne et du canal spinal; celui de l'œil, de la muqueuse nasale, des vaisseaux et des nerfs du crâne pourrait avoir comme résultat l'agrandissement et en même temps aussi (pour les trous) l'écartement des cavités et ca- naux environnants, etc., etc. ' Nul n'ignore que l'existence d'une absorption du tissu osseux vers les surfaces externes des os est disculée depuis bien longlemps. Déjà â la fin du dernier siècle le célèbi'c chirurgien anglais Hunier se vil forcé de r(M'ourir à une pareille absorption lorsqu'il essaya de se rendre compte du changement de la forme extérieure des os pendant leur accroissement, et de nos jours les expériences de Brullé et deHugueny ont surtout contribué ;\ rappeler de nouveau l'attention sur ces phé- nomènes. Moi-mr-me j'ai démontré aussi en 1850 [Anafoinie i/riri-o- ABSORPTION DES OS ET DES DENTS. H scopique) que certains changements des os en état d'accroissement, comme le mouvement rétrograde du prolongement coronoïde de la mâchoire inférieure, l'agrandissement du bord sus-orbitaire de l'os frontal, l'élargissement des trous et canaux perforant les os, etc., conduisent nécessairement à admettre une absorption extérieure. Mais une absorption semblable n'a encore jamais été démontrée par l'obser- Tation directe des surfaces en question, et quant aux preuves indirectes, le professeur d'anatomie de Marburg, Lieberkiihn, est le seul qui, par des expériences à l'aide de la garance, en ait fourni pour quelques os. Il me sera donc permis d'attacher quelque valeur aux observations dont je viens de donner plus haut une courte énumération. D'après ces observations il est donc possible de prouver à l'aide du microscope, par la démonstration des lacunes de Howship et des ostéoclastes ou myéloplaxes placés dans ces lacunes, qu'un très-grand nombre d'os subissent une résorption en certains points de leur surface extérieure. En même temps j'ai fait voir que les destructions de substance osseuse depuis longtemps connues, qui ont lieu dans l'intérieur des os pendant la formation de la substance spongieuse et des grandes cavités médullaires, se font d'après les mêmes lois et sont aussi accom- pagnées de la formation de lacunes et d'ostéoclastes. Arrivons aux dernières conclusions. L'observation microscopique démontre que, sur maintes et maintes surfaces, tant extérieures qu'in- térieures, les os sont sujets à une absorption énergique, absorption qui naturellement a une très-grande influence sur la conformation gé- nérale des os. De l'autre côté, il ne peut être mis en doute que les os croissent en longueur et en largeur par l'entremise des cartilages arti- culaires et du périoste ; il n'est donc guère possible de ne pas admettre la justesse des anciennes théories sur la formation des os par un concours régulier des phénomènes d'apposition et d'absorption. Mes observations me conduisent à soutenir d'une façon toute spéciale cette théorie et à combattre une autre proposition défendue dans nos temps par le docteur J. Wolff, de Berlin, et autres, d'après laquelle les os croî- traient uniquement par des appositions interstitielles et non par les cartilages articulaires et le périoste. Wollf base son hypothèse de la croissance interstitielle des os particulièrement sur la structure émi- nemment régulière de la substance spongieuse de l'apophyse supé- rieure du fémur humain ; il prétend que la conformité de cette struc- ture pendant tout le temps du développement de l'os ne pourrait pas 12 A. VON KOLLIKER. subsister, s'il y avait des phénomènes d'absorption ou d'apposition sur les trabécules osseux de ce tissu ou des destructions locales et des nouvelles formations. Eh bien, j'espère arriver à prouver, dans un travail plus étendu sur ce sujet, que ni Wolff ni d'autres n'ont réussi h démontrer l'existence d'une croissance interstitielle des os ; pour le moment, je me borne à dire que les trabécules de la substance spon- i^ieuse du lemur en voie de formation portent, aussi bien que ceux de toutes les autres parties spongieuses, des surfaces d'absorption, carac- térisées par des lacunes de Howship et des ostéoclastes en très-grand nombre, et qu'il ne peut donc pas être révoqué en doute qu'ici aussi l'absorption joue un grand rôle, quand môme la conformation géné- rale du tissu reste la même. Les observations dont traite ce mémoire ont été faites en premier lieu sur des embryons du mouton et de la vache, et sur des veaux, en partie aussi sur des embryons humains et des enfants. Quant aux phé- nomènes de résorption des dents, je les ai avant tout étudiés sur les dents (le lait du chat et du porc. Pour les autres animaux vertébrés, je n'ai pas encore eu l'occasion de les étudier spécialement; pourtant je puis dire que j'ai observé des lacunes et aussi des ostéoclastes sur des oiseaux et des poissons. De môme je n'ai pas encore eu le loisir dom'occuper des réfiorpliuns />nt/io(();/it/ites des os. Néanmoins il me sera permis de dire que, vu un bon nombre d'observations isolées et de relati(jns aphoristiijues de pUiNieursauteurs récents, parmi lesquels je cite A^irt'how , lUndlleisch, Lewschin, Bredichin,Nassilolf et Soborow , il n'y a pas à douter que, dans de pareils cas aussi, l'absorption est très-souvent le résultat de l'action destructive d'ostéoclastes contenus dans les lacunes de Howship. SECOND MÉMOIRE NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LA DISTRIBUTION DES SURFACES D'ABSORPTION TYPIQUE DES OS Du temps de nos premières observations sur la résorption typique des os, je ne possédais qu'une connaissance imparfaite de la distribu- tion des surfaces d'absorption. Maintenant je suis en état de remplir cette lacune, car je viens de finir une étude sur le squelette du veau, dans laquelle tous les os, après avoir été ramollis par de l'acide chlor- hydrique dilué, ont été examinés à leur surface externe parcelle par parcelle, ;\ l'aide du microscope, afin de déterminer, à l'aide des lacu- nes et des ostéoclastes, les surfaces d'absorption. Les résultats obtenus sur ces os furent notés aussi exactement que possible, à l'aide d'une couleur rouge, sur les os correspondants du môme squelette, et, de cette manière, j'obtins, non sans grande perte de temps, une collec- tion qui permettait une étude approfondie des phénomènes d'ab- sorplion. Ces observations une fois terminées, il me fut facile, en beaucoup d'endroits, de reconnaître les surfaces d'absorption à l'œil nu, car ces surfaces ont, en général, un aspect tout particulier, et apparais- sent comme corrodées. Néanmoins il est impossible de résoudre ces questions sans l'aide du microscope, car, en beaucoup d'autres endroits, les surfaces d'apposition sont aussi munies de petites éléva- tions et de perforations , et de même les surfaces d'absorption peuvent paraître l.out à fait lisses à l'œil nu. Les observations microscopiques pour déterminer les surfaces d'absorption prenant beaucoup de temps, j'ai tenté encore un autre moyen pour arriver au même but : j'ai fait des expériences sur des animaux vivants, à l'aide de la garance. Les résultats de ces deux séries d'observations sont consignés dans le mémoire suivant, où l'on trou- vera aussi quelques nouvelles observations sur la chute des bois des ruminants, qui, d'après mes recherches, rentrent dans les phénomè- nes d'absorption tyi)ique produite par des ostéoclastes. U A. VON KÔLLIKER. I. DESCRIPTION DES SURFACES DE RÉSORPTION TYPIQUE DU SQUELETTE DU VEAU DÉTERMINÉES A l'aIDE DU MICROSCOPE. A. Os du crâne. 1. Occipital . — La partie hasilaire possôdo sept petites surfaces d'a])sorption à sa surface iuternc. Trois paires se trouvent près des bords latéraux, dont l'une, placée le plus en arrière, est située au bord du grand trou occipital ; une septième se trouve au milieu du bord antérieur du trou mentionné. La partie condylienne montre une surface d'absorption longue et étroite là oîi cet os se joint ;\la partie basilaire, puis une autre petite sur ilc bord du trou occipital, les deux situées à la surface interne de l'os. La surface externe a une grande surface d'absorption au-dessous de la ligne de jonction avec la partie squammeuse, et une autre sur toute la surface médianede l'apophyse paramastoïde. Une troisième se trouve à la paroi latérale du trou condylien. IjK partie squammeuse ne possède qu'une seule surface d'absorption de moyenne grandeur à sa face interne, au-dessus de la ligne de jonction avec la partie condyloïde. 2. Sphénoide. — La face intcj-ne possède les surfaces d'absorption suivantes : a. La partie antérieure de l'aile orbi taire, depuis presque le milieu du corps de l'os jusque près du bord latéral ; h. Les parois latérales des trous ovalaires, orbitaires (c'est ainsi que je nomme le trou formé par l'union de la fissure orbitale supé- rieure et du trou rond) et optiques, sur lesquelles les surfaces d'absorption s'étendent aussi à la face externe de l'os. La surface externe a des surfaces d'absorption : a. A la face médiane de la lame externe de l'apophyse ptérygoïde ; h. A la môme surface de la lame interne dudit prolongement, qui forme ici un os ptérygoïde séparé ; r. A la face médiane de l'apophyse ethmoïdale. 3. Paririnl. — Presque toule la surface inLorue de cet os n'est qu'une seule grande surface d'absorption, excepté toutes les éminen- ces mamillaires de la partie verticale de l'os. ABSORPTION DES OS ET DES DENTS. ii) 4. Frontal. — La surface interne montre des surfaces d'absorption : a. A sa partie postérieure, et spécialement sur le versant antérieur des éminences mamillaires ; /j. A sa partie antérieure, çà et là et avant tout à la partie latérale de l'échancrure qui reçoit l'ethmoïde ; c. A la surface médiane de la partie orbitaire en haut, là où le cartilage de l'aile orbitaire est enchâssé dans une rainure de l'os frontal. La surface orbitaire possède une zone de résorption très-grande, large et courbée en demi-cercle, qui s'étend à 2 millimètres de distance du bord sus-orbitaire, depuis l'apophyse zygoma tique jusqu'à l'apophyse qui s'unit au lacrymal et à l'apophyse ethmoïdale du sphé- noïde. D'autres surfaces d'absorption se trouvent à la paroi latérale du trou sus-orbitaire, à la face postérieure de l'apophyse zygomalique et aux parois des sinus frontaux, en de nombreux endroits. 5. Temporal. — Cet os a beaucoup de surfaces d'absorption qui ne peuvent guère être décrites clairement sans l'aide de dessins. Je mentionne les places suivantes : a. Toute la surface médiane de l'apophyse zygomalique ; h. Plusieurs zones de peu d'étendue à la surface interne de la par- tie squammeuse et de la partie pierreuse de l'os ; c. La paroi latérale et supérieure du canal veineux temporal, s'ou- vrant au-dessus du conduit auditif externe ; d. Plusieurs endroits de la partie mastoïdienne. . - 6. Ethmoïde. — Les surfaces d'absorption sont tellement nombreuses sur cet os, qu'une description spéciale devient presque impossible. Je me borne donc à dire qu'en général toutes les cavités de cet os en possèdent sur une ou deux de leurs surfaces, et toutes les lames enrou- lées sur leur paroi concave. 7. Cornet inférieur. — Pour cet os aussi, la remarque suivante peut suffire; les lamelles sont pourvues, en général, à leur surface concave, de zone de résorption. 8. Vomer. — Les surfaces de résorption se présentent dans les places suivantes : a. A la partie profonde de la gouttière qui contient le cartilage nasal dans presque toute sa longueur ; /k Aux parties latérales de la grande crête inférieure qui se trouve à la partie postérieure de l'os ; 16 A. VON KOLLIKER. c. Aux snrlaces latérales de la partie postérieure de l'os, vers leur bord supérieur ; d. Sur les deux côtés du renllemcnt qui se trouvent à sa crôte infé- rieure, vers la partie antérieure de l'os. 9. Maxillaire supérieur. — La surface faciale possède quelques petites zones de résorption : une première tout en avant, en arrière de l'apo- physe qui se joint à l'intermaxillaire , deux autres à la paroi supé- rieure et inférieure du trou sous-orbital , enfin une quatrième devant l'alvéole de la première molaire. En outre, l'on remarque des surfaces d'absorption sur la partie médiane de la petite lame qui s'unit à la tnbérositc molaire, et sur les parois latérales des canaux palatins. 10. Intermaxillaire. — Des surfaces d'absorption se trouvent aux parties suivantes : a. Au prolongement palatin, à la paroi qui limite le grand trou incisif; h. A la face nasale de l'angle antérieur ; c. Au bord antérieur de l'apophyse maxillaire, près de sa termi- naison ; (l. Sur le bord inférieur du môme prolongement, Ifi où il s'enchâsse dans une rainure du maxillaire supérieur, il, Lacrijmal. — La grande cavité interne de cet os, qui fait partie de l'antre de llighmore, présente sur ses ])arois une surface d'absorp- tion continue, tandis que toutes les autres surfaces de l'os ne mon- trent que des surfaces d'apposition, excepté une petite zone à la face orbitaire et une autre à la paroi supérieure du canal lacrymal. La surface nasale montre une grande zone de résorption, de forme elliptique, de 42 millimètres en longueur et de 13 milhmètres en lar- geur, à sa paroi latérale, et une antre un peu plus petite (longueur, 'M millimètres; largeur. Go millimètres) sur l'apophyse palatine. D'autres surfaces d'absorption se trouvent : a. Dans la gouttière qui reçoit l'intermaxillaire à la partie médiane de sa face externe ; l). Dans le sinus maxillaire presque partout, excepté aux protubé- rances formées par le canal sous-orbitaire cl les alvéoles ; c. Sur les i)arois des alvéoles, avec exception des crêtes et protubé- rances moyennes placées entre les racines des molaires. ■12, Nasal. — Cet os montre une grande surface d'absorption a sa iacc nasale concave, et une autre moins étendue à sa face nasale ABSORPTIONjDES OS ET DES DENTS. 17 plane. Une troisième se trouve sur les parois d'une petite cavité com- muniquant avec les sinus frontaux, qui fait défaut sur des os moins développés. 13. Palatin. — Presque toute la surface nasale de cet os ne forme qu'une seule surface d'absorption, et la même chose se trouve vraie pour la cavité de l'os, qui fait partie de l'anlre de Highmore. 14. Zyçjoina. — Cet os n'a que deux surfaces d'absorption, une très- étendue sur la face orbitaire et une autre au bord médian de l'apo- physe temporale. 13. Maxillaire inférieur. — Les surfaces d'absorption de cet os se trouvent sur les parties suivantes : a. Au bord antérieur de l'apophyse coronoïde presque dans toute sa longueur ; Ij. A la face antérieure de l'apophyse condylienne ; de là les surfaces d'absorption s'étendent à la partie interne jusqu'au trou alvéolaire et aux parois latérales du canal alvéolaire, et du côté opposé jusqu'au- dessous de l'échancrure sigmoïde ; c. A la partie antérieure de l'os en arrière durenllement qui porte les dents incisives, en laquelle partie chaque moitié de l'os est complètement entourée par une large zone de résorption ; d. Sur les parois des alvéoles. B. Os du tronc. Colonne vertébrale. {.Vertèbres. — Les vertèbres possèdent en général des surfaces d'absorption aux endroits suivants : a. Aux parois du canal rachidien en plusieurs points, savoir : sur le corps de la vertèbre, au bord latéral des deux trous veineux, et en se- cond lieu sur les arcs vertébraux au-dessous de leur surface de jonc- tion et puis aux bords antérieur et postérieur de la partie qui prend part à la formation du corps de la vertèbre ; Ij. Sur les surfaces latérales des apophyses épineuses, non loin de leur sommet ; c. Au bord antérieur des apophyses articulaires postérieures ; d. A la face inférieure des apophyses transverses ; e. A la surface externe, aux bords antérieur et postérieur de bipartie de l'arc vertébral qui prend part à la formation du corps de la ver- tèbre. AUCII, DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — T. II. 187;^ î IS A. VON KOLLIKER. i>. Af/tif'. — 11 montre une très-tj;rande surface d'absorption à la face racliidienne de l'arc postérieur, une autre à la face dorsale de l'apophyse transverse, non loin de son sommet, enfin une troisième à la paroi antérieure du canal contenant l'artère vertébrale. ;]. Sacium. — Les surfaces de résorption se trouvent : u. A la face latérale des apophyses épineuses ; //. Du cùlé du canal sacré, là oîi les arcs des vertèbres sacrées prennent leur origine ; c. Non. loin des bords des apophyses transverses des vertèbres sacrées. Côtes. Les côtes ont des surfaces d'absorption bien développées aux deux faces de leur extrémité antérieure, puis à leur tète, à la face concave et au bord supérieur. (]. O.s" des membres. Mcmljre antérieur. 1. Omoplate. — L'angle antérieur montre à sa partie latérale, non loin du bord de la cavité glénoïde, une zone de résorption très-étroite, mais longue de 3:2 millimètres. Les surfaces de résorption des trois faces de l'os sont au contraire très-grandes et toutes placées près de la base de l'os. Celle de la fosse sus-épineuse est longue de 0:2 millimètres, située non loin du bord antérieur de l'os et large de 15 millimètres, mesurée près de la base de l'os. Dans la fosse sous-épineuse la surface d'absorption mesure près de l'épine 45 millimètres en longueur ; plus loin, vers le bord posté- rieur de l'os, elle n'a au contraire (jue 13 à 17 millimètres de diamètre dans le sens du grand axe de l'os. La fosse sous-scapulaire possède la plus grande surfice d'absoi'ption de toutes les trois, mesurant de 3i2 à Ci millimètres de longueur et ne laissant libre, du coté de la base de l'os, que le bord postérieur(axillaire)dans une largeur de tout au ])lus 17 centimètres. :2. llmnéi-UH. — i^'exlrémité supérieure de la diai»liyse possède une grande Z(jne d'absorption au-dessous de la tète de l'os, (|ui est formée l)ar l'épipliyse. Cette surface contourne à peu près la moitié ubstance osseuse ou la dentine, une fois colorée par la garance, paraU conserver sa couleur pendant un (jrand espace de temps, et ne dispa- raît quen suite de la résorption tyjnque en certains endroits. Dans mes expériences, les animaux nourris avec de la garance n'ont jamais été conservés vivants i)lus longtemps que trois semaines après la "cessation du régime de garance vl neuf semaines après la pre- mière introduction de cette substance; or l'occasion ne m'a point été donnée d'arriver à des résultats décisifs par rapport à la durée de la coloration ; mais il me paraît bien permis de déduire, des observa- tions de Duhamel et de Flourcns, et plus encore de celles de Serres et Doyère et de Brullé et Hngueny, que les parties osseuses colorées qui ne sont pas détruites dans le courant du dévelopjjement, par suite du mode de résorption typique, se conservent môme chez k^s animaux adultes. Les faits mentionnés étant acceptés comme justes, ralimenlation ABSOKF'I lUN DES OS ET DES DENTS. 23 avec de la garance paraît être un mode d'expérience très-approprié et commode pour déterminer les surfaces d'apposition et de résorp- tion sur les os. 11 est en effet permis de supposer : l" qu'après une alimentation courte, les surfaces d'apposition seront rouges, les sur- faces d'absorption incolores ; et 12", qu'après une alimentation do plus longue durée, suivie de quelques semaines de nourriture normale les premières se trouvent blanches et les secondes colorées. Guidé par ces réflexions, j'entrepris une série d'.expérienccs avec de la garance, sur trois jeunes chiens et trois cochons de lait, etje puis dire qu'en général mes suppositions furent coniirmées par les faits. Mais je découvris aussi un fait non encore connu, qui réduit en partie la valeur de pareilles expériences, au moins si elles sont insti- tuées dans l'intention de déterminer d'une manière facile et sans grands frais de travail les surfaces de résorption typiques. Ce fait est le suivant : sur des os en état de formation il existe à la surface non- seulement des places d'accroissement et de résorption, mais aussi des zones indifférentes où ni l'une ni l'autre des deux actions n'a lieu. Je découvris ces zones en instituant les deux séries d'expériences mentionnées plus haut. Dans la première série je trouvai dps places non colorées, comme les surfaces de résorption, en des endroits oii, d'après mes observations sm^ le squelette du veau, je m'attendais à voir des couches rouges de nouvelle formation, et le contraire se montra dans la seconde série. Dans les deux cas le microscope mon- tra' bien décidément l'absence de lacunes de Howship et d'ostéoclastes, ce qui prouve qu'il n'y av.iit pas absorption ; et quant à l'apposition,' son absence était claire par le manque de couches rouges dans le premier et de couches non colorées dans le second cas. Il est d'ail- leurs utile de remarquer qu'aucune de mes observations ne dura plus de quarante-trois jours, et il sera nécessaire d'instituer des expé- riences de plus longue durée pour bien éclaircir cette question nouvelle. Les zones indifférentes mentionnées plus haut n'ont pas encore été suivies exactement quant à leur distribution et leur forme. Tout ce que je puis dire, c'est que sur les diaphyses des os longs elles se trouvent entre les zones d'apposition et celles de résorption et qu'elles ne font pas défaut sur certains os du crâne. Leur valeur physiolo- gique ne pourra èlre déterminée que lorsqu'elles seront aussi bien connues que les surfaces d'absorption ; néanmoins je crois pouvoir émettre dès maintenant cotte supposition : y«c, sur tous les os chez les- 21 A. VON KOLLIKEK. quels /('S surfaces (Pdhsorptiou se transforment dans le courant du, déve- lopitcnicnt en des surfaces d'apposition, les zones indifférentes présentent un état intermédiaire et en même temp)S nécessaire. Ainsi, dans tous les os longs, les zones d'absorption s'éloignent toujours plus du milieu des diaphyses ; et comme elles ne s'agrandissent pas en raison de leur ccar- tement, tandis que la région d'apposition qui se trouve au milieu de la diaphyse s'allonge en proportion directe de l'accroissement de l'os , il s'ensuit que les lieux de résorption deviennent peu à peu des surfaces d'apposition. Or si la résorption dépend des ostéoclaste.s(myé- loplaxcs) et si l'apposition ne se fait qu'en présence d'ostéoblastes, si d'ailleurs ma supposition est vraie, que les myéloplaxes se transforment dans de pareils cas en ostéoblastes, il paraît naturel d'admettre que cette transformation a besoin d'un certain espace de temps pour s'ac- complir, et dans ce temps il n'y aurait ni absorption ni apposition, et de pareilles surfaces seraient des surfaces inertes ou indifférentes. En définitive, on ne peut espérer d'utiliser les expériences avec de la ga- rance, comme je le pensais, que pour déterminer les surfaces d'ab- sorption d'ime manière directe et à l'œil nu, et il faudra, dans ce cas, faire aussi usage du microscope pour se rendre compte de leurs limites exactes. Mais, malgré cette condition défectueuse, de sem- blables expériences auront toujours une grande valeur dans les re- cherches sur l'accroissement des os. IV. SUR LA CHUTE DES BOLS DES CHEVREUILS ET DES CERFS. Les bois des ruminants, qui sont sujets à une chute périodique, sont placés sur un pédoncnde ou une apophyse cylindrique de l'os frontal, appelée en général noyau^ qui pendant le développement du bois, et môme longtemps après que celui-ci a atteint sa grandeur normale, ne se distingue en rien de la base du bois et lui est unie intimement et sans laisser voir de limite entre les deux. Au moment de la chute du bois, un Iravail d'absorption s'organise dans le sommet du pédon- cule, dont les premières traces s'accusent par une ligne de démarca- tion non loin de la base reullée dn bois même. (kilte ligne de démarcation esl formée, comme il est très-facile de le démontrer à l'aide du microscope, sur des coui)es longitudinales, l)ar une série régulière de ('anaux de liavers très-nombreux et élar- gis, places lous les mis près des aiili'cs dans un plan horizontal plus ou moins courbé dans l'un ou l'aulre sens. L'observation démontre ABSORPTION DKS OS ET DES DENTS. 2o que ces élargissements sont la véritable cause de la destruction qui se montre plus tard, et c'est pourquoi je les nommerai \g^ sinus (Pab- soyption des bois. Grandissant de plus en plus, moins en longueur qu'en largeur, ils finissent par s'unir çà et Là et par réduire la substance os- seuse de cette région à un petit nombre de lamelles et de piliers ; ceux-ci se rompent sous l'inHuence d'actions mécaniques faibles, et alors le bois tombe. La ligne de cassure correspond à peu près au mi- lieu des sinus d'absorption; aussi montrent-ils (après la chute du premier) à leurs surfaces correspondantes des sinuosités et anfrac- tuosités tout à fait pareilles. Quant aux agents qui occasionnent la formation des sinus d'ab- sorption mentionnés, je dois dire d'abord que déjà Lieljerkiihn a démontré ( Archives de Millier, 1861 ) que les anfractuosités des surfaces de cassure sont couvertes sur leurs parois de lacunes de Howship. Cette observation est facile à vérifier, et en étendant ces recherches sur les bois non encore tombés, on constate que les élargissements des canaux de Havers nommés sinus cV absorption dé- montrent les mêmes lacunes. Bien plus encore, sur des pièces fraîches on trouve cette région du liois pourvue de vaisseaux sanguins nom- breux et élargis et toutes les lacunes remplies des mêmes grandes cellules à noyaux multiples, que nous avons nommées ostéoclasfes, cellules qui sont aussi faciles à démontrer sur les parois des sinuosités des surfaces de cassure des bois que de leur pédoncule. 11 résulte de ces observations que la chute des bois de cerf et de chevreuil est un phénomène qui rentre dans la grande classe des résorptions typiques de substance osseuse, quoique son a[)parL'nce extérieure ait un cachet particulier. Il est même permis d'aller plus loin encore et de dire qu'ici une pression exercée sur les surfaces osseuses est la cause directe de l'absorption, pression (jui est exercée parles vaisseaux des canaux de Havers, qui se dilatent et s'agrandis- sent dans Je sommet du pédoncule du bois au temps de sa chute. M'appuyant sur les observations nouvelles contenues dans ce second mémoire, il me sera possible maintenant d'émettre, avec plus de préci- sion encore que dans mon premier travail, cette opinion : «jue les plié- nomènes de la résorption extérieure typique des os sont de la plus grande ini|)orlance et beaucoup plus fréquents qu'on n'aurait i)U le supposer d'abord. (Juant aux points où une résorption extérieure a surtout lieu, l'on Sf) A. VON KOLLIKRR. il |)ii \i»ir (ju'cii ^rnrral elle ji'ol)sorve d'abord sur les i)ar(tisliinilanles de (oiis les Irons, sillons, canaux, fosses et eavilés i)Uis i^nnuUïs, cl ensnile dans Ions les endroits oîi les os possèdent des proloni^ements et renflements qni changent de place, ou des courbures qui se niodi- lient. Relalivemenl ù l'importance de ces absorptions, il suffit de com- parer, mnne snpciliciellenieni, d((s os de dillerenis ai^es, comme par exemple la mâchoire inférieure, le iemur, rhnmérus, le sph6noïd(!, l'cthmoïde et autres, pour acquérir la persuasion, que le développe- ment et la conservation des formes typiques des os sont dus en grande partie aux phénomènes d'absorption extérieure, comme le célèl)re limiter l'a reconnu le premier pour certains cas, mais sans donner à cette question grave le développement qu'elle méritait. Quant aux causes finales (jui occasionnent les phénomènes de résorption, il ne m'a pas encoi'e été possible d'arriver à un résultat décisif. On se rappellera que, dans mon ])remier mémoire, j'ai émis l'hypo- thèse que la pression exercée par les parties molles croissantes est l)our beaucoup dans les phénomènes d'absorption extérieure des os, et je ne puis que répéter ici que, môme en prenant en considération mes nouvelles observations, cette supposition me paraît suffisante pour exi)liquer les résorptions qui ont lieu sur les parois de beaucoup de cavités, canaux et trous, cavités du crâne, canal rachidien, orbite, alvéoles, cavités nasales, sinus des os de la tète, canaux et trous pour le passage de vaisseaux ou de nerfs et autres. II faut avouer que, pour ce qui est des proéminences, tubérosités, apophyses et renflements, qui se déplacent par des phénomènes d'absorption, l'explication est plus difficile. Mais dans certains cas, ici aussi, uno i)ression occasionnée par les parties environnantes paraît è(re la cause de l'absorption, comme par exemple pour les apophyses coronoïdes et cotyloïdcs de la mâ- choire inférieure;, les ai)ophyses i)térygoï(les et ethmoïdales du sphé- noïde, rapo[)hyseparamastoïd(i de l'occipital. Toutefois, dans d'autres cas, il n'est guère j)ossil)le d'admellre une pareille pression ; du moins ne m'a-t-il ])as été donné (!e nie icnrhe raison des changements (U' forme d(;s diaphyses des os lon.gs vu [)renant pour point ilc départ une ])r('s.ioii (ixercée par les muscles el tendons s'insérant à ces parties ou les entourant. Il se pourrait d'ailleurs ({ue dans ces régions la solu- tion de la (|uesliou se trouvât ailleurs. i'.n éludiant la (lucslioii des diaiihyses sur des os en voie de forma- tion, je fus frappé d'un fait qui, bien ([ue déjà connu des observateurs ABSOltPTlON DI':S OS KT DES DlvNTS. 27 (lu dernier sièele, comme Duhamel, semltle être tombé presque entiè- rement en oubli. Le périoste se comporte, en effet, dans ces conditions tout autrement que chez l'adulte. Sur l'os en formation il s'épaissit gran- dement vers l'extrémité de la diaphyse et se continue avec un péri- chondre de la même épaisseur, qui recouvre une bonne partie du cartilage de l'épiphyse; il s'unit intimement à lui. Or il est permis d'admettre qu'en croissant les épiphyses cartilagineuses exercent par leur périchondre une traction sur le périoste des parties voisines de la diaphyse, et que cette traction a pour résultat une pression plus ou moins grande sur la surface de l'os. Il y aurait même en certains points une action négative, une espèce d'aspiration, là oii les surfaces sont concaves, au-dessous des extrémités des diaphyses et des épiphyses très-saillantes. Or ce sont surtout ces parties concaves qui, sur les diaphyses, sont le siège d'une résorption active, et il resterait à savoir si l'action négative, qu'il est nécessaire d'admettre ici, pourrait expli- quer l'absorption sans altérer les principes que nous avons cru devoir poser pour généraliser les bases de ce phénomène. Il faut le recon- naître, cette question est bien difficile, et il me paraît qu'on doit attendre les résultats de nouvelles recherches avant de la considérer comme entièrement résolue. Néanmoins il paraît dès maintenant permis de supposer que la traction de dedans en dehors exercée sur le périoste des surfaces osseuses concaves peut avoir pour suite une hypcrémie des vaisseaux sanguins ou un état de congestion du périoste, le(|uel produirait une pression sur la surface de l'os et par là une ab- sorption. « Ajoutons, en terminant, que la traction exercée par les carti- lages épiphysaires. et leur périchondre sur le périoste, telle qu'elle a été admise dans ce qui précède, explique aussi les déplacements des insertions des muscles. Pendant le développement des membres, ces déplacements, observés par Liebcrkiihn, sont d'ailleurs Jaciles à constater. Si mes vues sur le développement des os sont justes, tout ce déve- loppement et la production de la forme typique des os, précédée par la formation des cartilages, apparaîtraient comme la fonction de deux pi'ocessus, savoir : 1° du mode d'accroissement des cartilages- et 2" de l'énergie de l'action des ostéoblastes au-dessous du périoste. Mais, pour les autres os, les ostéoblastes d'une part et le mode de croissance de certains organes d'autre part joueraient le rôle principal. 28 A. VON KULLIKER. PLANCIll-: I. — EXPLICATION UKS FIGURES. Fk;, 1. Lai'iiiK.'s de Ilowship tle l;i [jaroi du sinus froiiLil du vimu. Grossissc- lucnl, : 400. (a), lacunes; (/j), cellules osseuses. FiG. 2. Lacunes de Ilowship et ostéoclastcs {myclo] laxfs, Robin) de la paroi du sinus maxillaire du veau. Grossisseiuent : 400. Les cellules osseuses oui été omises. Préparation colorée par du carmin. Fio. 3. Trabécules osseux de la mâchoire intérieure d'un embryon de veau; coloré par l'acide chromiquc et puis par du carmin. Grossissement : 350. {a), snrl'acc; du résor[)tion d'mi i'oilicule dentaire eu voie de formation, avec des lacunes de Ilowship et trois ostéoclastes ; ib,b,b), surfaces d'a[ipositioii recouvertes d'ostéo- blastes. FiG. 4. Une petite partie de la surface de l'ésorpfion de la racine d'une deiil de lait d'un piu'c; de six mois, avec des lacunes de Ilowship et des ostéoclastes. Grossissomeni : 400. F(G. 0. Uiaphyse du fémur du veau vue de face avec les surfaces de résorption co- lorées en rouge. Trois quarts de grandeur naturelle. RECHERCHES SUR L'x\NÂTOMIE ET LA RÉGÉNÉRATION^ DES BRAS DE LA COMATULA ROSACEA {ANTEDOy ROSACEUS, LINCK) PAR EDMOND PERRIER, Maître de conférences à l'Ecole normale supérieure, Aide-naturaliste au Muséum de Paris. Pendant l'été de 1870, en compagnie d'un certain nombre de ses élèves, j'accompagnai mon excellent maître M. le professeur de Lacazc-Dulhiers ;\ Uoscoff. Nous devions tous ensemble entreprendre sur cette côte si riche une série de travaux fjue les événements ne tardèrent pas à interrompre. Je m'étais proposé pour mon compte d'étudier d'une manière aussi complète que possible l'anatomie de la comatlte kose de T.amarck, dont le professeur Wp-ille Thomson a si bien décrit le di-velnppe- ment, et dont le squelette calcaire a fourni au docteur Carpcnter la matière d'un si remarquable mémoire. Je dus après quelques jours regagner Paris, dont l'investissement était imminent. Cette année, 187i2, M. le professeur de Lacaze-Duthiers a i'ondé à Floscoff même un laboratoire de zoologie e.rp^h'/nic/itale, où, malgré l'insuffisance de l'installation, j'ai pu continuer le travail commencé il y a deux ans déjà. Le temps dont je pouvais disposer étant limité, il me fallut par cela même limiter le sujet de mes études. C'est pourquoi, au lieu (le m'attaqucr loul d'abord à l'analoinio d'enscmlîlc de la coma- Iule, j'ai dû me borner à rechercher comment les bras sont consti- tues et par quel procédé, quand ceux-ci ont été coupés, ils peuvent arriver à se l'cproduire et à reprendre leur l'orme et leur grandeur naturelles. (l'était là, du reste, un champ d'exploraLions assez vasle, car les parlies molles des comaLules el des autres criuoïdes souL aussi peu connues (pic leurs parties dures le sont bien. Les travaux de J. Millier* souL à peu i)rès les seuls que nous ayons sur ce point, et je n'hésite pas à dire (ju'ils sont tout à lait au-dessous de nos moyens actuels d'investigation. Les comalules sont du reste des animaux assez faciles à se i)rocurer à Hoscolf, lors des grandes marées. 11 suillt pour cela de se conl'or- mei' de tous points aux indications données par M. de Ijacaze-Dulhiers dans le premier fascicule de <.e'ii Archives, 187:2. Les antédons habitent certainement toute la région qui s'étend au- devant de l'île Verte, entre cette île et l'île de Bas, tant à l'est qu'à l'ouest. A l'est, M. de Lacaze nous les montra en 1870, couvrant litté- ralement pour ainsi dire les pieds de sargasse. Cette année, j'en ai trouvé à l'ijuesl, mais un peu moins abondants, un peu à gauche, et presque en l'ace de la jjalise n(jire de Per-Roch. Vaï deux marées, j'ai pu m'en procurer là près de trois cents, sans compter une quantité déjeunes à tous les états de développement, y compris l'état de pentacrino'ide le plus simple. Ce n'est qu'immédia- tement au-dessous de la zone des hirnuntaUa lojva que les comatules étaient très-abondantes, attachées soit aux sargasses, soit aux fucus bruns et frisés qui abondent aux pieds de ces algues. Dans les nu'-mes régions se rencontrait assez fré(|uemment la grande lucernaire {luccnuu-ia cai/ijjauukUa, Lamouroux), ({ui se trouve quel- quefois, mais bien rarement, fixée aux zostères là où abonde, oii foi- sonne, poiu' ainsi dire, la i)elite lucernaire xcrlc {hœeniaria auricula, Fabr.). Les comatules transportées à domicile se conservent avec la plus grande facilité ; j'en ai gardé de i)arf'aitement vivantes dans de simples cuvettes de moyenne grandeur pendant près d'un mois. T(Jutel'ois il ne faut pas négliger certaines précautioiis. * (Icbitr den Hau der l'entacrmwi Caput Modusw (Mémoires de l'Académie de Berlin 1841). ANATOMIE DE LA COMATULE. 31 Les comatules, tout en s'accommodant parfaitement de la lumière du jour, n'aiment pas les rayons directs du soleil. Elles enroulent leurs bras dès que celui-ci devient un peu vif, et, si l'insolation est trop prolongée ou se répète trop souvent, les bras se détachent un à un, tombent au fond de la cuvette et l'animal ne tarde pas à mou- rir. L'enroulement des bras est d'ailleurs chez la comatule un signe de maladie. Ouand elle est bien purlante, elle est généralement éta- lée, et ne s'em'oule que momentanément, quand on la tracasse; en- core aime-t-elle mieux quelquefois quitter la tige sur laquelle elle est accrochée et fuir avei- une a.ssez grande agilité en se servant de ses bras comme d'autant de rames- élégantes frappant aUernativemcut le liquide. Quand une comatule est demeurée ainsi enroulée quelques jours, on peut être sûr que ses bras ne tarderont pas à se détacher ; il m'est ar- rivé fréquemment de voir des comatules encore vivantes, demeurant fixées aux morceaux de sargasse, et à qui il ne restait "plus un seul bras. Néanmoins un animal aussi gravement mutilé ne peut vivre longtemps ; le rôle des bras est trop important relativement à la nu- trition de l'animal pour que celui-ci ne soit, après les avoir tous per- dus, voué à une mort certaine. Il faut, quand on veut conserver des antédons, avoir soin de placer dans les cuvettes quelques corps rugueux ou branchus sur lesquels ils puissent s'accrocher, ne fût-ce que quelques débris flottants de sargasses. Faute de ce soin , les divers individus s'acrrochent les uns aux autres, se gênent mutuellement, se mutilent en se remuant, et la mortalité peut devenir assez grande ; d'autant plus qu'il est alors impossible d'enlever les individus morts, qui deviennent autant de foyers d'infection. J'ai pu, en prenant ces précautions, et changeant sans trop les agi- ter l'eau de mes cuvettes matin et soir, conserver près d'un mois dans une môme cuvette et sinniltanémcnt une cinquantaine d'autédons bien vivants et voir ainsi se reproduire parfaitement et sur une assez grande longueur les bras qui leur avaient été coupés. Les jeunes larves pentacrinoïdes s'habituent à la cai)tivité tout aussi bien que les comatules adultes. Ce sont là d'excellentes conditions pour l'étude, et je ne désespère pas de voir ces animaux se reproduire dans les aquariums de Roscoff et se prêter ainsi à toutes les études embryogéniques que l'on pour- rait désirer entreprendre sur eux, bien (j[ue le travail de M. Wyville 32 EDMOND PERRIEU. Thomson laisse ;\ ses successeurs peu d'espoir de faire mieux ou d'aller plus loin que lui. HISTORIQUE. — GÉNÉU ALITÉS. , La partie historique de notre travail sera nécessairement fort courte. Heusinger ', J. iMiiller-, Wyville Thomson^ et Carpenter* sont les seuls auteurs dont nous ayons ;\ parler ; encore les deux derniers ne se sont-ils occupés qu'incidemment de la structure des parties molles des comatules. Dans son célèbre mémoire de 1841 sur Vnnaloime du. pcntnonmia coj/iii Mfthiselui qui borde l'orifice. Seraient-ce là des organes de sensations spéciales? Chez les très-jeunes comatules, on ne voit que cinq de ces culs-de-sacs, un pour chaque secteur ; mais chez les individus adultes, chacjue secteur en présente une vingtaine. Plu- si(ïurs d'entre eux ont les bords de leurs orifices tangents, comme si les deux organes contigus s'étaient formés par une sorte de scis- siparité longitudinale ; mais (-(da aurait besoin d'un nouvel examen. Pour nous conformer à un usage assez général, nous désignerons sous le nom de face ventrale celle qui contient la bouche et l'anus. La l'ace ventrale des bras est en consé(iuence celle ({ui regarde en haut lors(pic ranimai est complètement étalé et repcjse par ses cirrhes sui- un plan horizontal. Nous désignerons également cette face sous ANATOMiË DE LA COMATULE. 43 le nom de face supérieure. La face opposée sera la face dorsale ou inférieure. Cela étant, si, on bras d'antédon bien étalé reposant par sa face dorsale sur une lame de verre, on l'observe par sa face ventrale à un faible grossissement, voici ce que l'on remarque : Le squelette calcaire est entouré de toutes parts par un étui de ma- tière molle et charnue que Carpenter * considère comme étant une enveloppe u de plasma (sarcode) granuleux » . De chaque côté, cette enveloppe s'élargit en une membrane assez large, très-régulièrement découpée en festons -. A droite et à gauche ces festons [crescentic leaves de Wyville Thomson) alternent de façon que les sommets des parties convexes de droite sont juste en face des sommets des courbes concaves ou courbes rentrantes de gauche. Ces festons ne sont pas parfaitement symétriques autour d'un axe pas- sant par leur sommet et perpendiculaire à la direction du bras ou de la pinnule qui les porte, de sorte que leur direction générale paraît^ inclinée sur cet axe, comme le sont les dents de certaines scies, le sommet du feston regardant le sommet du bras ou de la pinnule *. Ces lestons peuvent d'ailleurs se relever vers la face ventrale du bras, de manière à constituer une gouttière, et même se rabattre pres- que complètement sur elle. Chacun d'eux est séparé du suivant par un groupe de trois tubes tentaculaires de grandeur inégale et disposés de façon que le plus grand [extensile tentarle, Wyville Thomson) soit en même temps le plus rapproché du sommet libre du bras ou de la pinnule. Des deux autres {non extensile tentacles, Wyville Thomson), le plus grand est celui du milieu lorsque l'animal est complètement étalé. Ces trois tenta- cules forment un groupe divergent qui part d'une tige conmiune, comme les nervures principales des folioles d'une feuille composée de marronnier d'Inde partent en divergeant du pétiole commun ; seule- ment ici la ramilication la plus grande est la ramification externe. Elle dépasse beaucoup le sommet des festons voisins, tandis que les deux autres le dépassent à peine, de sorte qu'elle est seule visible à l'icil nu ou à Une faible loupe. C'est le seul tentacule que les anciens auteurs représentassent. Il peut effectuer de nombreux mouvements, se rétracter un peu, se rabattre sur la face ventrale ou s'étaler au - 1 Philosophical Transactions, lue. cit., \>. 703. ^ PI. JI, fig. 1 et -2. 3 PI. II, fij<. -Z. 44 EDMOND PKRKIKR. dehors, tous mouvemcDls que peuvenl parfaitement eflectuer les petits tentacules, mais qui sont moins sensibles chez eux, parce {[ue leur partie libre est beaucoup plus courte. 11 n'est possible d'aper- cevoir aucune différence physiologique dans la manière d'être de ces trois tentacules ; il n'y en a pas davantage, ainsi que nous le verrons plus tard, dans leur constitution hislologique ; leur mode de formation établit d'ailleurs entre eux les liens les plus étroits. Ils n'offrent absolu- ment (ju'une différence de taille, aussi ne me servirai-je pas dans ce travail des dénominations de tentacule exfetisi/j/e et de teittaculcs non extensibles qui sont la traduction des expressions dont se sert ^^yville Thomson pour les désigner. Je dirai simplement le grand et les petits tentacules. D'ailleurs il est à peine besoin d'employer ces expressions ; ce qui est vrai pour l'un d'entre eux est applicable à l'un quelconque des deux autres. Je dois insister ici sur les relations que ces tentacules présentent entre eux, relations qui paraissent n'avoir pas été vues par les deux 'auteurs anglais que j'ai déjà si souvent cités, qui n'ont été tout au moins ni explicitement décrites ni figurées par eux et que leurs expressions tendent au contraire toujours à écarter de l'esprit. Ils considèrent les grands et les petits tentacules comme formant deux systèmes différents; ce sont au contraire essentiellement di's parties homologues d'un même système. Je les comparais tout à l'heure aux nervures principales des folioles d'une feuille composée ; cette compa- raison est on ne peut plus exacte. Chaque groupe de trois tentacules naît du canal tentaculaire par une branche unique ' qui ne tarde pas à se trifurquer, et ces trois branches constituent le canal central des trois tentacules d'un même groupe. Ces derniers ne peuvent com- numi([uer avec le canal tentaculaire que i)ar la branche vasculaire (■onnnune qui les supporte et dont ils ne sont qu'une division. Ainsi, loin d'appartenir ;\ deux systèmes différents, les trois tenta- cules d'un même groui)e constituent esst-nliellement un même tout organique et sont dans la plus étroite dépendance les uns des autres. Contrairement à l'opinion de Wyville Thomson, les deux petits ten- tacules ne contractent pas avec les festons d'union plus étroite que le grand tentacule, et ce n'est pas par leur intermédiaire qu'ils commu- nicpient avec le canal tentaculaire. Je le répète, réunis avec le grand tentacule, ils conununiquent tous trois ensemble par une branche 1 PI. II, (if;-, â, a. AXATOMIE DE LA COMATULE.' lo commune avec le canal tentaculaire. (Jiiant à celui-ci, je n'hésite pas ;\ l'affirmer de la manière la plus positive, il ne communique par aucun orifice particulier avec la cavité intérieure des festons; il ne s'ouvre absolument que dans l'appareil tentaculaire, dont le tissu extérieur est seul en continuité avec celui des festons '. La communication dont parle Wyville Thomson, dans des termes que nous avons rapportés dans la partie critique et historique de ce travail, a été le fait d'une méprise causée certainement à son tour par l'idée inexacte que le savant professeur d'Edimbourg s'est faite de la nature des appendices tentaculaires de la comalule. Il est d'ailleurs parfaitement exact que le grand tentacule sépare complètement les deux festons consécutifs entre lesquels il est situé, de sorte que ceux-ci se raccordent avec lui par leur base, tandis que les petits tentacules émergent entre l'axe du bras et le sommet du feston, de façon que par une portion de leur étendue ils reposent sur la surface ventrale de celui-ci. C'est probablement cette circonstance qui a causé la méprise de M. Wyville Thomson. Dans chacun des rectangles que circonscrivent le canal central et les branches d'origine de chaque groupe tentaculaire, se trouve un de ces organes sphériques que "Wyville Thomson appelle calcnrcous (jlands et auxquels il attribue, par voie d'exclusion, la fonction de sécréter la substance calcaire des bras -. Nous aurons à discuter plus tard cette opinion, qui n'est d'ailleurs qu'une pure hypothèse de l'auteur. J'ai toujours vu, dans les pinnules, ces corps singuliers al- terner régulièrement avec les branches d'origine des groupes ambu- lacraires, de telle sorte que, celles-ci correspondant à peu près aux sommets des festons opposés, le corps glandulaire est situé à très-peu près en face de leur partie concave ; déplus, ces singuhers organes ne sont pas, comme le dit AI. W yville Thomson, irrégulièrement enfoncés dans le sacrode {ii-ft-gularli/ intheddcd) ; nous verrons, au contraire, que les tissus qui les environnent affectent toujours une disposition qui est fondamentalement la même. Dans les bras, surtout dans ceux des jeunes individus, l'alternance de ces corps et des groupes tentacu- laires n'est pas aussi régulière. Cinq de ces corps se trouvent sur le disque des jeunes individus, 1 Voir à ce sujet la figure 2 de la planche II, qui représente avec la plus scrupu- leuse exactitude tous les détails dont il vient d'être question et qui ne peut laisser aucun doute. 2 PL II, fig. 2, c. m EDMOND PKRRIER. à pou près eu lace de l'origine des dix paires de bras. Au milieu do l'iulcrvalle qui les sépare, mais un peu plus rapprochés de la bouche, on dislingue Ircs-nettement et sans aucune préparation, sur les très- jeunes individus, les cinq orifices fort singuliers, entourés de cellules épithéliales bien distinctes, dont nous avons déjcà parlé. Ces orifices jouent sans doute un rôle important dans la physiologie des coma- tulcs, mais ils n'ont jamais été signalés jusqu'ici. On les retrouve assez facilement sur le tégument de l'adulte, mais ils sont en bien plus grand noml)re, de môme que les corps sphériques, et irrégulièrement disposés. On les voit chez le jeune entre les plaques interradiales et extérieurement par rapport à elles. L'axe ventral des bras est occupé par un canal (jue nous appelle- rons, avec MM. Carpenter et Wy ville Thomson, le mna/ tentaculaive. C'est lui qui donne naissance en effet à tous les groupes tentaculaires. Ce canal prend son origine dans un anneau vasculaire qui entoure la bouche ; il traverse superficiellement le disque en se dirigeant vers chacune des cinq paires de bras ; sur le disque on ne peut distinguer dès lors que cinq canaux tentaculaires ; mais, arrivés à la naissance des bras, ces cinq canaux se bifurquent et chacune de leurs branches pénètre dans l'un des bras. Sur les très-jeunes individus, on voit une troisième branche naître du point de bifurcation de ce canal, dont elle semble être le prolon- gement direct. Cette branche aboutit à un petit tentacule placé entre les deux bras et généralement recourbé sur la membrane qui les unit. Ce tentacule, qui s'atrophie plus tard et disparaît, n'est pas autre chose que Vazf/f/oufi tentack de Wyville Thomson, ainsi qu'il l'a lui- même indiqué. Il se distingue des autres tentacules [)ar son isolement et sa caducité et ne peut être, par conséquent, considéré, ainsi que le veut l'auteur anglais, comme le premier du système des grands tentacules, puisqu'il n'est pas destiné à coexister avec ces derniers. Avant de se bifurquer, le canal (pii doit i)énétrer dans les bras donne naissance, de chaque côté et dans sa partie comprise dans la nKMubrane unissant la base (les bras, à un groupe de tentacules sem- l)lai)l('s;i ceux des bras et dos pinnules. Par leur ])()sili()n ces groupes semblent être contemporains du tentacule impair {(izi/f/ous tcniaclc), mais AV\ ville 'fhonisDU n'en l'ail aui uni' mention dans ledéveloppe- ment de la larve pentacrinoïde. De j)lus, dans leur trajet sur le disque, les cin(i canaux radiaux fournissent alternativement sur chacun de leurs côtés un certain nombre de tentacules courts, isolés. Il existe ANATOMIE DE LA COMATULE. 47 d'ailleurs autour de l'anneau buccal de l'adulte de petits tentacules correspondant à ceux que décrit \Yyville Thomson connne adhérents aux lobes du calice. (les tentacules forment cinq f>roupes constituant un pentagone régulier autour de la bouche. Chaque côté de ce pentagone porte de six à huit tentacules rabattus vers la bouche et diminuant de lon- gueur depuis les tentacules médians jusqu'aux tentacules latéraux. Tous naissent d'ailleurs du bord externe de l'anneau vasculaire qui entoure la bouche. Ces tentacules, comme tous ceux du disque, sont peut-être dépourvus de papilles. Quant aux corps glandulaires sphé- riques, ils forment une rangée de chaque côté de chacun des canaux radiaux du disque ; aussi, sur le très-jeune animal, les cinq corps sphériques qui existent seuls ne sont-ils pas tout à fait en face de chaque paire de bras, mais un peu de côté. Les canaux principaux des bras émettent devant chaque pinnulc une branche qui remonte jusqu'à l'extrémité de la pinnule qu'elle dessert. Le trajet du canal des bras n'est pas absolument rectiligne : devant chaque pinnule, les deux tronçons voisins de ce canal forment un co.ude du sommet duquel part le canal de la pinnule. Il en résulte que le canal tentaculaire des bras forme une série de zigzags fort réguliers, faisant alternativement saillie de chaque côté de l'axe géométrique de ces derniers. La même disposition en zigzag s'observe dans les pinnules ; les groupes tentaculaires prennent naissance de chacun des sommets de la ligne brisée formée par le canal. 11 résulte de là que sur les pinnules les groupes tentaculaires alternent comme les pinnules aRernent elles-mêmes sur les bras ; les calcareous glands de VVyville Thomson, que, pour ne rien préjuger sur leur nature, nous nommerons simplement les corps sphériques, suivent cette même voie d'alternance dans leur disposition ; cela est la consé- quence de ce fait que chacun d'eux est situé dans un angle rentrant du canal tentaculaire. Si donc à droite du canal tentaculaire on voit une l)ranche d'ori- gine des groupes do tentacules, on peut être sur qu'à gauche et juste en f^ce on trouvera un corps sphériquc, et oii-e vcrs(t. Je me suis demandé s'il n'y avait pas un rapport déterminé entre la position des groupes tentaculaires et celle des articles calcaires qui constituentle squelette des bras et celui des pinnules ; mais je n'ai pas ;k HDMONl) PEKUIEU. vu ((uc la (lispc^siLioii relative de ces appareils se présentât avec un carai-lère de conslance bien t'rai)pant. En général, d'nn -môme côté ou ti'ouve un groupe tentaculaire en lace de chaque articulation et un groupe intermédiaire, de telle façon que du côté opposé deux groupes tentaculaires se montrent en des points qui divisent l'article en trois parties égales ; mais c'est là seulement le cas le plus fréquent, et l'on peut constater des rapports «liflerents, mais qui ne s'éloignent jamais beaucoup pourtant de ce type principal. Telle sont les diverses parties que l'on observe à un lailjle grossis- sement dans un bras de comatule ; nous avons laissé à dessein de côté dans cette description tout ce qui touche aux parties cal- caires ; le squelette a été trop bien décrit par le docteur Carpenter dans le mémoire déjà souvent cité pour qu'il soit utile d'insister davantage. Eu ce (jui touche la constitution et la disposition de l'appareil génital, mâle ou femelle, nous ne pouvons que conlirmer de tous points ce qu'en dit le professeur Thomson ; nous renvoyons donc à son mémoire, dont nous avons soigneusement contrôlé tous les résultats sur ce point. Nous ajouterons cependant que les spermato- zoïdes nous ont tiuijours présenté dans leur tète un petit noyau bril- lant, ce dont il n'est nullement fait mention dans le travail du naturaliste anglais. On aura remarque (jue nous n'avons rien dit dans notre description des caitdnx cndiiujat's de Carpenter, de son canal afférent ni de son canal elférent; c'est que rien de pareil ne se montre dans les bras adultes. Dans les bras en voie de développement, ou distingue bien au-dessous du canal tentaculaire quelque chose qui ressemble à un second canal ; mais c'est là tout siuqjlemeut,à notre avis, un prolon- gement de la cavité générale et pas autre chose, prolongement qu'il est impossible d'ailleurs d'apercevoir Irès-uettenient chez les indi- vidus bien dévelopi)és; car là, en effet, le canal tentaculaire parait toujours reposer directement sur la mince couche de tissus qui enve- loppe le s(iuelelle, et l'on ne peut rien distinguer dans cette couche (|ui l'csseudjle à un canal. D'autre part, quand l'ovaire ou le testicule se développeui dans les pinnules, c'(!st sur cette mince couche de tissus qu'ils se forment, au-dessous, j)ar couséquent, du canal tenta- culaire, (jui est soulevé par eux et forme connue une sorte d'arciuMpii les embrasse. Or, pas plus rntre le canal tentaculaiie et la glande génitale ANATOMIE DE LA COMAtULE. 49 qu'entre celle-ci et le tissu enveloppant le squelette, il ne m'a été possible d'apercevoir la moindre trace de canal. Si, comme semble l'indiquer Carpenter, c'est entre le canal efierent et le canal afférent des pinnules que se développe la glande génitale, on devrait, quand celle-ci est bien développée, apercevoir tout de suite les vaisseaux en question ; or nous n'avons rien vu de semblable. Au-dessous du canal tentaculaire, la cavité générale du corps se prolonge ; mais il n'y a pas autre chose. C'est sur les parois des pro- longements de la cavité générale dans les pinnules que se déve- loppent les glandes génitales;' à ce point de vue, les comatules ne diffèrent pas des autres échinodermes, malgré la singularité apparente de la position de leur appareil reproducteur. Peut-être môme serait- il possible de poursuivre plus loin encore le parallèle morphologique entre elles et les animaux qui font partie de la môme classe. C'est ce que nous tenterons peut-être un jour. Quant au canal tentaculaire, dans les bras comme dans les pinnules, il se termine toujours en cul-de-sac; cela est on ne peut plus évident dans les bras en voie de développement ; mais, en examinant avec un peu de soin l'extrémité d'un bras adulte, on reconnaît assez facilement que là aussi ce canal se termine brusquement sans se recourber et sans presque diminuer de calibre '. Il y a plus : cette terminaison se fait toujours au môme endroit du bras ou de la pinnule, vers le milieu de la longueur de l'article antépénultième du squelette. On n'en voit pas de traces sur l'avant-dernier article, qui est dentelé en dessous ; il n'y en a pas davantage sur le dernier article, celui qui forme la griffe. Dans une assez grande longueur avant sa terminaison, le canal tentaculaire cesse de donner naissance latéralement à des groupes de tentacules ; en conséquence, on ne rencontre jamais ceux-ci sur les trois derniers articles des bras ou des pinnules, et j'ai bien de la peine à comprendre comment disparaît ce tentacule extensible qui, suivant Wyville Thomson, terminerait chacun des jeunes bras en voie de dé- veloppement, tandis (|u'un troisième serait placé au point de bifur- cation des deux bras constituant la môme paire. Pénétrons maintenant d'une manière plus intime dans la consti- tution des bras de la comatule et voyons de quels tissus ils sont constitués. 1 PI. m, lig. 9 ; voir l'extrémité des pinnules, e. ARCH. DR ZOOL. EXP. ET GÉN. — T. II. 1873. i 50 EDMOND PEUKIE1{. HISTOLOGIE DES BllAS DE LA COMATULE ET DES DIFFERENTS ORGANES qu'ils CONTIENNENT. On se souvient que MM. Wy ville Thomson et Garpenter décrivent les parties molles de la comatule comme simplement constituées par un sarcodegraiiu/eiu:. Les })arlies musculaires destinées à mouvoir les articles du squelette et les ligaments sont cependant décrits à part par M. Garpenter et nous les laisserons pour cette raison de côté; mais on va voir que les tissus mous n'en sont pas moins formés d'éléments figurés très-reconnaissables, très-distincts, en toutcomparablesàceux que l'on trouve chez les échinodermes les plus élevés. Nous étudierons successivement les divers organes dont nous ve- nons de décrire les formes et les connexions. Téguînentu, cavité générale. — Au premier abord, oii n'aperçoit en effet que fort peu d'éléments nettement figurés dans les tissus mous des comatules ; cela tient à la délicatesse des éléments d'une part, de l'autre à l'abondance du pigment rouge et des corpuscules jaunes qui abondent dans ces tissus et masquent les limites des élé- ments qui les composent. L'usage de réactifs appropriés fait dispa- raître simultanément ces deux conditions défavorables. Sous l'action de l'acide chromique, de l'acide osmique, tous deux très-faibles, d'une dissolution d'alun ou encore de sublimé corrosif dans l'eau de mer, le pigment rouge disparaît, les éléments se condensent et deviennent dès lors très-nettement apparents. Tous ces réactifs m'ont paru donner des résultats ;\ peu près identiques. J'ai également essayé, mais sans grand avantage, le chlorure d'or ; il a l'inconvénient, de même que l'acide osmique, quand on ne l'emploie pas à très-faible dose, do noircir presque coinplélement les tissus que l'on veut étudier. En somme, j'ai obtenu les meilleurs résultats, soit avec l'acide chromique, soit surtout avec le sublimé corrosif. Ge dernier a l'avantage de tuer instantanément le bras qu'on y plonge, avant même qu'il ait eu le temps de se rétrac- ter; on arrive ainsi à préparer san^s aucune peine des pièces qui peu- vent servir peiu'ant plusieur,s mois aux études les plus délicates. On reconnaît alors que la mendjrane (jui limite les bras de l'animal n'est pas une membrane anhiste ; elle est au contraire conqiosée d'une couche régulière de cellules ai)laties, polyédri(jues, pourvues d'un noyau brillant, à contenu Irès-clair et prescjne (léi)ourvu de ANÂTOMIE I)H LA COMÂTULE. ril i^faniiliitions. Ces celluli's l'oriiu'iil uiu' v('rila])li' coiu'Jit' (''iiilh(''lial(', dont nous donnons i un dessin pris avec le plus grand soin à la chambre claire. Fréquemment, en observant les bras détachés, encore bien vivants, j'ai constaté dans leur voisinage un mouvement assez vif des granules contenus dans le liquide du porte-objet. Ce mouvement était-il dû à l'action de cils vibratiles? était-il au contraire produit par les cou- rants osmotiques qui ne peuvent manquer de se développer en pa- reille circonstance ? Je ne saurais le dire positivement. J'ai bien vu parfois, en particulier sur le bord convexe des festons du bras, quel- ques longs cils isolés çà et là, flexueux et extrêmement grêles, mais j'ai peine à croire que ces productions fussent de véritables cils vibratiles. II n'en est plus de même, tout le long de la gouttière tentaculaire, sur toute la partie qui recouvre le canal tentaculaire. Là, l'épithélium (pi. III, lig. 10, e) change complètement de nature ; les cellules sont moins distinctes; mais on remarque à leur surface externe comme tm pointillé brillant dont les points sont Ircsrapprochés. Ces points ne sont })as autre chose que les origines des cils vibratiles très-nets et très-actifs qui revêtent extérieurement toute cette région de la gout- tière. Sur les festons {crescentir /.eares), l'épithélium est d'ailleurs exactement le même que celui de la face dorsale des bras (]ue nous avons eu sous les yeux en dessinant la figure à laquelle nous venons de renvoyer. Nous parlerons tout à l'heure de l'épithélium des tentacules. Retenons seulementici que l'épithélium de la gouttière ambulacraire proprement dite est différent de celui qui revêt les autres parties du bras; cette circonstance n'est cependant pas suffisante pour conduire à penser que lui seul soit vibratile. Immédiatement au-dessous de la couche épithéliale se trouve un tissu particulier formé d'éléments qui semblent relier entre elles la membrane cellulaire qui forme le tégument externe et la membrane qui revêt l'axe calcaire du bras. Ces éléments- sont incolores, fusi- formes, et les extrémités du fuseau, qui souvent se bifurquent, donnent naissance à des prolongements qui, après s'être plus ou moins 1 PI. III, (ig. ['). ■^ PI. Ill.fig. M <-t 18. m KDiMONI) PEUKIKU. divisés, vi(Uiii('nL s'allacher ;\ riinc des deux nieiuluaues (jui relient ces éléments. Dans la partie renflée de ces sortes de cellules étoilées on aperçoit toujours un noyau très-brillant. Des corpuscules analogues, (juant à leur l'orme, se retrouvent chez un grand nombre d'animaux inférieurs; on en a figuré souvent chez les bryozoaires, chez les helminthes, et j'en ai décrit d'un autre côté dans le pavillon vibratile qui termine le corps des dero et supporte leurs Iii'anchies caudales '. Les éléments en question des helminthes ont été considérés comme des cellules musculaires ; j'ai cru devoir leur attribuer un rôle dans la contraction du pavillon vibratile des a'ero, où ils forment un réseau très-complexe. Ceux dont il s'agit ici, chez la comatule, me paraissent être surtout des éléments de tissu conjonctif. Je ne les ai jamais vus changer de forme ni éprouver ces contractions ou ces mouvements amiboïdes particuliers aux éléments musculaires d'une part, aux éléments sar- codiques ou protoplasniiques de l'autre. Ils contiennent un noyau ; par conséquent ce sont bien de véritables cellules, et l'on voit que leur étude, aussi bien que celle de la membrane tégumentaire, conduit nécessairement à rejeter cette idée commune à MM. Carpenter et Wyville Thomson, que les tissus mous qui enveloppent le squelette de la comatule sont simplement des a tissus formés de sarcode ou proto- plasme granuleux ». L'étude du noyau de ces éléments n(His paraît ne tlevoir laisser aucmi doute sur leur nature, on le verra tout à l'heure ; mais aupa- ravant nous devons signaler des corpuscules qui seront d'une certaine utilité pour notre démonstration. Ce sont les corpuscules jaune clair et très-réfringents désignés par la lettre a dans la figure 11 de la plan- che III, corpuscules qui se retrouvent en plus ou moins grande abon- dance dans toutes les parties du corps de l'animal, que le professeur Wyville Thomson signale déjà chez la jeune larve pentacrinoïde, et qu'il nomme o/'l rc//.s, c'est-à-dire cellules à huile. Ces cellules (pi. III, lig. 1 i a) ne diffèrent des autres cellules étoilées que par leur volume, (jui est un peu plus grand, et parce qu'elles rep(jsent la plupart par une de leurs extrémités sur les téguments, au • Voir, (i;uis le tome II de ce recueil, Uistvire naturelle du Dero o/j(usa,o[ pi. II, fig. 11 et 13. do ce mémoire. ANATOMIE DE LA COMATULE. o3 travers desquels, au moins après la mort de l'animal, elles font parfois hernie. Elles n'en présentent pas moins toujours une extrémité effilée qui se prolonge aussi en plusieurs filaments qu'il est tout à fait impos- sible de distinguer des fdaments issus des éléments ordinaires. D'autre part, si l'on examine attentivement ces; derniers, (in reconnaît facile- ment que plusieurs d'entre eux reposent sur les téguments, comme les oil celLs de Wyville Thomson ; de plus, leur noyau ne j)résente pas toujours le même aspect. Tantôt il est assez petit et très-brillant, mais complètement inco- lore ; d'autres fois, une mince couche de matière jaune se dépose autour de lui et lui prête sa couleur; ailleurs, cette matière beaucoup plus abondante forme une masse lobée qui occupe une grande partie du volume de la cellule. On retrouvera ces diverses apparences dans la figure 11 de la planche III, qui représente le tissu en question dans la région dorsale d'un bras. Nous pensons, en conséquence, que les éléments étoiles et les gros éléments jaunes sont morphologiquement de même nature , que ces derniers ne diffèrent des autres que parce que la matière jaune a envahi tout l'intérieur de la cellule et distend ses parois. Or une semblable modification du contenu de la cellule ne se produit jamais d'une manière normale dans des éléments musculai- res ; au contraire, le tissu conjonctif présente ce caractère à un haut degré, et c'est précisément à une modification de ce genre qu'on attribue actuellement la formation des cellules adipeuses. . Voilà déjà par conséquent deux espèces de tissus que nous pré- sente la couche charnue des antédons : des épithéliums et du tissu conjonctif. En même temps que ce dernier, il convient de décrire le réseau pigmentaire qui rlonne à l'antédon sa couleur rouge si reniarquajjle. Cette couleur ne se présente pas toujours avec la môme nuance. On trouve en effet des antédons d'un rouge carmin foncé, d'autres qui présentent une teinte assez claire de vermillon, d'autres enfin qui sont d'un blanc de porcelaine plus ou moins veiné de rouge. Ces différentes teintes n'ont rien de spécifique ni de local ; on les trouve toutes sur les antédons d'une même localité, et l'on trouve entre elles tous les passages. Toutefois il nous a semblé que la teinti' vermillon plus ou moins jaune appartenait surtout aux jeunes individus; la teinte carmin, aux individus plus âgés, dont beaucoup conservent néanmoins la couleur vermillon ou présentent une teinte rosée; enfin les individus M KlLMUNl) l'KKKII':i{. tacli(''s (Ui l)l;ui{' sdiil (les individus nuilades el chez qui des cuiierclions calcaires se sont déposées dans les téguments. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on soumet îi l'examen microscopique les tissus d'une comatule, on voit courir parmi les filaments et les cellules du tissu conjonctif un réseau trc^s-complexe formé de traînées de granules très-réfringents et d'un rouge vif. Ces traînées se trouvent nn peu partout, mais ne pénétrent jamais dans la couche épithéliale, contre laquelle elles sont simplement appuyées. Je ne suis pas absolu- ment (>,ertain qu'elles traversent toute l'étendue qui sépare l'axe cal- caire des téguments ; il m'a semblé au contraire que c'était presque toujours contre la face interne de ces derniers (jue les traînées de granules rouges s'appuyaient. Je n'ai pu constater au microscope de différence de teinte bien marquée entre les granules pigmentaires des comatules de différente couleur ; mais cela n'est pas nécessaire pour expliquer les différences de teintes que présentent les divers individus. En effet, toutes ces teintes peuvent se dériver du rouge carmin par l'addition d'une plus ou moins grande quantité de jaune ; or l'histologie nous donne im- médiatement l'explication de ces variations : elle nous montre, en effet, dans la couche charnue de l'animal deux sortes d'éléments colorés, savoir : 1" les traînées de granules rouges; 2° les corpuscules conjonctifs jaunes. Ces éléments étant les uns et les autres imperceptibles à l'œil nu, la couleur de l'animal résulte du mélange de ces deux teintes primi- tives : si le pigment rouge est très-abondant, sa couleur domine ; il peut même couvrir plus ou moins complètement les corpuscules jaunes, et l'animal paraîtra d'un rouge carmin presque pur. Si, le pigment étant plus rare, les corpuscules jaunes sont très-nombreux, c'est alors ia teinte vermillon que prendra l'animal, et l'on conçoit dès lors (jue toutes les teintes intermédiaires puissent apjiaraître. On les rencontre parfois sur le môme animal, notanmient lorsque celui-ci a perdu une partie de se^ bras, qui se sont régénérés, et qui souvent môme se montrent jaunes au début, les corpuscules de cette couleur étant les premiers ;\ se développer. On peut jnger, par les figures que nous donnons, de l'abondance plus nu moins grande de ces derniers corpuscules, qui sont nombreux dans la région dorsale et siu'les festons, mais ipii man([uenl toujours, ainsi (pie le pigment, au-dessus de la gouttière andiulacraire. Lu, sous répithélium vibratile, en contact innnédiat avec la paroi AXATOMIE DE LA COMATULE. 5S externe et ventrale du canal tentaculaire, se montre une bandelette d'un troisième tissu que l'on pourrait décrire en môme temps que le canal tentaculaire, mais qui, à certains égards, en est indépendante ; c'est pourquoi nous en parlerons tout de suite. Cette bandelette ' ne devient apparente que par l'action des réactifs, du sublimé corrosif et de l'acide chromique faibles notamment ; elle est formée de fibrilles délicates, parallèles, très-longues, et que l'on ne peut guère songer à isoler les unes des autres ; je ne leur ai pas vu de noyaux. La bandelette en question s'étend sur toute la longueur du canal tentaculaire et sur ses ramifications dans les pinnules, mais sans suivre toutes ses sinuosités. Elle chemine en ligne droite au lieu de se plier en zigzag, de sorte que le canal tentaculaire fait alternativement saillie à droite et à gauche de chaque côté de son épaisseur. Toutes les courbes concaves de droite du canal sont tangentes par leur sommet au bord droit de la bandelette ; toutes les courbes concaves de gauche sont dans le môme rapport avec le bord gauche. L'apparence est la môme que si les sinuosités du canal avaient été pro- duites par le raccourcissement de la bandelette auquel il aurait été alternativement fixé à droite ou à gauche ; c'est ce dont on se rendra parfaitement compte en examinant la figure h laquelle j'ai renvoyé tout à l'heure. Dans les festons comme dans la membrane qui les rejoint et qui contient les corps sphériques, on trouve souvent, mais non d'une ma- nière absolument constante, des spicules. Ceux-ci, de nature calcaire, n'ont pas nrm plus une forme nette-' ment définie ; on peut seulement remarquer qu'ils se déposent h pou près symétriquement de chaque côté des corps sphériques, au voisi- nage desquels on en trouve presque toujours sur le disque. Un spicule en forme d'étrier se trouve assez souvent dans l'axe des festons. A ce sujet, la figure 3 de la planche 11 en dira, d'ailleurs, beaucoup plus qu'une description. Canal tentaculaire. -^ Nous avons déjà décrit la disposition géné- rale de ce canal ; voyons maintenant comment sont constituées ses parois. Il y a \h quelque chose de fort remarquable et qui peut servir à expliquer les opinions diverses qui ont été émises jusqu'ici. 1 PI m, fiy. s, m. 56 EDMOND PERRIKH. Le micnxscope, si on met au foyer la section moyenne du eanal, montre en effet qu'il existe autour de celui-ci comme deux traînes em- boîtées l'une dans l'autre et présentant le même aspect. Elles sont de couleur un peu jaunâtre et plus réfringentes que les tissus environnants K Ces deux gaines sont ;\ peu près parallèles l'une à l'autre ; seulement, dans les angles rentrants, il arrive assez souvent que l'angle de la gaîne externe est plus aigu que celui de l'interne ; sur la coupe optique, les deux côtés de l'angle se rejoignent alors en paraissant s'adosser par une courbe convexe, et son sommet se rapi)roche davantage de celui de l'angle formé par les parois de la gaîne interne. Ces deux gaines concourent l'une et l'autre, comme nous le verrons tout fi l'heure, ;\ la formation des tentacules. De distance en distance, chacune d'elles présente de petits renfle- ments pourvus de noyaux, et les renflements de l'une des gaines sont rejoints à ceux de l'autre par un ou plusieurs filaments brillants qui font ressembler les renflements d'où ils partent ;1 des cellules étoilées. Des corpuscules détachés ressemblant à la fois aux renflements des gaines que nous venons de décrire et aux corpuscules conjonctifs dont il a été parlé précédemment se trouvent entre les deux gaines, plus près de la gaîne interne, et forment souvent au-dessus d'elle une double rangée ; ils s'accumulent encore en plus grand nombre et d'une manière constante autour des origines des groupes tentaculaires. Tous ces corpuscules, très-réfringents, sont pourvus d'un noyau et pré- sentent de longs prolongements qui les unissent aux deux gaines entre lesquelles ils semblent destinés j\ établir une union intime. Il semble évident fine les deux gaines, leurs noyaux et ces corpuscules étoiles sont exactement de même nature et ne forment qu'une seule et unique espèce de tissu. Les corpuscules ont un noyau très-petit; à part cela, leur substance, légèrement jaunâtre et Irès-réfringenle, est parfaite- ment homogène et sans granulalions ; ils sont dépourvus de membrane (reuvcl(t[)pe ; mais rien dans leur aspect ne révèle luie nature sarco- diquc. .!<" lU' leur ai jamais vu épronver la moindre contraction, et je ne crois pas (|u'ils aient rien de nuisculaire. Ils se distinguent assez bien par leiii's caractères opticpies tles corpuscules conjonctifs ordinaires; je ne crois pas que leur origine soit la uiènie ; il est bon de les distin- guei', mais il ne serait d'aucune uiiliU' de Iciu' donner une dénomina- tion paiticulière. ' l'I. II, iiK, i:, moyenne (hi ' IM. II, tl^. i cl, 4. ■' l'i. m, s, /. ■' 1>1. II, fi^'. 2. ANATOMIE DE LA CCJMATULF. 61 plus grand et celle du plus petit des tentacules, les([uelles sont conti- nues à leur tour avec celle du tentacule moyen. Elles sont donc toutes les trois desimpies diverticulums de la gaine externe du canal tentaculaire et participent d'ailleurs à tous ses ca- ractères. Elles ont l'apparence d'une membrane anhiste assez épaisse, réfringente et présentant d'espace en espace un certain nombre de renflements nucléaires. Seulement ici ces renflements ne présentent plus de prolongements comme dans le canal tentaculaire ; ils ont simplement une forme ovoïde. La gaine interne du canal tentacu- laire se continue aussi avec la couche interne des tentacules, ainsi qu'on peut le voir sur la même figure 2 de la planche II ; mais là les choses se passent un peu autrement. Il semble, sur la coupe optique, que cette gaine s'interrompe, soit percée d'un trou circulaire au point d'origine de chaque groupe de tentacules et supporte simplement la couche sarcodique interne de ces derniers. C'est bien cependant cette membrane interne du canal qui par un procédé analogue se prolonge comme la membrane externe en un simple diverticulum ; il arrive parfois tju'on voit un mince filament variqueux qui la continue im- médiatement dans le tentacule et semble indiquer qu'elle s'est trcs- amincie en môme temps qu'autour d'elle s'est formée la couche d'ap- parence sarcodique, contractile, granuleuse, dont j'ai déjà parlé, qui ne se montre que dans les tentacules et dont je n'ai pu voir de traces entre les deux membranes du canal tentaculaire. Cela est surtout évident sur les jeunes individus conservés dans l'alcool. A l'origine de chaque groupe tentaculaire on perd cette couche sarcodique au milieu des corpuscules étoiles, réfringents, qui occupent dans cette région presque tout l'intervalle entre les deux membranes. Mais au-dessus d'eux, dans la branche d'origine unique des trois tentacules, cette couche est déjà parfaitement distincte et se termine en doigt de gant dans chacun d'eux, sans présenter aucun diverticulum vers l'exté- rievu', laissant voir seulement quelques tractus cjui traversent la cavité centrale du tentacule et semblent établir des relations entre les points diamétralement opposés de ses parois. L'existence de ces tractus n'est d'ailleurs pas constante. Ainsi il demeure bien établi que, des trois couches de tissus qui forment chaque tentacule, les deux internes ne prennent aucune part à la production des papilles, et celles-ci, ainsi que je l'ai déjà dit, ne possèdent aucune communication directe ou indirecte avec la cavité centrale du tentacule, pas plus qu'avec le canal tentaculaire. Ce sont 62 EDMOND l'EHKIKH. de simples jjroloniicnu'nts do la (■((iichc la plus externe du tentacule, dont nous avons à dessein rejeté l'étude jusqu'ici. Tout ce que nous venons de dire peut en effet se voir facilement et sans aucune préparation sur des pièces fraîches que Fou vient de détacher de l'animal vivant ; c'est môme une condition essentielle si l'on veut vériiier tous les faits que nous venons d'avancer. Si l'on veut aller plus loin et se rendre plus complètement compte de la nature exacte de ces différents tissus qui entrent dans la compo- sition des tentacules, il faut faire intervenir les réactifs. Il est d'ail- leurs indifférent ou à peu près de prendre de l'acide chromique, de l'alun ou du sublimé corrosif. J'ai également obtenu de bons résultats avec l'acide osmique très-faible et n'agissant que fort peu -de temps. Quant il l'a/otate d'argent, même en ajoutant un excès d'ammoniaque dans la liqueur, il produit dans l'eau de mer des précipités assez abondants pour gêner considérablement l'observation ; du reste, son action spécilique se porte pricipalement sur les épithôliums, qui sont suffisamment visibles sans lui. L'un quelconque des autres réactifs montre tout de suite que la couche externe .granuleuse qui recouvre le tentacule et donne nais- sance aux papilles n'est autre chose qu'une couche épithéliale. Au lieu d'être aplaties, comme les cellules de l'épithéliurn de la région dor- sale ', ces cellules - sont au contraire sphériques, de façon qu'elles forment autour des tentacules une couche assez épaisse bien que cette couche ne soit formée que d'une seule rangée de cellules. Ces der- nières ont d'ailleurs un contenu granuleux, et leur noyau, dépourvu de nucléoles, est très-volumineux par rapport à la cellule, dont il occupe environ la moitié. Il m'a été impossible de distinguer (piehjue chose de net dans la structure des papilles ; il est d'ailleurs hors de doute que leur sub- stance ne peut être qu'une nKxlilication légère de l'épithéliurn du tentacule. Dans les tentacules traités par les réactifs déjà indiqués, immédia- tement au-dessous de l'épithéliurn on distingue avec la plus grande netteté une enveloppe ({ue je crois incom])lète défibres dont la nature musculaire ne saurait Otre douteusti. Ces fibres occupent toute la lon- gueur des trois tentacules, se continuent sans interruption sur leur 1 PI. m, lig. 12. 2 PI. II, flff. 5. ANATOMIE 1)K LA COMAlULE. «3 branche commune d'origine, et on peut les suivre eu dessus jusqu'à la bandelette musculaire qui occupe l'axe des bras et de leurs pinnules. Comme elles ne croisent pas cette bandelette, et que d'autre part il n'est pas admissible que les fibres de l'une viennent s'insérer sur les fibres de l'autre, il me paraît probable qu'elles s'insèrent soit sur une enve- loppe aponévrotique delà bandelette longitudinale, qu'elles atteignent toujours, soit sur la gaine externe du canal tentaculaire, auquel elles contribueraient à faire prendre sa forme en zigzag ; c'est là un pro- blème à éclaircir. Sans en être cependant absolument certain, je crois d'ailleurs ces fibres situées immédiatement au-dessous de l'épithélium. H reste- rait à décider si elles sont surajoutées à la couche continue de la gaîne interne du canal tentaculaire, ou si elles constituent celte couche. La première opinion me paraît la plus probable ; car, lorsque les tissus s'altèrent, l'épithélium s'en va avec les papilles ; il en est de môme du revêtement musculaire, et il ne reste qu'une enveloppe en doigt de gant qui ne peut ètre-la troisième couche ; c'est donc la couche moyenne, qui est efiectivemenl la plus résistanle des trois, et c'est entre elle et l'épithélium qu'il faut placer la couche musculaire. Le filament que nous avons décrit à l'intérieur de chaque papille, et qui est certainement extérieur à la couche moyenne du tentacule et ne la traverse pas, arrive au contraire bien évidemment au coulacl des fibres musculaires, se replie de manière à cheminer parmi elles sans qu'il soit possible de continuer à le suivre un peu loin, parce (pi'alors rien ne le distingue des fibres ses voisines. Peut-être cette circonstance porterait-elle à penser que ce fila- ment est musculaire et que c'est à sa contractilité qu'il faut attri- buer les mouvements, d'ailleurs irrécusables, dont les papilles sont le siège. Un autre argument vient encore militer en faveur de notre inter- l)rétation de la position des fibres musculaires. Si l'on se reporte à la ligure 10 de la planche lll, i>n peut voir un certain nombre de libres de la couche musculaire, appartenant à la face dorsale des tentacules, se continuer en pinceau sur la paroi externe du canal tentaculaire, per- pendiculairement à l'axe duquel elles sont dirigées. Ces fibres s'in- sèrent bien nettement sur la ligne médiane dorsale de cette paroi; or, celle-ci formant la deuxième couche des tentacules, ainsi que nous l'avons vu, il faut bien admettre que les fibres musculaires sont au- dessus de cette dernière. G.4 KDMOXI) PHlUlIHIt. D'ailleurs, si nous laissons wicorc (iiichinc incerliUuk; sur la })Osition réelle (le l;i couche musculaire longitudinale des tentacules, nous n'en laissons [)as, du moins, quant à son existence ; ce que nous en disons est on ne peut plus facile à vériiier. 11 laut donc abandonner cette idée émise par le professeur A\ yvillc Thomson dans son beau mémoire ', que les parois de ces lenlaculessont simplement formées d'un sarcode granuleux où aucun tissu musculaire llbreux contractile ne se laisse distinguer. Il est vrai que M. Wyville Thomson parle surtout des tentacules des jeunes larves pentacrinoïdes; mais les tentacules de ces larves et ceux de la comatule sont absolument identiques, et c'est bien là ifailleurs ro[)inion plusieurs fois exprimée du naturaliste anglais, opinion que corroborent complètement nos propres observations. La ligure 10 de la planche III a été faite d'après une comatule dont les bras ne por- taient encore que deux ou trois pinnules, qui n'était libre que depuis quelques heures par conséquent, et les divers tissus (jue nous venons de décrire étaient cependant parfaitement distini'ts. L;\ ne se borne jjas du reste le tissu nnisculaire de la partie molle des bras. Il existe encore, ainsi que le prouvent les mêmes réactifs, d'autres bandelettes libreuses évidemment destinées à imprimer des mouvements d'ensemble aux groupes tentaculaires, et que nous décrirons pour cette raison avec eux, bien (]ue par leur situation elles dépendent de la membrane festonnée. Ces bandelettes -, qu'il n'est "uère possible de distinguer sur les parties fraîches, s'étendent entre deux groupes tentaculaires consécutifs, parallèlement à la bandelette musculaire de l'axe des bras; elles joignent entre eux les points de trifurcation des branches d'origine des tentacules et s'insèrent partie sur cette branche, partie sur le grand ou le petit tentacule suivant l'extrémité que Ton considère. Les deux bords de ces baiulelettes ne sont pas exactement parallèles ; chacune d'elles s'ouvre légèrement en éventail de sa i)artie supérieure à sa p'.uiïo inférieure , de telle façon ({ue l'extrémilé (jui s'insère en partie sur un [ictit tentacule est moins large ([ue celle cpii jjrend i)artiellement son insertion sur un grand tentacule. On se souvient d'ailleurs (jue les gr.inds tentacules sont ceux (jui ' l^h'dosopkiral Traiisaclions, lov. cit., l. C1j\', part. 11, p. liiii « 1^1. m, lit;. « ''t 'f'- '"■ ANÂTOMIE UE LA COMATULE. 05 regardent l'extrcmité libre des pinniiles, les petits étant les plus rap- prochés de leur base. Les bandelettes que nous venons de décrire ne sont pas, comme la bandelette axiale, continues d'un bout à l'autre des bras ; chacune d'elles ne s'étend que d'un groupe tentaculaire à l'autre et on peut la suivre néanmoins jusqu'au contact de la couche musculaire de chacun de ces groupes, ce Tjui vient encore corroborer notre opinion que cette couche est immédiatement située au-dessous de l'épithélium. Les muscles de la branche d'origine des groupes tentaculaires et les deux bandelettes que nous venons de décrire concourent ensemble à former une ligure rectangulaire, presque carrée, mais un peu allongée cependant dans le sens des bras ou des pinnules. C'est dans ces ligures rectangulaires que l'on voit les corps glandu- laires sphériques dont j'ai déjà parlé plusieurs fois. Il est à remarquer que les bandelettes axiale et latérale sont antago- nistes l'une de l'autre; la bandelette axiale, en se raccourcissant, tend à porter vers l'extrémité libre des pinnules les groupes tentaculaires; l'autre tend au contraire à les ramener vers le bras. Il n'est pas improbable que, lorsque les bandelettes se contractent ensemble, elles ont leur part dans le phénomène de l'enroulement des bras. Il est facile de comprendre maintenant de (juelle façon les extré- mités inférieures des groupes tentaculaires sont, pour me servir de l'expression de M. Wyville Thomson, engagées [iinheddcd) dans le soi- disant sarcude de la membrane fest(Hinée. Les tentacules traversent complètement cette expansion charnue et se terminent par l'intermédiaire de leur branche commune d'origine sur le canal tentaculaire. Leur épithélium seul est en continuité avec l'épithélium de l'expansion festonnée. Seulement, tandis que chacun des grands tentacules traverse com- plètement l'expansion, les petits émergent beaucoup plus bas et sont adossés à la face ventrale de l'expansion, au lieu de paraître la soute- nir complètement k la manière des grands. C'est pourquoi ils sem- blent faire corps avec chaque feston, auquel ils paraissent en partie soudés, et constituer avec lui un tout unique, tandis que le grand tentacule en paraît plus indépendant. Muant à la communication spé- ciale qui a été signalée entre le canal tentaculaire et le groupe formé par un feston et les deux petits tentacules, les détails dans lesquels je viens d'entrer montrent d'une manière bien évidente que c'est là AUCH. DE ZOOL. F.XP. ET GÉX. — T. II. 1 S73 . 3 GC) EDMOND PERRIER, une pure illusion que je suis forcé de signaler, sans cesser pour cela d'avoir la plus grande admiration pour le magnifique travail de M. Wyville Thomson. Corps sphériques (ralcareom (/lan/Js, Wyvilk; Thomson). — J'arrive maintenant A ces corps ([ui aUcrnentsi régulièrement avec les groupes tentaculaires et auxquels M. Wyville Thomson attribue, mais sim- plement par exclusion, lô rôle de sécréter le calcaire; j'avoue que, pour ma part, je n'ai rien vu qui pût servir à appuyer cette manière de voir, énoncée d'ailleurs comme simple hypothèse ; il m'a môme semblé que l'histoire du développement donnait d'ailleurs plus d'un argument contre elle ;, mais ce n'est pas encore le lieu d'en parler. Ces corps sont placés, comme je l'ai indiqué précédemment (pi. I, fig. 2, et pi. II, lig. 2 et G), dans les figures rectangulaires formées par l'appareil musculaire des parties molles ; seulement ils ne sont pas au centre de ces carrés et empiètent assez souvent sur la bandelette extérieure, au-dessous de laquelle on peut les voir. Leur figure est parfaitement sphérique ; ils sont limités par une capsule paraissant de môme nature que les gaines du vaisseau tenta- ciilaire et présentant, comme elles, de distance en distance un cci'tain nombre de renllements nucléaires, mais dépourvus de pro- longement. Je crois en conséquence pouvoir considérer et les gaines vasculaires et la capsule qui limite les corps sphériqucs comme étant une simple modification d'un tissu de nature conjonctive. 11 m'est arrivé assez souvent devoir une sorte de tube membraneux faire hernie extérieurement sur la face ventrale de la membrane fes- tonnée et correspondant au corps sphérique. (>ela semble bien indi- quer en effet qu'une seconde membrane se trouve au-dessous de la capsule : c'est là une opinion commune à Dujardin et à Wyville Thomson, qui suggère même à un de ces savants l'idée quelque peu inattendue de comparer ce corps à un grain de pollen. La facilité avec la(|uellc s'échappe le contenu de cette capsule m'a- vait conduit à me demander si chacune d'elles n'avait pas un orifice ]>articulier sur la face ventrale ou supérieure des bras. Il m'a semblé plusieurs fois voir (juelque chose de ce genre ; mais, soit par l'observa- tijon directe, soit en cherchant à suivre la marche de l'imbibition si lapide du contenu de la capsule par les matières colorantes, il m'a été impossible d'arriver à me faire une opinion bien arrêtée sur ce point. ANATOMIE DE LA COMATULE. GT Je ferai cependant remarquer que l'idée d'une capsule close paraît exclure celle d'une imbibilion si rapide de son contenu; d'autre part, ce contenu s'éciiappe avec tant de facilité, que l'existence d'un orifice extérieur paraît encore quelque chose de probable, et dans ce cas il me semble que ces corps sphériques seraient bien plutôt des appa- reils excréteurs qu'autre chose. Je laisse toutefois la question encore indécise. Le contenu de ces capsules se compose d'un certain nombre de masses piriformes, quelquefois atténuées, mais inégalement à leurs deux extrémités. Elles s'échappent en général toutes à la fois de la capsule qui les contient et demeurent alors suspendues exté- rieurement en grappes auprès d'elle, à peu près comme cela est indi- qué pour les œufs qui attendent la fécondation (pi. I, iig. G). Chacune des masses en question se prolonge généralement en une sorte de queue très-grêle (pi. I, iig. 7), assez longue, souvent entor- tillée, continue avec la membrane propre de la masse d'oii elle dépend, et qui paraît complètement anhiste. Dans cette membrane, qui forme comme une sorte de sac et sur les parois de laquelle se montre pres- que toujours une sorte de petit noyau de couleur brune, on trouve un nombre variable de petites sphères incolores, très-réfringentes, ressemblant à des gouttelettes d'un liquide transparent, et probable- ment enveloppées chacune d'une mince membrane qui lempèche de se confondre avec ses voisines. Ce sont ces petites sphères qui absorbent si rapidement les matières colorantes et qui, sous l'action du sublimé corrosif, prennent très- rapidement une couleur brune qui permet de les distinguer immédia- tement. Je n'ai jamais vu de cristaux à l'intérieur des capsules ; les spicules calcaires ne paraissent pas se trouver de préférence dans leur voisi- nage ; j'ignore encore ce qui a pu conduire M. Wy ville Thomson à voir là les organes sécrétant le calcaire. Sont-ce même bien réelle- ment des corps glandulaires ? A quelle catégorie de fonctions faut-il les rattacher? Ce sont là des questions vers la solution desquelles nous n'avons, à mon avis, môme pas encore fait le premier pas. C'est pourquoi je rejette le nom de glandes du calcaire {calcareous ylaads) adopté par M. VVyville Thomson et je me borne, jusqu'à plus ample informé, à désigner ces organes singuliers sous le nom de corps spliériques, qui ne préjuge rien. fis EDMOND l'ERRIER. lui résunif', il résulte des fails que nous venons d'exposer qu'un ])(iinl (le vue analomi({ue rori;'anisalion des bras de la rumatida rosa- cea est beaucoup plus sinqile qu'on ne l'a cru jusqu'ici, puisque, en dehors du canal tenlaculaire, il est impossible d'y trouver tout autre ai)i)areil de circulation. D'autre part, les connexions si simples des tentacnles soit entre eux, soit avec le canal tentaculaire, montrent l)ien qu'il est inutile d'admettre, avec le docteur Carpenter, une sorte de respiration double, analogue à celle dcjù signalée par M. de Quatre fa ges chez les annélides, par exemple. Le canal tentaculaire et les groupes de tentacules qui lui sont an- nexes constituent à la fois un appareil de circulation et de respira- tion. Je ne fais d'ailleurs aucune difficulté d'admettre que c'est sur- tout dans les tentacules que la respiration s'effectue. J'ajouterai que le plus souvent on observe, à la base de la branche d'origine des groupes tentaculaires, une sorte de rétrécissement assez marqué. Y aurait-il là un tissu contractile capable de fermer l'ori- fice de communication avec le canal? Je n'en ai pas observé de traces, pas plus que je n'ai vu de fibres annulaires sur les tentacules. Mais si, quant aux organes, nous ramenons à. un type plus simple l'organisation de la comatule, nous croyons devoir, quant aux tissus, la considérer comme plus complexe que les auteurs qui s'en sont déjfi occupés. Sans avoir été plus heureux que la plupart d'entre eux dans la recherche du système nerveux, nous avons au moins démon- tré que lesarcode, qui est censé envelopper l'axe calcaire, se laisse fa- cilement décomposer en épithéliums, fibres musculaires et éléments conjonctifs. 11 y a donc là da^^ tissus et non pas seulement du sarcode. Un verra, par ce (jui nous reste à dire du développement des ])ras, que l'embryogénie vient confirmer les conclusions auxquelles l'aua- tomie seule nous a déjà conduit. RÉGÉNÉRATION DES BRAS. Hien n'est fréquent connue de trouver des comatules dont les bras sont en voie de régénératiijii. Ces animaux ne se brisent pas spontanément comme le font cer- taines astéries, les luidia, par exemple ; ils ne sont même pas aussi fra- giles que beaucoup d'ophiures de taille bien supérieure. Cependant ANATOMIE DE LA COMATULE. CA) les mouvements des vagues, l'habitude qu'ont les comatules de s'en- clievètrer souvent soit les unes dans les autres, soit dans les ramifica- tions des sargasses, enfin les animaux de toutes sortes qui cherchent leur vie dans ces mêmes sargasses sont autant de causes de mutilation pour ces êtres délicats et charmants. Cette mutilation n'est pas, on le verra, de longue durée. Les parties disparues se régénèrent bientôt; au bout de quelques jours une digi- tation Ijlanche se montre à leur place ; c'est la pinnide qui repousse son extrémité, le brasécourté qui se complète. Voici deux exemples qui donneront une idée de la rapidité avec laquelle s'accomplissent ces phénomènes de rcstaunition. Le 9 août, j'enlevai l'extrémité d'un bras à un antédon de couleur rouge carmin qui se trouvait dans mes cuvettes depuis une huitaine de jours. Près de lui, j'observai un antédon de couleur vermillon qui n'avait à ce moment que trois bras complets ; tous les autres étaient coupés plus ou moins près de leur base et en train de se régénérer. Chacun des bras coupés se montrait surmonté d'un petit prolongement digi- tiforme de couleur blanche. Le ,14 août, j'examinai de nouveau l'antédon carmin et je pus reconnaître qu'un prolongement uigitLI'orme de 1 millimètre de long, semblable à ceux de l'antédon vermUlon, était déjà formé. Le lendemain, 15, j'examinai avec soin chacun des bras en voie de régénération de ce dernier. A la base de chacun des prolongements, une paire de longues pinnules était déjà formée, et au-dessus d'elles on voyait même un assez grand nombre déjeunes pinnules en voie de formation. La figure 10 de la planche V représente une portion de bras ([ui a repoussé en trois semaines. Si l'on songe que ce phénomène s'est accompli en captivité, chez des animaux conservés dans de simples cuvettes à dissection et par conséquent dans des conditions aussi mauvaises que possible, on doit supposer que la régénération des parties perdues s'effectue avec une extrême rapidité chez les comatules vivant en liberté. Huit ou dix semaines environ doivent suffire à la complète régénération d'un bras. Je n'ai malheureusement pu poursuivre mes expériences assez long- temps pour donner rien de très-précis à ce sujet. Il serait également intéressant de savoir si l'antédon, qui reproiluil ses pinnules, ses bras, ses cirrhes, serait également capable de re[)ro- 70 EDMOND PERKIER. (luire des parties (léi)en(lanL de son disque, le lube anal i)ar exemple; je donnerai plus lard des détails sur ce point. L'étude de la régénération des bras est d'ailleurs un excellent moyen de confirmation pour les résultais anatomiques. En effet, un bras qui repousse est absolument dépourvu de pigment rouge ; la matière cal- caire y est, au moins au début, très-peu abondante, et l'on peut suivre pas ;\ pas sa formation. On n'a donc ;\ observer qu';\ travers un tissu sensiblement homogène, translucide, qui permet de ne laisser perdre aucun détail du développement des nouvelles parties. En particulier, rien de ce qui touche à l'appareil vasculaire ne sau- rait échapper anx investigations ; il est évident que toutes les parties de cet appareil devront se développer ici d'antant plus rapidement, que le mouvement circulatoire du sang a pour effet de tendre à creuser sans cesse les nouveaux tissus et de prolonger, par conséquent, an milieu d'eux les vaisseaux déjà existants. Voici maintenant ce que l'on observe. Je supposerai d'abord qn'ôn ait coupé simplement une pinnule ; il n'y aura à étudier que le développement des parties qui constituent cet organe, c'est-à-dire le canal tentaculaire, les tentacules, les fes- tons, les corps sphériques et le squelette. Quand cette étude sera finie, il suffira de peu do mots pour faire connaître, d'une manière complète, le mode de développemeni d'un bras. Toute pinnule qui repousse s(i montre d'abord sous la forme d'un prolongement digitiforme de couleur blanche, extrêmement grêle. Il semblerait, au premier abord, que la puissance régénératrice dût agir sur toute l'étendue de la section, chaque partie de celle-ci reprodui- sant celle qui était placée immédiatement auprès d'elle, lorsque la pinnule était entièri^ Il n'en est rien. C'est dans la région la [jIus voisine du canal tentaculaire que se forme le bourgeon réparateur. Il m'a été impossible de me rendre un compte bien exact de ce qui se passe ;aux premiers moments du nouv(;au bourgeonnement. 11 est probable (lue les liquides de l'éco- nomie, après avoir coulé quelf[ue temps au dehors, se coagulent sur toute la surface de la ])laie, de uiaidère à y former une couche plasma- li(pie homogène qui cicatrise la blessure; mais bientôt le phéuomèue de restauration se localise de manière à amener la formation d'un bourgeon dans le point que nous avons indiqué. ANATOMIE DE LA COMÂTULE. 7J Les bourgeons les plus jeunes que nous ayons observés ' sont constitués par deux cylindres emboîtés l'un dans l'autre, terminés tous les deux en doigt de gant, et dont l'extérieur a des parois d'une épaisseur au moins égale au diamètre du cylindre interne. Le dia- mètre total du bourgeon est beaucoup moindre que le diamètre de la pinnule, de sorte que celle-ci semble porter une sorte de doigt très-grêle sur le milieu de son' bord supérieur ou ventral. Le cylindre interne a exactement ou à très-peu près le calibre de la partie interne du vaisseau tentaculaire et se trouve en continuité immédiate avec lui, de telle .sorte qu'on doit le considérer comme résultant du bourgeonnement du canal lui-même, ou tout au moins de la couche protoplasmique qui a servi à l'obstruer peu après la blessure. Au contraire, le cylindre externe qui enveloppe de toutes parts le cylindre interne n'a rien de commun avec le canal tentaculaire et se continue avec la couche de protoplasma qui recouvre le reste de la blessure, couche qui est elle-même en continuité avec les téguments. Il semble que la puissance régénératrice appartienne surtout au canal tentaculaire; que celui-ci se développe d'abord et qu'il refoule devant lui, do manière à s'en coiffer complètement, la couche de proto- plasma qui lui barre le passage et dont il se forme un revêtement, mince d'abord, mais qui bientôt s'épaissit rapidement. Le cylindre intérieur parait d'ailleurs complètement plein, formé d'une substance homogène granuleuse, que Tonne parvient que très- difficilement à décomposer en éléments cellulaires, très-petits, gra- nuleux, sans membrane d'enveloppe et présentant un noyau en forme de point. De même, le cylindre extérieur paraît parfaitement homogène ; seulement les éléments cellulaires qui le composent sont un peu plus volumineux, et leurs noyaux sont plus gros et aussi plus réfrin- gents *. Plusieurs de ces cellules, évidemment en voie de rejjroduc- tion, m'ont montré à leur intérieur deux et môme trois noyaux. Ces observations sont d'ailleurs très- difficiles à cause de la tendance qu'ont ces jeunes tissus à se désagréger rapidement. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'une lumière api)arait dans l'axe du cylindre intérieur, plus large vers le bas de ce cylindre que vers le » PI. V, liy-. IS. 2 PI. IV, liy. 17. n EDMOND PERKIER. haut, où ses deux bords se rapprochent de pkis en plus et finissent par se confondre ; ces deux bords internes se montrent d'ailleurs légèrement festonnés, sans que ces festons semblent correspondre à des cellules isolées. Pendant que ces changements se produisent dans le cylindre inté- rieur, certains éléments du cylindre extérieur subissent une modifi- cation remarquable ; ils se transforment en vésicules rondes remplies de ce liquide ou pour mieux dire de cette matière jaune que nous avons déjc\ rencontrée dans les éléments du tissu conjonctif du bras. Ainsi, soit dans le développement normal de l'embryon, soit dans la régénération des bras, ces corpuscules jaunes {oil cells, Wyville Thomson) apparaissent de très-bonne heure, ce qui semble indiquer que leur rôle dans la vie de l'animal n'est pas sans (juelque importance. Le calcaire et le pigment rouge n'ont pas encore apparu. Peu h peu le cylindre ou plutôt le canal central s'allonge et se redresse légèrement par son extrémité libre, de manière à former une courbe légèrement concave vers le haut; en même temps, on voit se creuser au-dessous de lui une cavité allongée qui, vue de profil, semble être un second canal en forme de massue \ qui serait très-ouvert vers son extrémité périphérique et, au contraire, très-déprimé vers son extrémité la plus rapprochée de la pinnule. C'est exactement ce que le professeur Wyville Thomson a signalé dans le développement des bras des pentacrines ; c'est ce qu'il nomme, avec le docteur Carpenter, le si/stème des vaisseaux cœliaques. Lorsqu'on examine de face le bour- geon, soit par son côté dorsal, soit par son côté ventral, on reconnaît que cette cavité, au lieu d'être cylindrique, est très-élargie latéra- lement; ainsi que le montrent les figures précédemment citées, elle déborde beaucoup do chaque côté le canal tentaculaire naissant, dont elle ne dépasse que fort peu le diamètre, si on la considère de profil et dans sa plus grande épaisseur. Celle-ci diminue d'ailleurs de plus en plus à mesure (fue l'on se rapproche de la partie inlacte de la pin- nule, et se continue avec l'espace extrêmement petit situé dans celle- , ci entre l'enveloppe du squelette calcaire et le canal tentaculaire. Avec Wyville Tbomson, nous ne pouvons voir dans cette cavité tubu- laire «[ue le prolongement de la cavité périviscérale ; elle ne dépend d'aucun appareil circulatoire ])articnlier ; le corps prenant ici la fornie d'un cylindre, la cavité générale |)reud la forme d'un IuIjc [jIiis 1 V\. V, (il;-. 17 rllS. ANATOMIE DE LA COMÀTULE. 73 ou moins aplati ; il n'y a là rien de particulier, et je ne vois en vérité pas la nécessité de créer un nom nouveau pour designer une cavité qui partout ailleurs porte le, nom de cavité générale, que tout le monde comprend, tandis que le terme de canaux cœliaques peut induire en erreur en faisant croire à l'existence d'un système vasculaire spécial qui n'existe pas. D'ailleurs cette cavité n'est pas simplement la cavité primitive du cylindre extérieur qui se serait agrandie au-dessous de la partie nou- velle du canal tentaculaire, c'est une cavité qui s'est creusée à l'inté- rieur môme de la portion des parois de ce cylindre inférieure au canal tentaculaire. De telle façon que le cylindre extérieur présente désor- mais deux cavités : l'une supérieure, exactement remplie par le canal tentaculaire et dont les parois ont une assez faible épaisseur verticale; l'autre inférieure, qui n'est autre que la cavité générale, et dont la paroi inférieure ou dorsale est pleine et égale en épaisseur l'épais- seur de toute la partie du bras placée au-dessus d'elle. Il est ;\ noter que, sur tout le pourtour de cette cavité, le tissu homogène du cylindre extérieur paraît s'être un peu condensé, mais sans constituer cependant un nouveau tissu. L'agrandissement dans le sens vertical de la cavité générale, ;\ me- sure qu'on se rapproche de l'extrémité libre du bras, nous paraît due à l'inflexion que le canal tentaculaire prend d'une manière constante vers le haut pendant la première partie de son développement. Plus tard, qujind la pinnule est arrivée iï son plus haut degré de développement, l'extrémité du canal se redresse ; on la voit dès lors ' appliquée sur la face dorsale des articles calcaires, et il est alors impossible de distinguer au-dessous d'elle autre chose qu'une mince couche de tissu. Nous croyons donc que l'interprétation donnée par le professeur \Yyville Thomson des canaux cœlia(jUPA du docteur Carpenter est la seule exacte; ce sont des prolongements de la cavité générale qui ne sont môme bien apparents que pendant une certaine période de l'accroissement des bras et des pinnules. Pas plus que le professeur Wyville Thomson, nous n'avons vu le troisième canal signalé par le docteur Carpenter, et nous demeurons convaincu que personne ne le reverra. 11 n'y a dans les bras de la comatule qu'un seul canal véritable, 1 PI. III, fig'. 19, e. , ,. ■ 74 EDMOND PERRIER. c'est ](\ caniil Icnlaculaire : il n'est possible de trouver au-dessous de lui, et pendant un certain temps seulement, qu'un prolon,^eInent de la cavité générale. Il semble d'ailleurs résulter de ce qui précède que le canal tenla- eiilaire est bien la partie essentiellement nutritive du bras, puisque c'est lui (jui repousse en premier lieu, et que c'est autour de lui que se forment, quoique d'une manière indépendante, les nouveaux tissus. dépendant les pièces calcaires ne tardent pas î\ apparaître ^ On voit, presque dès le début de la formation, une petite masse calcaire irrégulière naître dans le tissu homogène qui forme la face dorsale «le la jeune pinnule, et se placer juste en face du sommet du canal tentaculaire en voie de formation et de la cavité sous-jacente. Un peu plus bas, une autre petite masse calcaire pourvue de nombreuses ramifications se montre encore, et au-dessous d'elle une sorte de demi- anneau présentant de chaque côté de nombreuses épines irrégulières. Ce sont là les rudiments d'autant d'articles qui se développeront plus tard. Presque en môme temps, les premiers rudiments des pinnules appa- raissent, et leur mode de formation est très-intéressant, parce ({u'il ne [)eut laisser aucun doute ni sur les connexions des trois tentacules avec le canal ventral des bras ni sur les affinités mutuelles des trois tentacules d'un même groupe. J'ai déjcà dit que les parois du jeune canal ienlaculairc étaient for- mées par de très-petites cellules h noyau extrêmement petit. A peine la lumière du canal est-elle apparente, qu'en un p(Mnt de la paroi laté- rale on voit bientôt se former un épaississement qui fait saillie à la l'ois dans la lumière du canal et h l'extérieur de celui-ci. (^et épaissis' sèment ne grandit que vers l'extérieur et forme bientôt, sur le côté du canal primitif, une petite digitation, sensiblement de môme diamè- tre que le canal lui-môme. En grandissant, cette digitation se dirige' vers le haut et se recourbe en même temps un peu en dedans vers la ligne médiane du bras. Chacune de ces digitations ne tarde pas h se montrer entourée d'un foiu'reau d'assez grande épaiss(-urqui se forme aux dépens de la partie du rylindrcî primitif extérieur ausein du([uel elle j)énètre,et qui paraît se moditier dans le voisinage de la petite digitation pour lui former • PI. IV, [iy. 17, 18 (!t i-.i. ANATOMIE DE LA COMATULE. 75 son revêtement épithélial ; désormais la digitalion et le fourreau qui l'enveloppe grandiront ensemble. Les parois mêmes de la digilation formeront les deux couches inférieures du tentacule ; le fourreau donnera exclusivement naissance à l'épithélium et aux papilles. Mais la petite digitation que nous venons de décrire a à peine atteint une longueur triple de son diamètre, qu'on voit son sommet s'élargir vers le bas, puis un sillon se former, partageant en deux parties égales la portion élargie, de sorte que la digitation primitive se trouve ainsi partagée en deux autres \ Ces deux digitations grandissent ensemble, l'extérieure plus que l'intérieure: puis celle-ci se divise à son tour comme avait fait la première; il semble alors que la digita- lion primitive se soit fortement élargie à son sommet, qui se serait divisé en trois lobes -. Ainsi les trois tentacules d'un même groupe ne naissent pas tous ensemble. Le plus grand peut être considéré comme déjà ébauché, quand les deux autres n'ont pas encore apparu ; en tout cas, il est déjà spécialisé quand les deux autres sont encore confondus dans un même bourgeon ; ce n'est qu'un peu plus tard que ces derniers se séparent, et le cul-de-sac qui deviendra le tentacule moyen est un peu plus ancien que celui qui formera plus lard le petit tentacule ou ten- tacule interne du groupe. Ici la taille des tentacules est donc en rapport avec leur âge ; mais cette taille ne se régularise jamais, et chaque groupe contient toujours un grand tentacule, un tentacule moyen et un petit tentacule; de plus, et c'est là une chose singulière, le plus jeune des tentacules est celui qui regarde la base du bras ou de la pinnule, c'est-à-dire la partie la plus âgée de ces organes. J'ai à peine besoin de dire que, pendant que ces phénomènes se pas- sent pour un bourgeon tentaculaire, le canal continue à croître el à donner naissance alternativement à droite et à gauche à de nouveaux bourgeons , qui subiront chacun à leur tour les métamorphoses que nous venons d'indiquer et deviendront autant de groupes ten- laculaires. Il n'est pas difficile de trouver des pinnules en voie de développe- ment, dans lesquelles on peut voir, sur le trajet du canal central, des bourgeons tentaculaires présentant tous les degrés de développement 1 PI. IV, fig-. 19. 2 PI. IV, fiy. 20. 76 EDMOND l'EKHIEH. que nous venons d'indiffuer. Mais il seml)lc qu'à j);u'lir d'un certain moment le travail du développement des groupes tentaculaires tende à s'uniformiser, car bien souvent tous les groupes de nouvelle formai lion, jjourvus de trois lobes, [)araissent à très-peu près du même âge, à |)art peut-être ceux (jui soni les plus rapproches de l'extrémité libre de la pinnule. Ainsi les trois lenlacules d'un même groupe (^nt pour origine un même l)Ourgeon, absolument unique; ils se forment successivement au moyen les uns des autres, par le même procédé, passent par les mêmes phases de développement et constituent à eux trois un tout absolument inséparable. Ils sont donc morphologiquement et anatomiquement identiques ; il n'y a donc pas lieu de les distinguer, comme le professeur Wyville Thomson, en tentacule extensible et tentacules non extensibles. Leurs pro- priétés sont exactement identiques ; il n'y a entre eux que des iliile- rences d'âge et de taille. L'embryogénie, aussi bien que l'anatomie, prouNc encore d'une manière irrécusable qu'il n'y a })as de connexion particulière des petits tentacules avec les festons des bords iles bras {crescentic lenves) ; il y a ici, en conséquence, une inexactitude dans l'interprétation du savant professeur anglais. Nous verrons d'ailleurs tout à l'heure com- ment se foi'uu'nt les festons. Mais je dois encore faire quelques remarques. Le professeur Wyville Thomson n'indique pas, dans son mémoire, les époques relatives aux- ({uelles naissent, suivant lui, k' grand et les petits tentacules, mais il indique les festons des bras comme naissant un peu avant les petits tentacules, qui, dans l'opinion de l'auteur, formerai(înt groupe avec eux. Il résulte, au contraire, de nos observations que kïs trois tentacules se forment d'abord; ce n'est (ju'un peu après que Uis festons devien- nent bien distincts. Un autre point qui nous paraîl mériter un nouvcd examen, c'est le mode de naissance des tenSacnles (pii frangent le disque des très- jeunes larves pentacrinoïdes. A un certain moment, ces lenlacules sont au nombre de vingt-ciufi : cinq aux ])oinls de bifurcation i'iilurs des bras {azf/fjnus tentacles); dix de cliacpu' côté de ceux-ci, (!is[)osés symétritpu'.ment par rapport ;\ eux, et (pie Wyville Thomson considère comme non extensibles; enfin dix aulres j)lus [leliis, disposés sur les lésions du disipu', eulre les dix ANATOMIE DE LA CO.MATULE. 77 tenlacules non extensibles, et (|ue le professeur \\'yville Thomson considère comme étant les premiers d'une séfk' fort remarquable de tentacules non extensibles qui naîtront plus tard sur les bras. Les faits que j'ai exposés tendraient à faire penser que ces petits tentacules doivent être groupés deux par deux avec les grands tentacules que le professeur Thomson signale comme leurs aînés et s'ouvrir par un orifice commun avec ces derniers dans le canal circulaire buccal. Mais il est manifes- tement impossible de grouper ensemble trois par trois suit les vingt- cinq tentacules du disque, soit les vingt qui restent, quand on ne tient pas compte des tentacules impairs placés entre les festons. Si donc les observations du professeur Thomson sur ce point sont parfaitement exactes, il faut admettre que les premiers tentacules qui apparaissent sur le disque se développent suivant une loi différente de celle qui préside à leur formation sur les bras et sur les pinnules. Cela n'est pas impossible ; mais il ne faut pas donc rattacher les tenta- cules grands et petits du disque à la môme série que les grands et les petits tentacules des bras, qui se sont développés autrement et de façon que tout grand tentacule forme un môme tout avec les deux petits qui le précèdent. Malheureusement nous n'avions pas avec nous le mémoire de Wy ville Thomson quand nous étions au bord de la mer et que nous pouvions arrêter notre opinion par l'examen des nombreuses larves pentacrinoïdes qui étaient à notre disposition. Ce n'est qu'en rentrant i\ Paris que le défaut de concordance dont nous venons de pailer nous a frappé ; mais cette lacune est en partie comblée par la description que nous avonsj donnée de la disposition t(}ute spéciale des tentacules sur le disque. 11 nous paraît d'ailleurs i)robabie (juc les tentacules du disque ne naissent pas tous en môme temps; il y a donc lieu, en tous cas, de chercher la loi de leur évolution, qui n'a pas été donnée par l'auteur anglais, et qui est différente de celle que nous avons donnée pour les bras. Uevenons maintenant au développement ultérieur des groupes ten- taculaires. Les trois tentacules grandissent ensemble en se recourbant au-dessus de la face dorsale de la pinnule, et sont accompagnés toujours de la gaîne épaisse de tissu homogène qui formera plus tard leur épithélium et qui tout d'abord semble s'être individualisée au sein même de la paroi supérieure du cyhndre extérieur primitif de la jeune pinnule, puis a 78 EDAlONn PERRÏïïH. conLiniK' de se développer comme une sorte de bourgeon duns l'inié- rieiir et à lu surf;ice de ce cylindre. Pendant tout le temps du développement, le grand tentacule né le premier de chaque groupe est un peu plus élevé et plus extérieur que les autres, qui se sont formés obliquement et un peu en dedans par rapport à lui; il se trouve en conséquence plus près de la surface extérieure du cylindre primitif, et se trouve constamment refoulé par le développement des petits tentacules du côté opposé, placés juste en face de lui et un peu au-dessous; de cette façon sa couche épithé- liale future se trouve ramenée à être sur le môme plan que la surface extérieure du cylindre primitif, qui conserve au contraire une certaine épaisseur au-dessus des petits tentacules. Bientôt, soit à cause de la pression résultant du développement des tentacules, soit par un travail histologique naturel, une fente sinueuse se montre sur la face dorsale du cylindre i)rimitif ; dès lors tous les élé- ments de la pinnule sont distincts ; seulement ses deux bords sont ramenés vers le haut et constituent une sorte de cornet à l'intérieur duquel les divers tentacules sont déjà assez développés pour en occu- per loulela cavité. Latente sinueuse qui s'est formée n'est peut-être que la consécpience de l'accroissement de cette cavité ; elle correspond aux festons des deux côtés des bras qui, à ce moment, s'engrènent réciproquement d'une manière ;\ i)eu près complète, et entre lesquels il est parfois possible de voir des tractus de matière qui les unissent encore et indiquent qu'une sorte de déchirement récenj, s'est opéré. Il semble que la formation des festons soit en quelque sorte passive, la fente sinueuse qui leur donne naissance résultant en quelque sorte de la disposition primitive des groupes tentaculaires^ ; aussi croyons- nous devoir considérer ces festons connue des organes tout à fait secondaires. Ils sont les restes du cylindre primitif lui-même, tandis que l'épithé- lium des lentaciiles s'est formé i)ar une spétiaiisation d'ime partie restreinte d'abord de cecyliu(b'e, (jui s'est ensuite dével<»pi)ée sous sa sccniide forme comme une sorte de bourgeon. Pour le grand tenta- cule ce bourgeon s'est enlièremeut sid)stitué au îissu ])riraitif; aussi chaqu(ï grand tentacule sépare-t-il complètement deux lestons consé- culils; pour les petits tentacules, uiu; porliou du cylindre i)i'imitif a l»ersislé et a formé le lésion ; cel;i tient à ce (\\\{) les pelits tentacules 1 PI. IV, li^^ 17, t. ANATOMIE DE LA COMATULE. 71) se sont développés un'peu au-dessous du grand, et ce dernier fait ex|)li- quer en même temps pourquoi ils émergent du feston qui les recou- vrait d'aboi d en des points assez rapprochés de l'axe de la pinnide, et pourquoi le petit tentacule, né sur un plan encore inférieur au moyen, émerge plus près de l'axe que ce dernier. Ainsi l'embryogénie rend parfaitement compte de toutes les particu- larités que présentent, quant à leur disposition, les organes dont nous venons de nous occuper. Il n'y a plus maintenant qu'à étaler sur un racme plan les deux lames festonnées, comme on rabattrait les deux parties d'un cornet conique, coupé suivant l'axe de ses génératrices ; par cela même, les tentacules s'étalent, se déroulent, et la pinnule est complète; elle a pris sa forme délinilive. Ajoutons cependant que dans certains cas il nous a semblé que les festons se formaient d'une manière indépendante par bourgeonnement sur les bords du cylindre primitif. C'est encore un point douteux. Les papilles qui doivent orner chaque tentacule ne sont pas encore complètes à beaucoup près. Les premières que l'on voit \ ordinaJ- rement au nombre de deux, à peu près aussi bien développées l'une que l'autre, se montrent au sommet du grand tentacule, alors que le tentacule moyen ne présente encore à son sonmiet que deux pelils bourgeons et que le petit tentacule en est complètement dépouivu Les papilles se dévehqjpent donc, sur chaque tentacule, tlu sommet à la base ; de plus, d'un tentacule à l'autre elles se montrent dans l'ordre d'évolution de ces dernieis. Le mécanisme histogénique de leur évolution est difiicile à préciser, attendu que les éléments du tissu sur lequel elles prennent naissance sont eux-mêmes à peine distincts. Ce qui est certain, c'est qu'avant le développement des papilles la couche épithéliale très-épaisse do cha- que tentacule se montre parsemée de corpuscules brillants, circulaires, mais à bords un peu sinueux. Ces corpuscules ressemblent à des noyaux, mais je ne veux pas dire par là qu'il faille leur attriliuer cette signiîi- caiion. Chacun de ces corpuscules devient par la suite un jKHit bour- geon saillant sur le tentacule et dont le sommet offre le même aspect que le corpuscule. Ce dernier représente probablement dès lors ce sommet, lequel serait, dans cette hypothèse, la première partie formée de la papille. Je n'ai pu voir autre chose; mais je ferai remarquer ici qu'une fois » 1^1. IV, fig-. 24, p. RO EDMOND PERRIER. (k' plus remhryôgônie déniontro d'une manière évidcnic la nature pur(!nienL épUholiale des papilles. Le canal central du tentacule ne prend pas la moindre part à leur formation; il est donc inexact de dire que la cavité centrale des papilles communique avec celle des tenta- cules. Nous avons vu au contraire qu'un filament solide, très-réfrin- gent, jaunissant un peu sous l'action de l'acide osmique très-faible, occupe la cavité centrale de ces papilles. Il nous reste à indiquer le mode de développement des corps sphéri({ues. Il est très-difficile de savoir ce qui se passe au début de leur forma- tion, parce qu'il y a toujours au-dessus d'eux une couche de tissu granuleux qui nuit à l'observation. Ici le sublime corrosif est d'un grand secours, parce qu'il colore en brun certaines parties de ces corps et permet ainsi de les apercevoir tout de suite. Us ne se montrent que bien après que les premières parties calcaires ont été déposées, et leur développement n'est pas encore complet que les divers articles de la pinnule sont déjà parfaitement distincts. Or cela ne concorde guère avec l'hypothèse du professeur Wy ville Thom- son, qui veut voir dans ces corps les glandes sécrétant le calcaire. Les premières traces de ces glandes qu'il m'ait été possible de voir consistaient en un groupe de noyaux brillants, assez espacés, colorés en brun par le sublimé '. Il est probable que ces noyaux font déjà partie de cellules complètes; mais à ce moment il m'a été impossible de voir soit ces cellules, soit la capsule dans laquelle elles sont plus tard contenues. Toutefois tout l'organe est parfaitement reconnaissable et com- plètement constitué avant que les tentacules se soient étalés au dehors, un reconnaît alors qu'il se compose d'une capsule contenant un certain nombre de vésicules transparentes, pourvues d'un noyau brillant -. Un peu plus tard, ces vésicules prennent l'aspect bosselé que nou^ avons décrit, et leur contenu se décompose en nombreux sphérules complètement lransj)arents, en même teni^js (jue le noyau diminue graduellement de volume et huit par se réduire à un tout petit point brillant, de couleur brune, placé sur la paroi de la vésicule ■'. D'après ces observations, il semble que la première portion formée ' l'I. l\. li-. i-l, a. . . 2 l'I. IV, fiy. -l-l, h, c. ■* l'I IV, li-. ±2, d. AXATOMIE DE LA COMATULE. 81 est le noyau de chaque vésicule; toutefois, de très-bonne heure, on peut distinguer une délicate membrane autour de ce noyau, mem- brane qui s'écarte de lui graduellement, et qui préexiste, en consé- quence, à la plus grande partie du contenu de la vésicule. Je n'ai bien vu cette membrane que sur des organes dont la capsule était déjà nettement visible. Wyville Thomson décrit tout autrement la formation de ces organes, qui apparaissent d'abord, dit-il, « comme une petite vésicule contenant un fluide transparent, et enveloppée dans le sarcode à la base du ten- tacule impair. Cette vésicule grandit jusqu'à ce qu'elle ait atteint environ huit centièmes de millimètre en diamètre. Son contenu devient granuleux; enfin elle prend l'apparence d'une grande cellule pourvue d'une membrane d'enveloppe spéciale et enfermée dans une capsule formée d'une solide couche de sarcode, et dont on peut extraire la cellule tout entière. » Je ne' conteste pas que telles puissent être les premières phases de l'apparition de ces corps singuliers; mais elles m'ont complètement échappé. Si l'opinion de Wyville Thomson est fondée, c'est dans la cellule qu'il décrit qu'apparaîtraient les noyauxqae j'ai toujours vus d'abord, et qui sont l'origine des vésicules irrégulières qui remplissent la capsule complètement développée et dont le professeur Thomson n'indique pas le mode de développement. Il serait utile de faire de nouvelles observations pour trancher la question. Nous venons de décrire le mode de formation d'une pinnule; si l'on observe le mode de développement de la partie nouvelle d'un bras, les mêmes faits se présentent presque sans aucun chan- gement. C'est autour du canal tentaculaire que commence et finit le déve- loppement ; il n'y a pas de différence entre la petite digitation qui donnera un bras ou celle qui doit donner une pinnule. Les diverticulums du canal tentaculaire qui doivent appartenir à des pinnuies se forment comme dans celles-ci les diverticulums qui don- nent les groupes tentaculaires. Seulement il n'intervient pas de divi- sion consécutive de ces diverticulums, c|ui grandissent et s'enfoncent dans le tissu embryonnaire qui enveloppe le canal tentaculaire et forme autour de lui un cylindre enveloppant ; une bosselure exté- rieure apparaît bientôt sur ce cylindre, coiffant le diverticulum du canal tentaculaire, et grandit dès lors avec lui. C'est le premier rudi- ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — T. II. 1873. , 6 82 EDMOND PERRIER. ment d'une pinnule * ; celle-ci grandit en présentant tous les phé- nomènes que nous avons déjà décrits et sur lesquels nous ne revien- drons pas. C'est, du reste, de la base au sommet que se fait le développement des pinnules, qui présentent toujours dans leur jeune âge une forme arquée, de sorte qu'elles s'imbriquent réciproquement pendant tout le temps qu'elles ne peuvent se mouvoir sur l'axe brachial. Les muscles moteurs des articles calcaires ne se développent qu'assez tard. Ces derniers, bien que développés isolément, comme nous l'avons indiqué, finissent par sembler en continuité par suite du dé- veloppement *. Chaque pinnule est déjà presque complètement développée, que les choses sont encore en cet état. Ce n'est qu'après la formation à peu près complète des pinnules qu'on voit apparaître entre elles, sur le canal tentaculaire, de nou- veaux diverticulums qui se transformeront en groupes tentaculaires absolument identiques à ceux des pinnules. Ce sont là les dernières parties qui apparaissent '\ 11 ne m'a pas été possible de suivre pas à pas la formation des diffé- rents tissus qui constituent les parties molles des bras. Les bandelettes musculaires que j'ai décrites sont beaucoup trop délicates pour qu'on puisse espérer les voir se développer au milieu de tissus aussi peu transparents que ceux qui constituent les bourgeons des parties ré- générées. Malgré tous mes efforts, il ne m'a pas été non plus possible de me rendre compte du procédé suivant lequel prennent naissance les deux gaines singulières qui se superposent pour former le canal ten- taculaire et les corpuscules interposés. On comprendra les difficultés que nous avons rencontrées si l'on se rappelle que pendant toute la durée du développement les festons et les tentacules sont repliés au- dessus de la gouttière tentaculaire ; que, par conséquent, l'observation de cette région est impossible. Par la région dorsale, le développement toujours précoce du calcaire oppose de son côté un obstacle insurmon- table. Enfin sur la face latérale l'épaisseur du tissu, peu transparent dans cette région, crée de nouvelles difficultés. L'observation micro- scopique de ces faits montre du moins que, de très-bonne heure et bien avant que les tentacules s'étalent, les petites cellules granu- leuses qui formaient le cylindre d'enveloppe parfaitement homogène 1 PI. IV, (ig. IG t'I M,t.. s PI. IV, fig. 17 et 23. " 8 PI, IV, fig. 21. ' ANATOMIE DE LA COMATULE. 83 du canal tentaculaire se sont modifiées. Les unes se sont transformées en ces corpuscules jaunes que l'on connaît et qui paraissent ici sphé- riques, sans doute parce qu'on ne peut les voir que de face; les autres, devenues moins granuleuses, se montrent pourvues d'un beau noyau et possèdent déjà les prolongements ramifiés des corpuscules du tissu conjonctif, qui, à cet âge, sont très-serrés et presque tous en contact les uns avec les autres \ C'est seulement plus tard que le pigment rouge apparaît; mais je n'ai pu voir comment arrive à se former le réseau complexe qu'il constitue. CONCLUSION. Je résumerai ici les résultats consignés dans ce mémoire et qui sont nouveaux, ou tout au moins en contradiction avec les opinions des auteurs qui se sont déjà occupés de ce sujet. Ces résultats sont les suivants : I. — Les tissus mous de la comatule ne sont en aucune façon du sarcode ; on peut y distinguer des épithéliums, des fibres musculaires bien distinctes, du tissu conjonctif, etc., tout comme dans les échino- dermes les plus élevés. II. — Le canal tentaculaire est le seul appareil d'irrigation spécial que l'on trouve dans les bras; nous avons donné pour la première fois la structure de ses parois. HT. — Les divers tentacules que l'on observe sur les bras sont tous de même nature; ils sont toujours disposés par groupes de trois, qui communiquent avec le canal tentaculaire par l'intermédiaire d'une tige commune. La structure de ces tentacules est beaucoup plus complexe qu'on ne l'a dit jusqu'ici. Les papilles qu'ils supportent sont de simples dépendances de leur épithélium; les trois soies roides qui les terminent et que nous signalons pour la première fois semblent indiquer que ce sont des organes de tact. IV. — Le système nerveux décrit par Millier n'existe pas; nous ne connaissons jusqu'ici rien qu'on puisse rapporter à ce système. 1 PI. III, fig. 2. 84 EDMOND PERRIER, Y. — Nous avons l'ait coiniailre pour la première fois le mode de développement des bras, des pinnules, des tentacules, et mis en relief le rôle que joue dans ces phénomènes le canal tentaculaire, qui doit être considéré comme étant véritablement le canal nourricier. Nous espérons, par ce travail, avoir apporté notre contingent à la connaissance d'un animal appartenant à ce groupe si curieux et si peu considérable aujourd'hui des crinoïdes. Notre travail présente encore des lacunes que ne nous a pas permis de combler le peu de temps que nous pouvions passer au bord de la mer. Nous en avons nous-même signalé quelques-unes dans le courant de ce travail, et nous espérons qu'il nous sera bientôt possible de les faire disparaître. EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE II. FiG. 1. Extrémité d'un bras de comatule adulte, mais dont la partie terminale a été brisée et est en voie de régénération, {s), articles calcaires du squelette; (p), pin- nules; (c), canal tentaculaire; (t), tentacules; {g), corps'sphériques (glandulaires); (/■), feston de la membrane des bras. FiG. 2. Une partie de ce bras très-grossie (grossissement : 280), vue parla face dorsale. Les parties qui sont au niveau du canal tentaculaire sont seules mises au foyer du microscope. (G), canal tentaculaire; (T), tentacules; (G), corps sphé- riques; (F), festons de la membrane des bras; (a, b), les deux gaines du canal tentaculaire, dont l'intérieure a concourt à la formalion des tentacules sans se mo- difier, l'intérieure paraissant subir quelques modifications; (/), corpuscules conjonc- tifs qui se trouvent entre ces deux gaines; {h), gros c(H'puscules jaunes de la mem- brane festonnée [oU cells de Wyville Tbompsou); (5), spicules ; (p), papilles des tentacules, terminées chacune par trois soies; (r), pigment; (0), orifice de communi- cation des groupes de tentacules et du canal tentaculaire. Celte ligure est faite d'après un bras encore vivant. Fn;. A. Diverses formes des spicules de la membrane feslonnée. Grossissement: 280. Fk;. 'i. L'extrémité d'un lenlacule pour montrer son mode de terminaison, les pa- pilles p et leur disposition, et les trois couches dont l'organe entier se compose. ( 'irossisscmiMil: 280. Fu;. 5. Portion d'un Lentaculetrail.ee par le sublimé corrosif et montrant la couche musculaire »n et la couche éi)ithélialc e. Grossisscnienl, : 280. Fui. c. Le coiitciiu d'un corps sphéri(|ue s'échapiianL .le s(ii! inférieur; chacun des sacs (jue furnie ce contenu est rempli de spliérulcs traiisiiareules. ANATOMIE DE LA COMATULE. 85 FiG. 7. Trois des sacs d'un corps sphérique avec leur filament terminal. Grossis- sement: 28. PLANCHE III. FiG. 8. La portion de bras de la figure 2, traitée par les réactifs pour mettre en évi- dence les bandelettes musculaires. Mêmes lettres que dans la figure 2. (h), couche musculaire des tentacules; [m], bandelette musculaire courant le long de la ligne médiane supérieure des bras et au-dessous de laquelle passent les fibres mus- culaires supérieures des tentacules, pour s'insérer sur la gaîne externe du canal tentaculaire; (m'), bandelette musculaire unissant les divers groupes tentaculaires; (/■), filament central brillant des papilles; {l), corpuscules conjonctifs des tégu- ments. Grossissement : 280. FiG, 9. L'extrémité d'un bras de jeune comatule ; (p), pinnules; [g], tentacules dis- posés par groupes; ( il, épithélium de la gouttière ambulacraire; {t), canal tenta- culaire ; (c), cavité générale ; (e), extrémité du canal tentaculaire. FiG. 10. Une portion de ce bras plus grossie. Grossissement : 280. Mêmes lettres que dans la figure précédente, (o), orifices des groupes. tentaculaires; (e), épithélium delà gouttière ambulacraire ; (s), articles calcaires; {g), corps sphériques; [m'), ban- delette musculaire ; (fc), cloison a))parente dans le canal tentaculaire. FiG. 11. Corpuscules conjonctifs unissant la membrane extérieure avec le squelette calcaire. Grossissement : 500 (c), corpuscules ordinaires ; (c'), corpuscules à noyaux entourés de matière jaune; (a), corpuscules jaunes {oil cells). FiG. 12. Epithélium de la région dorsale du bras, rendu apparent par l'acide chromi- que faible. Grossissement : 500. FiG. 13. Corpuscules conjonctifs prolongés en fibres. Grossissement: 500. PLANCHE IV. FiG. 14. Extrémité d'un canal tentaculaire en voie de formation, (p), pinnulc en voie de développement ; {l), formation de la lumière du canal. FiG. 15. Un autre, plus avancé. Grossissement: 280. FiG. 16. Extrémité d'un bras en voie de régénération. Grossissement : 90. (c), canal tentaculaire; [v], cavité générale; {s), squelette calcaire; (p), pinnules. FiG. 17. La même plus grossie. Grossissement : 280. {g), corps sphériques; {t), grou- pes tentaculaires en voie de formation. FiG. 18. Prolongement digitiforme formé sur un bras qui a été brisé et commençant sa réintégration. Grossissement : 280. Lettres de la figure précédente, {x), tissu embryonnaire. FiG. 19 et 20. Canal tentaculaire d'une pinnule montrant les bourgeons unis, bi ou trilobés, qui formeront les groupes tentaculaires. 86 E. BAUDELOT. FiG. 21. Canal tentaculaire d'un bras montrant les groupes tcntaculaires placés entre les pinnules. FiG. 22 . Développement des corps spliériques. (o), corj)s nucléaires qui paraissent précéder leur apparition; (6), formation de la capsule et développement de cellules à leur intérieur ; (c), capsule contenant de véritables cellules; [d], corps splieriquc Il peu près développé. FiG. 23. Série des pièces calcaires en voie de formation qui formeront une pinnu'e ; leur position relative a été conservée. FiG. 24. Groupe tentaculaire montrant en p des papilles en voie de développement. RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT DES ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX M. E. BAUDELOT, Professeur de zoologie à la faculté des sciences de Nancy. Divers naturalistes ont étudié les écailles des poissons osseux : les uns se sont préoccupés de la structure intime de ces organes, les au- tres ont cherché dans la forme extérieure des caractères de genres, de familles, ou môme de groupes plus étendus. Sous ces deux rapports, l'étude étant restée encore très-imparfaite, j'ai cru utile d'entrepren- dre une série de nouvelles recherches. Les résultats que j'ai obtenus feront l'objet de ce mémoire. Mon travail comprend trois parties, La première est consacrée à I'historique de la question, historique que je me suis efforcé de rendre aussi complet que possible. La seconde renferme une étude appro- fondie d'un certain nombre de types d'écaillés, envisagées au point de vue de la structure et du développement. La troisième contient un ensemble de considérations sur la valeur des caractères empruntés AUX ÉGAILLES RELATIVE.MENT A LA CLASSIFICATION. PREMIERE PARTIE. historique. La première observation que nous puissions citer relativement à la structure des écailles appartient à Borellus, 1656'; elle date pour ' Observationum microscopicarum centuria, authore Petro Borello. Hagae Coraitis lo66j p. 23, observatio XXXVII, De sqitamis. ' 88 E. BAUDELOT. ainsi dire des premiers jours de l'invention du microscope. Borellus s'exprime ainsi au sujet des écailles {De squamh) : (( Squama> piscium apparent, si aspiciantur, lineis orbicularibus « multis dislinctœ, et in parte qua cuti adheerent radiis ac punctis (( multis transcurrentibus eas divis;e. » A cette courte observation se trouve jointe une sorte de figure sché- matique qui permet de constater que l'auteur avait acquis déjà une idée assez nette de la configuration extérieure des écailles. Hooke, dans sa Microf/rajj/iie ', donna une figure assez exacte et une très-courte description des écailles de la Sole. En parlant des épines du champ postérieur, il dit que, vues à travers la loupe, elles offrent à peu près l'aspect des tuiles d'un toit de maison; que ce sont des piquants transparents et très-pointus. Quant aux sillons rayon- nants, ce sont, dit-il, d'étroits conduits ou tuyaux, qui, peut-être, servent à nourrir l'écaillé. La science est redevable à Leuwenhoeck de plusieurs observations intéressantes sur la structure et le développement des écailles. Les résultats signalés par l'illustre micrographe sont loin, du reste, d'offrir tous le même degré d'importance. Les premières observations relatives à la peau de l'Anguille, de la Perche, etc.-, méritent à peine d'être prises en considération. L'au- teur, n'ayant qu'une idée extrêmement vague du sujet dont il s'oc- cupe, émet, comme on peut en juger, des vues assez singulières sur la structure de la peau et des écailles. "Selon Leuwenhoeck, la matière visqueuse {phlegma) qui recouvre les écailles de l'Anguille fait partie du corps de l'Anguille elle-même; cette humeur, bien que le plus souvent elle n'apparaisse à l'œil nu ou sous le microscope que comme une humeur cristalline, n'est en réa- lité antre chose (ju'un lacis de vaisseaux entremêlés, mais dont la finesse dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir. Ces vaisseaux de la viscosité sont recouverts de particules très-petites et presque rondes. Leuwenhoeck recherche ensuite quels peuvent être les rapports de la matière visqueuse avec les écailles. Admettant donc que la viscosité est fabriquée en partie par les * Mirrograpliia. Loudou, 1607, p. 162. ^ Opéra omnia seu arcana na/wrœ Antomi Leuwenhoeck, t. I, Lugcliiiii Dalavo- rum, 1722, p. 105-110, avec figures.- 1083. ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 89 écailles, il cherche à découvrir dans ces organes des vaisseaux faisant suite à ceux de la viscosité ; mais là encore le microscope ne lui montre qu'une substance cristalline, transparente, ce qui ne l'em- pêche pas de croire à l'existence de vaisseaux entrelacés d'une finesse excessive et qui échapperaient à la vue. Relativement à l'accroissement des écailles, Leuwenhoeck admet que le tissu de l'écaille est formé de particules solides qui ne su- bissent aucun changement de forme. De nouvelles particules viennent s'ajouter sur le bord des particules anciennes, ainsi que cela a lieu dans l'accroissement des arbres. Dans une lettre portant la date de 1696 \ Leuwenhoeck s'occupe de nouveau de la structure et du développement des écailles ; il mo- difie ses premières vues. « Ma première opinion, dit-il, était que chaque année les écailles des poissons s'accroissent par l'addition d'un nouveau cercle, ou plutôt d'une nouvelle zone autour de l'écaille préexistante. Mais j'ai abandonné cette manière de voir. En exami- nant certaines écailles, j'ai remarqué que celles des poissons âgés sont très-épaisses, et en réalité plus épaisses qu'elles ne pourraient être si les écailles ne faisaient que s'entourer d'un nouveau cercle chaque année. J'ai découvert que ce que j'avais pris pour une zone circulaire disposée autour de l'écaille primitive n'est autre chose qu'une portion de l'écaille nouvelle, la portion par laquelle celle-ci dépasse en gran- deur l'écaille ancienne. Toutes ces écailles sont intimement unies. » Pour expliquer la formation d'écaillés superposées, Leuwenhoeck admet que l'accroissement des écailles, comme celui des poils, des plumes, des cornes, des arbres, cesse momentanément à la fin de cha- que année pendant une période assez courte : d'autres écailles sont ensuite formées en dessous et viennent s'ajouter aux premières : « Comme les écailles d'un poisson de deux ans surpassent les précé- dentes en accroissement et en dimensions, il en résulte que les écailles d'un poisson de deux ans recouvrent les premières et s'étendent au delà. De môme pour les années suivantes, de telle sorte que les écailles d'un poisson de douze ans se composent de douze écailles ' Anton'ii Leuwenhoeck Continuatio arcanorum naturœ deteclorum, Lugduiii Ba- tavorum, 1722. — Opéra omnia, t. III, epistola 107, p. 191-192. I09fi. — Les vues émises par Leuwenhoeck dans cette lettre se trouvent de uouve'au alfirmées p;ir lui dans une autre lettre dont voici l'indication : Antonii A. Leuwemhoeck Epistolœ physiolugicœ super compluribus nalurœarcanis, Delphis, 1719, epistola XXIV, p. 213. 17] <1. 90 E. BAUDELOT. secondaires superposées et soudées si intimement qu'on ne peut les séparer sans les déchirer en partie. « Si, dans les écailles des poissons, de nouvelles écailles n'étaient pas jointes chaque année aux anciennes, les écailles des plus grands poissons seraient nécessairement très-fragiles, faibles et minces. » On doit ù Réaumur une étude de la matière argentée des écailles, communément désignée sous le nom d'essence d'Orient *. Il recon- nut sous le microscope que cette matière n'est qu'un amas d'une infinité de petits corps d'une iigure très-régulière. « Ce sont, dit-il, autant do lames dont la plupart sont taillées très-carrément; elles forment des rectangles environ quatre fois plus longs que larges. Quelques-unes pourtant ont leurs extrémités arrondies, et quelques autres les ont terminées en pointe. Elles sont toutes extrêmement minces, et à tel point qu'on ne peut apercevoir leur épaisseur ; d'où l'on peut conclure qu'elles sont faites d'une matière qui a beaucoup de solidité. » Réaumur fait cette remarque : que la matière argentée existe pres- que uniquement sur la surface interne de l'écaillé et par hasard seu- lement sur la surface externe. « Cette matière, ajoute-t-il, n'est point appliquée irrégulièrement contre les écailles ; elle y paraît même ar- rangée avec beaucoup d'appareil : elle est recouverte par des mem- branes et elle est contenue dans des vaisseaux ou des espèces de tuyaux dont la direction traverse perpendiculairement la longueur de l'écaillé. » Quant aux usages de la matière argentée, l'opinion de Réaumur est qu'elle contribue directement à la formation de l'écaillé. « Si l'on se rappelle, dit-il, ce que nous avons dit de la matière argentée, des vais- seaux où elle est contenue, de leur position, il semble qu'on ne pourra guère s'empêcher de croire que les écailles du poisson doivent à cette matière leur formation et leur accroissement. La dureté des petites lames et leur transparence font voir que leur nature est tout autre que celle des chairs, qu'elle semble être la même que celle des écailles. Enfin, quand on ne ferait attention qu'à la figure des lames argentées, ne semblerait-il pas qu'elles ont été taillées comme autant 1 Observations sur la matière qui colore les perles fausses et sur quelques autres ma- tières animales d'une autre couleur, à l'occasion de quoi on essaye d'expliquer la for- mation des écailles des poissons, par M. de Réaumur {Histoire de l'Académie royale des sciences, 171C ; Paris, 1718; p. 22'J). ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 91 de petites briques de la manière la plus convenable pour bâtir l'écaillé ? Les vaisseaux dans lesquels elles sont contenues achèvent la preuve ; leurs extrémités ouvertes sont disposées de telle sorte qu'ils fournis- sent des lames pour étendre tout le contour de l'écaillé ; il y en aune infinité dont les extrémités se terminent dans tous les autres endroits : de sorte que si l'on veut dire avec Leuwenhoeck que chaque écaille est composée d'une infinité de couches, dont les plus proches du corps du poisson sont les plus grandes, on trouvera partout les vaisseaux qui fournissent la matière pour les former. » Parlant des lignes concentriques (cannelures, cordons concentri- ques), Réaumur dit qu'elles occupent le bord de chaque couche, qu'elles en marquent la limite et qu'elles indiquent les différents degrés d'accroissement des écailles, tout comme des cannelures analogues indiquent les degrés d'accroissement des coquilles. Quant aux sillons rayonnants (cannelures droites), ils lui paraissent destinés à loger des vaisseaux sanguins. Réaumur donne une bonne description des écailles de la ligne latérale. «Ces écailles, dit-il, por- tent de plus que les autres un petit tuyau sur leur surface extérieure. Ces petits tuyaux, ajustés bout à bout, forment un canal continu, qui sert apparemment à conduire quelque matière, peut-être analogue à cette matière onctueuse qui enduit le corps de divers poissons. » Dans un travail de Roberg 1717*, se trouve reproduite la figure relative à l'Anguille, donnée par Leuwenhoeck. En 1733, parut dans VHàtoire de U Académie royale des sciences un mémoire du médecin Petit sur la Carpe -. La partie de ce mémoire relative aux écailles est, pour ainsi dire, sans importance. L'auteur parle des dimensions des écailles suivant les diverses régions du corps, et il en donne des mesures. Il traite de la manière dont les écailles se recouvrent, de la manière dont elles se trouvent enchâssées dans la îpeau, des sillons de leur face supé- rieure, de la membrane argentée qui recouvre leur face inférieure et du pli membraneux, flottant, qui limite en arrière le bord postérieur, mais tout cela d'une façon extrêmement succincte. Ajoutons cepen- 1 Disseriatio de piscibus, Upsal, 1717. 2 Histoire de la Carpe, par M. Petit, le médecin {Histoire de l'Académie royale des sciences, 1733. Paris, 1735, p. 197, avec 6 planches). 92 E. BAUDELOT. dant que les écailles du canal latéral ont été décrites avec plus de détail et avec une assez grande exactitude. Quelques observations relatives aux écailles se trouvent dans les écrits de SchœfFer, 1761 '. A ces observations se trouvent jointes les figures des écailles de cinq espèces de Percoïdes représentées de grandeur naturelle et amplifiées. Schœfrer signale chez la Perche l'existence des dentelures du bord postérieur de l'écaillo et la direction en arrière de ces dentelures. 11 compare la ligure de l'écaillé à celle d'un Pecten, La description qu'il donne des écailles de la Perche est assez exacte ; il parle des caractères extérieurs et des variations de forme de l'écaillé dans les différentes régions du corps, mais il ne dit rien de la struc- ture intime ni du mode de développement. On trouve dans les Opuscula ^ de Baster (1761) un paragraphe inti- tulé : De squamis piscium. Ce paragraphe, consacré en majeure partie à tout autre chose qu'à l'étude des écailles, non-seulement ne renferme aucune observation nouvelle sur le sujet, mais môme ne contient pres- que rien des observations faites antérieurement. En ce qui concerne le développement des écailles, Baster se contente de reproduire l'opi- nion de Leuwenhoeck. De tout cet écrit de Baster, voici le seul pas- sage qui nous semble mériter une citation : (( Piscis omnis squamosus, glutinis quadam specie magis minusve « tectus est, sub quo membrana, totum piscis corpus ambiens, squa- « masque immédiate subjacentes suo in loco conservans, constituta « est : ita ut piscis, nisi externa accédât vis, amittere has squamas, « aut quotannis commutare nequeat. Quod si casu quodam squamas « aliquot amittat, aliee quidem in amissarum locum succrescunt; si « vero nimia fuerit jactura, mortem sa-pe occumbit piscis. » Au mémoire de Baster se trouve jointe une planche (tab. XV), contenant quarante et une figures d'écaillés, gravées avec assez de soin, mais laissant à désirer sous le rapport de l'exactitude. Ledcrmullcr, dans un ouvrage intitulé Ainmenie.nl microscopique, 1704 ^ donna quelques figures d'écaillés très-amplifiées (tab. XXIX, 1 SciiAF-Pi^ii's Vermisc.hte Schriflni,'2 lîand. .lAcoiii Ciuustiani Sch.-effer Piscium Bavarico-ratisbonensium, 17G1, pcntas, j). Iti, 43, 54, (îa, 78, tab. lY. î JoBi liASTEnI^•l Opuscula subseciva, t. 1, 17o9-176l ; lib. 1II,17';1, p. 127. ■' Amusement mk-roscopique, pnr iMautin Fhoiiicnc Lkuermuleh. Nuremberg, 17(5.'i. ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 93 écailles du Goujon et de laTanche ; lab. XXXVIIl, écaille de la Perche ; tab. LIX, écaille de la Merluche ; tab. XCIII, écaille de l'Anguille). Ces figures, exécutées plutôt au point de vue de l'effet optique que dans un but véritablement scientilique , n'offrent aucun intérêt réel; les descriptions qui les accompagnent sont nulles ou sans valeur, et révè- lent chez l'auteur une tournure puérile. Je me borne à citer en passant une observation de Fontana ' sur le gluten des Anguilles; cette observation très-courte n'a, du reste, au- cune importance. Broussonnet, en 1787, publia dans le Journal de physique quelques observations relatives aux écailles'-. Il s'attacha à démontrer l'existence des écailles dans un certain nombre de poissons chez lesquels la pré- sence de ces organes avait été niée ou bien avait été révoquée en doute. Tels sont les genres Cépola, Rémora, Ammodyte, Anguille, Scom- bre, etc. Les descriptions données par Broussonnet sont fortsuccinctes et ne sont point accompagnées de figures; elles ne renferment en outre aucun détail relatif à la structure. Le traité d'histologie de G. -F. Heusinger, publié en 1823% renferme au sujet des écailles quelques pages qui méritent d'être signalées : Heusinger range les écailles dans la classe des tissus cornés {Horn- gewebe). Il les distingue, d'après leur situation relative, en imbri- quées [squatnge imbricatx), en contiguës {squamse contigux) et en isolée^ [squarnx remotx). Quelques genres de poissons seulement, dit-il, pa- raissent manquer complètement d'écaillés {Myxine, Petromijzon, Cyclo- 'pterus,Lophius). Nous devons à Heusinger un premier essai de classification des pois- sons fondée sur le mode de structure des écailles. Il partage les pois- sons pourvus d'écaillés {Schappengebilde) en cinq groupes : 1" Le premier groupe comprend les poissons dont les écailles sont ' Fontana, Sur levenhi delà vipère, Florence, 1781, vol. TI, p. 254, "- Observations sur les écailles de plusieurs espèces de poissons qu'on croit communé- ment d<'pour vues de ces parties, pai- M. Broussonnet {Journal de physique, 1787, t. XXXI, p 12). ^System der Histologie, xouCarl Friedrich Heusixger. ErsterTheil. Histogra- phie, p. 226. Eisenach, 1823, avec 4 planches. La planche 4 contient plusieurs figures relatives aux écailles. iU E. BAUDELOT. petites et encore entièrement cachées dans la peau [Anguilla, Murxna, Blennius, Muncnop/iis, etc.); 2° Le deuxième groupe renferme les poissons ayant des écailles pro- prement dites (Carpe, Brochet, Truite, etc.). L'auteur donne de ces écailles une description succincte, et il admet touchant leur structure l'opinion de Leuwenhoeck, c'est-à-dire que chaque écaille se compose de lamelles ou feuillets superposés, dont le plus petit se trouve situé en dehors au-dessous de l'épiderrae ; 3" Au troisième groupe appartiennent les poissons dont les écailles sont fortement dentelées à leur bord libre, , ceux de la famille des Ghétodons, par exemple ; 4° Le quatrième groupe comprend les poissons pourvus d'écaillés osseuses [Knochenschuppen). Par leur tissu ainsi que parleur forme, ces écailles ressemblent aux écailles proprement dites, mais elles renferment une si grande quantité de calcaire qu'elles offrent l'aspect d'os durs ; généralement elles ne sont pas imbriquées, mais isolées ou simplement contiguos ; leur surface est souvent munie de pointes {Lepisosteus et plusieurs espèces des genres Triglu^ Cottus, Silurus, Gasterosteus, etc.); 5° Dans le cinquième groupe se trouvent compris les poissons dont la peau est revêtue de plaques osseuses [Knochenplatten). Ces plaques offrent moins de ressemblance avec les vraies écailles que les écailles osseuses du groupe précédent ; ce sont des pièces osseuses épaisses qui forment une cuirasse solide autour du poisson (Ostracion, Dindon, Si/rujtKtthus, Hippocatiipus, Accipenser, etc.). Dans les groupes qui précèdent ne sont pas compris les Sélaciens. Heusinger en fait une division à i)art, caractérisée par le mode de conformation des pièces cutanées [Stachelyehilde), dont la structure se rapproche tout à fait de colle des dents. Voici ce qu'il dit à ce sujet : (( Dans quelques poissons les écailles osseuses offrent une courbure encore plus prononcée vers l'extérieur; leur face interne se creuse d'une sorte de cavité destinée à renfermer un germe, ce qui fait res- sembler les écailles aux dents et aux cornes : celle ressemblance devient encore plus marquée dans les piquants qui remplacent les écailles dans certains genres de poissons, par exemple dans la famille des Sélaciens, chez les Diodons et les Tétraodons. » Après une courte description des boucles de la Eaja clavafa, Heusinger ajoute : « Les pi- quants dentiformes que l'on observe dans la peau d'autres Raies et des Squales sont semblablement conformés, offrant seulement des ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 95 différences soit dans la grandeur, soit dans la forme. » Enfin, au sujet des aiguillons de certaines Raies {Trygon), il dit : « Ces piquants ont un mode d'implantation tout à fait semblable à celui des dents, et ils leur ressemblent complètement par leur structure. Le passage des écailles aux dents se trouve de cette manière parfaitement démontré. » En 1824 et 1829 parut un travail du docteur Kuntzmann sur les écailles des poissons '. Ce travail, fort étendu, bien que resté inachevé, est d'une impor- tance relativement considérable par rapport à tous ceux qui l'ont précédé. L'auteur y décrit la forme des écailles, leurs rapports avec la peau, leur disposition à la surface du corps des poissons, leurs formes et leurs dimensions selon les divers points du corps ; enfin il compare les écailles avec les pièces de recouvrement d'autres ani- maux. Relativement à la forme des écailles, Kuntzmann fit une remarque intéressante et qui mérite de fixer l'attention, puisqu'elle contient en germe, pour ainsi dire, l'idée que devait développer quelques années plus tard M. Agassiz dans sa Classification des poissons. Schœffer s'était attaché à faire ressortir les différences qui existent dans les écailles d'un même poisson. Kuntzmann, se plaçant à un point de vue tout à fait opposé, s'exprime ainsi- : « S'il est vrai que l'on ne trouve pas aisément des écailles absolument semblables, cependant l'écaillé de chaque espèce de poisson a quelque chose de caractéristique, et mes recherches m'ont fait acquérir la certitude que les écailles des pois- sons peuvent fournir des caractères susceptibles de conduire i\ une connaissance plus exacte de l'espèce, et que l'on peut reconnaître quelques genres et même quelques espèces d'après la simple inspec- tion des écailles. Il en est des écailles exactement comme des feuilles des végétaux; rarement aussi on trouve deux feuilles exactement semblables, et cependant souvent on reconnaît les plantes rien que 1 Bemerkungen iiber die Schuppen der Fische, von Doctor Kuntzmann {Verhandluti' gen der GeseUschaft naiurforschender Freunde in Berlin, 1824, p. 209, pi. XI, XII, XIII; iàid., 18-29, p. ;!09, pi. XVI). 2 « Wenu iiun, gleich es wahr ist, das mau nicht leichtzwei Schuppen finden wird, die sich in allein voUkommen gleich sind, so hat demnoch die Schuppe eines jeden Fisches etwas characteristiclies, und meiiie Untersuchungen haben mir die Gewiss- heit verschafft, dass die Schuppen der Fische eine Bestimmung mehr zu genauen Kenntniss der Art geben, und dass man manche Gattung, so selbstmanche Art au der blosen Schuppe erkennen kann. » 9G E. BAUDELOT. d'après leurs feuilles. Celles-ci peuvent donc fournir un caractère au moins pour la détermination de chaque plante. » Dans ses observations relatives au tissu des écailles, Kuntzmann constate l'indestructibilité des écailles dans l'eau; même après macé- ration durant une année, il n'y a pas, dit-il, de ramollissement mar- qué ; les écailles brûlent à la ilamme comme une mince plaque de corne et en répandant une odeur semblable. Kuntzmann combat l'opinion de Leuwenhoeck, d'après laquelle les lignes concentriques de la face supérieure de l'écaillé pourraient servir à indiquer l'âge d'un poisson, « Si l'on considère, dit-il, les écailles d'une jeune Carpe et celles d'une Carpe plus âgée, on ne dé- couvre aucune différence manifeste relativement au nombre des lignes concentriques, différence qui devrait nécessairement se pro- duire si l'hypothèse de Leuwenhoeck était fondée. » Au moyen de coupes passant par le centre des écailles, Kuntzmann reconnut que la face inférieure de l'écaillé est entièrement plane et lisse, que l'épaisseur de l'écaillé va en s'accroissant du bord jusqu'au centre, et que l'accroissement en épaisseur a lieu seulement du côté externe. Kuntzmann reconnut au microscope que le tissu de l'écaillé est feuilleté, que les couches ou feuillets ne comprennent point toute la largeur de l'écaillé, mais qu'elles se composent de feuillets plus petits et discontinus. Les feuillets situés le plus en dehors, dans le voisinage du point médian, sont les plus solides, mais ils vont en dimi- nuant de consistance de la face supérieure vers la face inférieure, où ils Unissent par dégénérer en tissus membraneux. La couche inférieure est formée par une membrane résistante, recouverte d'une iine mem- brane. C'est entre ces deux lames que se trouvent situées les petites plaques quadrangulaires que Réaumur dit renfermées dans des vais- seaux. Relativement au mode d'accroissement de l'écaillé, Kuntzmann se rattache à l'opinion de Réaumur : <( D'après mes recherches, dit-il, je présume que ces petites plaques quadrangulaires doivent être consi- dérées comme un précipité, un dépôt du nuicus, et qu'elles contri- buent directement à l'accroissement de Técaille, et que cet accroisse- ment a lieu non-seulement au bord, mais dans toute la largeur de récaille, comme le prétend Réaumur. Ce mode d'accroissement est une conséquence de la structure que présentent les écailles àpartirdeleur première formation, car les écailles d'un jeune poisson et celles d'un poisson plus âgé, de même espèce, ne diffèrent en rien d'essentiel ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 97 que sous le rapport de la grandeur. Ce mode de formation peut encore servir à expliquer la différence des écailles dans les différentes espèces, principiilement la différence des lignes concentriques, qui se montrent tantôt larges, tantôt étroites; tantôt droites, tantôt courbes; tantôt entières, tantôt interrompues, suivant telle ou telle espèce. » Nous devons à Kuntzmann un essai de classification des écailles, classification entreprise dans le but de faciliter la connaissance et la détermination des principales sortes d'écaillés. Kuntzmann divise les écailles en six classes, en faisant remarquer qu'il y a entre ces classes des transitions tellement insensibles, que certaines écailles pourraient être placées aussi bien dans une classe que dans l'autre. Voici ces classes : 1° Les écailles membraneuses {hautigen Schuppen), celles qui ne pré- sentent point de lignes concentriques. A l'état frais, elles ont l'aspect d'une fine membrane ; à l'état sec, elles laissent apparaître des lignes concentriques irrégulières (Gadus Iota); 2° Le?,demi-memhvAneuses{halbhaiiftgen), celles qui dans leur moitié postérieure ressemblent aux écailles membraneuses, mais dont la moitié antérieure est marquée de lignes concentriques incomplètes ou d'autres lignes longitudinales qui croisent celles-ci {C/ujjea ha- rengm); 3° Les écailles simples (einfac/ten), celles qui possèdent des lignes concentriques sur toute la surface, sans que ces lignes forment un dessin particulier par le ftùt du croisement d'autres lignes {Saltno salar) ; 4" Les écailles ornementées (gezeichtieten), celles dont les lignes concentriques forment un dessin régulier en outre du dessin inhérent h la ligne concentrique elle-même [Murxna anguilla) ; 5° Les écailles divisées en plusieurs champs [gefelderten), celles sur lesquelles existent des ornements multiples qui partagent l'écaillé en quatre champs bien nets. Ces divers champs, de forme ordinairement triangulaire, se rencontrent en un point, qui le plus souvent est en même temps le centre des lignes concentriques {Cgprinus carp/'o) ; 6" Les écailles munies de piquants (gestachelte). Elles sont aussi divisées en quatre champs. Le champ postérieur porte des piquants dans une portion plus ou moins étendue de sa surface, ou parfois seulement sur son bord libre. Sous l'influence de la macération, les piquants qui adhèrent à l'écaillé s'en détachent, et l'on reconnaît avec évidence qu'ils ne sont point un prolongement de l'écaillé, mais AHCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. -= T. IT. 1873. 7 98 E. BAUDELOT. qu'ils prennent leur point d'appui dans la peau qui recouvre l'écaillé. Parfois on ne rencontre point de piquants sur ces écailles, mais seu- lement des saillies minces qui représentent la base des piquants. Les piquants tombent fi certaines époques, expulsés par d'autres qui crois- sent au-dessous des premiers. Ce fait paraît établir l'existence d'une sorte de mue, comme chez les amphibies. Telles sont les écailles de Scorjjc'iie ,' 7° Les écailles épineuses [gedorute), qui sont aussi divisées en plu- sieurs champs. Le champ postérieur est muni d'épines, soit dans une portion plus ou moins étendue de sa surface, soit seulement à son bord postérieur. Ces épines sont des prolongements propres de l'écaillé, elles ne s'en séparent pas par la macération; aussi, à cause de ce point de ressemblance avec les épines des végétaux, les écailles de ce groupe méritent- elles d'être appelées écailles épineuses ^ afin de les distinguer de celles du groupe précédent (Perça iucioperca). Après avoir établi ces sept classes, Kuntzmann passe en revue un certain nombre de types appartenant à chacune d'elles. Il est aisé de s'apercevoir que ce mode de classement conduit à des rapprochements tout à fait artificiels. A propos des différents types cités comme exemples, Kuntzmann donne une courte description de chaque sorte d'écaillo avec une figure correspondante. En 1833, Ehrenberg' décrivit les cristaux de la matière argentine déjà étudiée précédemment par Réaumur. A sa description se trouve jointe une analyse de cette matière faite par Henri Rose. Par la publication des premières livraisons de son grand ouvrage sur les poissons fossiles (1834)^, M. Agassiz rappela très-vivement l'at- tention des zoologistes vers l'étude des écailles. Ayant pris ces organes pour base de sa classification, il dut naturellement accorder un soin tout particulier à l'étude de leurs caractères extérieurs; mais, comme ces caractères ne sont eux-mêmes qu'un refiet de la structure inté- rieure, l'auteur ne négligea point de s'occuper des diverses ques- tions relatives à cette structure. Dans l'exposé de ses recherches, M. Agassiz débute par quelques con- sidérations sur la structure de la peau, sur la position des écailles et sur leur mode d'imbrication. » Annales de Poggendorf^ vol. XXXVIII, Leipzig, 1833, p. 470. 2 liachirches sur les poissons fossiles, 2e livraison. Neucliâlel, 1834, vol. I, p. 2C et suivantes. ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 99 « La position des écailles, dit-il, est très-variée; cependant on dis- tingue ordinairement des séries assez régulières pour qu'on puisse en déterminer la position avec précision, surtout pour les écailles im- briquées. Les séries sont disposées obliquement d'avant en arrière, depuis le milieu du dos jusqu'au milieu du ventre ; on pourrait appeler ces séries les séries dorso-ventrales. Il est nécessaire de distinguer encore les demi-séries supérieures et inférieures ; j'appellerai séries médio-dorsales celles qui s'étendent de la ligne latérale au dos, et je distinguerai les séries médio-dorsales antérieures et postérieures, suivant que l'on voudra indiquer celles qui sont dirigées d'avant en arrière ou celles qui sont inclinées d'arrière en avant. 11 en sera de môme des séries inférieures à la ligne latérale, que j'appelle médio-ventrales : celles qui, de la ligne latérale, s'étendent en arrière et en bas seront les médio-ventrales postérieures ; celles qui se dirigent en avant, les médio-ventrales antérieures. )> Passant ensuite à l'examen de la structure et du développement, M. Agassiz s'exprime ainsi : «Les écailles sont contenues dans des cavités muqueuses ou dans de petites pocbes formées par le chorion, auxquelles elles n'adbèreut cependant pas par des vaisseaux. Elles sont formées de lamelles ou de feuillets cornés ou calcaires, superposés les uns aux autres, et qui sont sécrétés à la surface du chorion ; ces feuillets s'attachent su€cessi- veraentàla surface inférieure des précédents, avec lesquels ils se soudent par des couches de mucus durci. Pour se faire une juste idée de ce déve- loppement, il faut l'examiner d'abord dans les genres de poissons 011 les écailles paraissent présenter ces dispositions h l'état le plus simple, par exemple dans les Anguilles, les Blennies, les Cobites et les Leuciscus. Il est facile de s'assurer que les lignes concentriques du bord antérieur et celles du bord postérieur sont continues les unes aux autres. » Pour appuyer sa théorie, qui, du reste, n'est autre, comme on le voit, que celle de Leuwenhoeck, M. Agassiz fait appel à l'expé- rience : « Après avoir fait macérer des écailles pendant quelque temps dans de l'eau, on parvient aisément, dit-il, à les diviser en un grand nombre de lames ou de feuillets plus ou moins épais et de différente gran- deur, mais qui ont tous la forme de l'écaillé : ces feuillets sont super- posés de telle sorte que les plus petits occupent le centre de l'écaillé et forment sa partie extérieure, tandis que les plus grands, débordant 100 E. BAUDELOT. les précédents, sont soudes successivement à leur surface inférieure. Ainsi l'on voit évidemment que les lignes concentriques, qui sont visibles ;\ la surface extérieure des écailles, sont simplement les bords des feuillets qui les composent. » Au sujet des sillons rayonnants, M. Agassiz exprime l'opinion que « ce sont des cannelures au bord de la surface extérieure, qui cor- respondent d'un feuillet à un autre et se multiplient pendant l'accrois- sement de l'écaillc. » Quant aux lobes du contour de l'ccaille, voici ce qu'il en dit : « Lorsque ces lobes sont acérés, en forme de dentelures ou de serra- tures très-aiguës et qu'ils ne se trouvent que sur le dernier feuillet (les précédents disparaissent successivement en s'émoussant), il en résulte des écailles dont le bord est en scie simple ; mais lorsqu'il s'en trouve sur plusieurs feuillets consécutifs, le bord de l'écaillé est hérissé de plusieurs rangées de piquants ; elle est alors très-âpre au toucher. » Ce qui caractérise surtout le travail de M. Agassiz, c'est sa ten- tative d'établir les principales divisions de la classe des poissons en se basant sur la forme des écailles. Je citerai encore ici ses propres pa- roles : « J'ai cru trouver, dit-il ', dans les différences que présentent les écailles, un moyen de traduire d'une manière plus exacte les affi- nités naturelles de tous les poissons. Ce qui ne peut du moins être contesté, c'est que les animaux de cette classe ont dans leurs tégu- ments squammeux un caractère qui leur est propre et qui n'existe ainsi dans aucune autre classe. Voici les ordres et les noms des prin- cipales familles : (( Premier ordre. Les Placoïdes. — Ainsi nommés à cause de l'irrégu- larité que présentent les parties solides do leurs téguments ; ce sont des amas d'émail de dimensions souvent considérables ou réduits quelquefois à de petites pointes, comme les boucles des Raies et les différents chagrins des Pastenagues et des Squales. «Deuxième ordre. Les Ganoides. — Le caractère commun à tous est la forme anguleuse de leurs écailles, qui sont composées de deux sub- stances, savoir : de feuillets cornés ou osseux, déposés les uns sous les autres et recouverts d'une couche épaisse d'émail (Sclérodermes, Gymnodontes , Lophobranches , Goniodoiites , Silures , Esturgeons , Polyptères, Lépisostés, etc.). 1 Poissuns fossilen,'-}'^ livraison. NrnchAlol, l8à/( {Feuilleton additionnel, \).^), ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. loi (( Troisième ordre. Les Cténoïdes. — Les écailles sont formées de lames pectinées à lem' bord postériem-; les peignes de ces nombreuses lames, qui sont superposées les unes aux autres, de manière à ce que les inférieures débordent toujours les supérieures, rendent ces écailles âpres au toucher (Chétodons, Pleuronectes, Percoïdes, Polyacanthes Sciénoïdes, Sparoïdes, Scorpénoïdes, Aulostomes). « Quatrième ordre. Les Cycloïdes. — Les familles qui appartiennent à cet ordre ont des écailles formées par des lames simples et à bords lisses, ce qui n'empêche pas que leur surface extérieure ne soit fré- quemment ornée de différents dessins empreints sur toutes les lames à la fois dans leur partie extérieure et qui n'est pas recouverte (Labroïdes, Muges, Athérines, Scombéroïdes, Gadoïdes, Murénoïdes, Lucioïdes, Salmones, Clupes, Cyprins), En '1839 parut dans les Annales des sciences yiaturelles un travail de M. Mandl sur la structure des écailles ^ Ce travail, assez étendu, comprend trois chapitres. Le premier ren- ferme un exposé historique du sujet. Le second est consacré à l'étude de la structure et de la formation des écailles. Le troisième traite des écailles considérées comme caractères de classification. Je vais essayer de donner une analyse succincte de ces divers cha- pitres. Jusqu'à M. Mandl tous les auteurs étaient restés d'accord pour regarder les tissus de l'écaillé comme le produit d'une sécrétion et comme formés par des couches homogènes superposées, pareilles à celles que l'on remarque dans le test des coquilles bivalves. Cette opinion, émise pour la première fois par Leuwenhoeck et adoptée sans modification par tous les auteurs qui le suivirent, excluait toute idée de tissus susceptibles de recevoir des matières nutritives, de les élaborer et de parcourir plusieiu's degrés de développement, excluait en un mot toute idée d'une vie interne et d'une véritable organi- sation. Dans son travail, M. Mandl s'attache précisément à établir l'exis- tence de cette organisation. Selon M. Mandl, la plupart des écailles sont composées de deux couches superposées : l'une inférieure, composée de lamelles dont la structure rappelle celle des cartilages 1 Recherches sur la structure intime des écailles des poissons, par le docteur Mandl. [Annales des sciences naturelles, 1839, 2^ série, t II). 402 E. BAUDELOT. fibrineiix; raiilre supcrieure, offrant la structure des cartilages à cor- puscules. M. MandI étudie avec détail chacune des particularités distinctives de ces deux couches. \° Couche supérieure. — A l'étude de la couche supérieure se rat- tachent l'étude des canaux longitudinaux, l'étude des lignes cellu- laires et celle des corpuscules. (a) Canaux longitudinaux. — M. Mandl appelle canaux longitudi- naux ou lignes longitudinales les sillons qui se portent en rayonnant du centre de l'écaillé vers la périphérie. D'après lui, ces lignes par- courent tous les degrés de formation depuis celui d'une simple rigole jusqu'à celui d'un canal parfaitement fermé. Ces canaux tendent vers un point commun, le foyer, qui est un centre de nutrition, im lieu où le tissu se trouve dans son développement. M. Mandl pense que ces canaux servent au transport des sucs nutritifs de la peau vers le centre de la nutrition; ils remplissent le rùle de véritables vaisseaux . nourriciers. (b) Lignes cellulaires. — M. Mandl désigne sous ce nom les lignes ou crêtes concentriques parallèles au contour de l'écaillé. Il repousse l'opinion d'après laquelle les lignes concentriques ne seraient que les bords saillants de couches sécrétées et superposées; d'après lui, ces lignes doivent leur origine à des cellules spéciales qui primitivement se forment dans la couche supérieure de l'écaillé; peu à peu ces cellules se remplissent, s'allongent et finissent par représenter des lignes plus ou moins larges, dont le bord inégal peut seul révéler la véritable nature. (c) Corpuscules. — M. Mandl est le premier qui ait signalé dans le tissu des écailles l'existence de corpuscules particuliers. Ces corpus- cules, qu'il prit à. tort pour des cellules de cartilage, ont été décrits par lui de la manière suivante : « Ces corpuscules sont jaunâtres, d'une forme oblongue, plus ou moins elliptiques. Près du bord de l'écaillé ils diminuent de grandeur pour ne former enfin qu'une espèce de granulation, ce qui se remarque aussi quelquefois autour des canaux longitudinaux. Examinés à un grossissement plus fort, on voit qu'ils présentent quelquefois les côtés légèrement renflés, que leurs bouts arrondis sont d'autres fois réunis à de très-petits corpuscules ou irrégulièrement limités ; ils deviennent très-pàles et forment de grandes plaques dans le foyer. Leur longueur ordinaire est d'un centième de millimètre ; mais, ainsi que je l'ai déjà exposé, cette grandeur est très-variable. Ces corpuscules paraissent ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 103 disposés en séries très-réguli6res, leurs directions s'entrecoupent quel- quefois de manière à former des sortes de croix. Les acides les rendent transparents. Ces corpuscules sont renfermés dans un tissu parti- culier qui est situé au-dessus de la couche inférieure de l'écaillé. Ce tissu est un tissu amorphe comme celui où sont déposés les corpuscules des os. Le tissu qui compose la couche supérieure de récaille se rapproche ainsi du tissu des cartilages à corpuscules non ossifiés. » 2° Couche inférieure. — Au-dessous de la couche à corpuscules se trouve la couche inférieure, couche fibreuse, composée de lamelles fibreuses dont les fibres s'entre-croisent sous des angles réguliers, mais qui toutes suivent la même direction dans la même lamelle. Cette dis- position se rapproche tout à fait de celle des cartilages fibrineux. La couche inférieure est plus épaisse au foyer de l'écaillé et plus mince aux bords; c'est elle qui forme le fond des canaux longitudi- naux au voisinage du bord des écailles. M. Mandl s'étend assez longuement sur la structure des piquants des écailles, qu'il assimile à de véritables dents. Ces piquants, dit-il, montrent une organisation pareille à celle des dents; on découvre d'abord un germe entouré d'un sac ; ce germe se développe peu à peu, acquiert des racines, et l'on y distingue des couches diffé- rentes. Les dents offrent leur minimum de développement dans le voisinage du foyer et leur maximum près du bord terminal. Dans les nombreuses séries de dents du Mugil cephalus, on peut étudier en détail le déve- loppement successif des dents. Dans les séries les plus voisines du foyer, il existe des sacs ronds avec un germe rond au dedans ; plus tard le sac s'allonge en pointe, la base des dents apparaît, les racines se développent, le bout pointu des dents se forme, et la dent entière se confond enfin avec le sac. Les dents qui se trguvent le plus près du foyer, ou plutôt ces germes de dents, ne sont que peu distinctes, car elles sont recouvertes de corpuscules et de lignes cellulaires inter- rompues. Quant au mode de formation de l'écaillé, M. Mandl s'attache d'abord à établir une distinction entre la formation de la couche supérieure et celle de la couche inférieure. La couche supérieure, composée des cellules, des corpuscules et de 404 E. BAUDELOT. la matière fondamentale qui les contient, prend son développement par des accroissements qui ont lieu dans la périphérie autour des lignes cellulaires. La couche inférieure s'accroît par la formation de nouvelles la- melles au-dessous des précédentes. Les éléments nécessaires pour la formation de ces lamelles sont apportés par les canaux longitudinaux. Les anciennes lamelles étant les plus petites, cela explique pourquoi l'épaisseur de l'écaillé doit augmenter à mesure que l'on se rap- proche du foyer. Relativement à l'importance des écailles considérées comme élé- ments de classification, voici ce que dit M. Mandl : « Les écailles gardant la môme forme, non-seulement sur le même individu, mais sur tous les individus de la même espèce , elles sont essentiellement différentes chez des individus d'une autre famille : elles constituent des séries de formes différentes, séries qui entre elles sont bien distinctes, mais dont les termes offrent entre eux tous les degrés de transition. Les écailles peuvent donc servir de ca- ractère naturel dans la description et la classification des poissons. « A quel point les écailles peuvent-elles offrir des signes distinctifs entre les espèces, les genres et les familles? L'étude détaillée et suivie d'un grand nombre d'individus peut seule décider cette question. Il se pourrait que la même forme se retrouvât sur des familles différentes, et que les autres caractères dussent concourir à opérer la classifi- cation. Jusqu'à présent nous avons trouvé des formes bien distinctes et caractéristiques pour chaque famille. Si nous n'avons pu pousser nos recherches jusqu'à la distinction des genres et des espèces, c'est faute d'un nombre suffisant d'individus. Nos observations ultérieures nous éclaireront à ce sujet. » Si l'on se rappelle ce que nous avons dit plus haut touchant l'opi- nion de M. Agassiz, on voit que le célèbre auteur des Poissons fossiles se trouvait directement atteint par le fait des recherches de M. Mandl. Aussi, dans une lettre adressée à l'Académie des sciences', attaqua- t-il très-vivement les résultats énoncés par ce micro graphe. Qualifiant ces résultats d'assertions singulièrement légères, il conclut en disant que la description qu'il avait donnée précédemment de la structure ^Remarques sw' la structure des écailles depoissons,ex[va.ïid'unr , • 'vk\ de M. Agassiz adressée ;i rAcadémie des scienc(:s dans sa séance "Si ^ février 1840 {Annales des sciences naturelles, 2"^ série, t. Xlli, 18'i0). ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. lOo des écailles était exacte et que la manière de l'envisager de M. Mandl était fausse en tous points. M. Mandl répondit à la lettre de M. Agassiz par une contre-lettre également adressée à l'Académie'. Pour lui, les écailles sont toujours des corps organisés, un véritable tissu vivant, susceptible de se nour- rir et de s'accroître par intussusception. Répondant à chacune des critiques de M. Agassiz par une affirmation nouvelle en sens contraire, il accusa son adversaire d'avoir sur quelques points ou mal compris ou mal interprété sa pensée. M. Agassiz ne s'en tint pas. du reste à la lettre que j'ai mentionnée il y a quelques instants ; en 1840, il publia dans les Annales des sciences natw^elles un mémoire assez étendu -, dans lequel, reprenant un à un les faits étudiés par M. Mandl, il les soumit à une critique des plus sévères. Après quelques considérations sur la structure de la peau, M. Agas- siz s'occupe successivement : 1° des canaux longitudinaux ; 2° des lignes cellulaires ; 3" des corpuscules; 4° de la couche fibreuse ; o" du foyer ; 6° des dents. M. Agassiz nie d'abord l'existence de véritables canaux longitudi- naux et le rôle de ces prétendus canaux comme servant à la nutri- tion de l'écaillé. Relativement aux lignes cellulaires, M. Agassiz croit pouvoir affir- mer sans crainte que M. IMandl a été induit en erreur par une illusion d'optique, et qu'il a pris pour des cellules les légères échancrures du bord des lames d'accroissement des écailles. Les corpuscules, dit M. Agassiz, ne sont point logés dans l'épaisseur de l'écaille, comme le pense M. Mundl, mais, au contraire, près des faces supérieure et inférieure : car, pour peu que l'on gratte légère- ment l'une de ces faces ou que par une légère macération on en en- lève quelques lamelles, les corpuscules disparaissent aussitôt. En conséquence, il pense que ceux de dessous sont des lamelles non en- core complètement formées, et ceux de dessus des lamelles usées par le frottement des écailles les unes contre les autres. Au sujet de la couche fibreuse, M. Agassiz s'exprime ainsi : a II en 1 Nouvelles Observations sur la structure des écailles des poissons, extrait d'une lettre de M. Makdi. à l'Académie des sciences (séance du 24 février 1840), h. l'occasion des remarques de M. Agassiz (Annales des sciences naturelles, "2« série, t. XIII, 1840). 2 Observations sur la structure et le mode d^tccroissement des écailles des poissons ; réfutation des objections de M. Mandl {Annales des sciences naturelles, 2^ série, t. XIV, 1840), par M. Agassiz. 106 E. BAUDELOT. est de cette couche fibreuse, que M. Mandl décrit comme servant de base à la substance cellulaire des écailles, à peu près comme des cel- lules elles-mêmes, c'est-à-dire que son existence n'est fondée que sur une erreur d'observation. On sait que tout tissu fd)reux (tondons, tissu cellulaire, etc.) donne du gluten lorsqu'on le soumet à l'ébulli- tion : or jamais des écailles bien nettoyées ne produisent cette sub- stance. De plus, à l'exception de quelques écailles, les coupes que j'ai faites ne m'ont jamais présenté deux substances distinctes; j'ai, au contraire, observe constamment la môme composition dans les couches supérieure et inférieure. M. Mandl dit avoir aperçu des fibres en grattant ou en déchirant l'ccaille ; voici ce qui a pu donner lieu à cotte illusion. Les lamelles inférieures des écailles sont toujours les plus jeunes, et l'on conçoit qu'elles aient moins de consistance que les anciennes ; de façon qu'en déchirant ou grattant cette substance cornée qui est encore molle, on obtient toujours quelque chose qui ressemble plus ou moins à des fibres. » Selon M. Agassiz, le foyer n'est autre chose que la portion la plus ancienne de l'écaillé dont les lamelles supérieures se sont usées par l'exfoliation ou le frottement. Quant aux dents décrites par M. Mandl, M. Agassiz s'attache à dé- montrer par quelques explications comment l'existence de vérita- bles dents pourvues de racines et d'un sac dentaire repose sur une simple illusion d'optique. De l'ensemble des faits qui précèdent M. Agassiz conclut que tout ce que que M. Mandl a avancé sur la structure intime des écailles est complètement erroné. Voici, d'après lui, comment il faut comprendre le mode do formation des écailles : L'écaillé du poisson est une sécrétion ciùdermoïdale absolument analogue à celle des ongles. Comme les ongles, les écailles se compo- sent de lamelles très-fines d'une substance cornée , superposées dans Tordre de leur formation. L'organe sécréteur est la poche épidermoï- dalo, dans laquelle elles sont enfoncées par leur bin-d antérieur. Les lamelles nouvellement formées sont plus molles, mais de môme composition que les plus anciennes. La poche grandit à mesure que l'écaillc se développe, de ti^llc sorte que les lames nouvellement dé- posées sont toujours plus grandes que les anciennes. Les lignes concentriques sont le reflet des bords des lamelles superposées; aussi sont-elles plus nombreuses chez; les poissons âgés^ que che? les jeunes. ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 107 L'écaillé s'use principalement autour du foyer par le frottement des écailles entre elles et par l'exfoliation. Le foyer et les corpuscules de la face extérieure ne sont que les résultats de cette usure ; on ne les trouve pas dans les écailles non imbri({uées, comme celles de l'An- guille, par exemple. La composition par lamelles s'observe très-faci- lement au moyen de coupes, sur lesquelles on voit des lignes horizon- tales superposées et de légères crénelures à la face extérieure, dont chacune répond à une ligne concentrique. Les prétendues dents ne sont que les dentelures des bords postérieurs des lames. Dans les écailles à bord simplement en scie, chaque échancrure d'une lame nouvelle correspond à l'ancienne, et il en résulte une dentelure, simple. Dans les écailles à plusieurs rangées de dentelures, les échancrures des nouvelles lames ne correspondent point à celles des anciennes ; de là résulte une disposition en quinconce. Les dentelures s'usent du foyer au bord, de même que les lamelles ; c'est ce qui fait que chez de très-jeunes Perches, par exemple, les dentelures occupent encore le foyer même; chez la Perche âgée, au contraire, on voit un large foyer occupé par des restes de lamelles, et les dentelures n'y sont visibles que près du bord de l'écaillé. Dans l'année qui suivit le débat survenu entre MM. Mandl et Agas- siz relativement à la structure des écailles, Peters, qui de son côté s'était occupé de la question, donna dans les Archives deMùller, 1841 *, un résumé critique des observations de ces deux auteurs. Le travail de Peters renferme d'abord quelques considérations gé- nérales sur la structure de la peau des poissons. Sur un poisson d'eau douce, on distingue dans la peau qui recouvre les écailles les couches suivantes : 1° un épidémie composé de cel- lules pavimenteuses que l'on rencontre en grande quantité dans le mucus des poissons ; 2" une couche de cellules pigmentaires ; 3° une couche qui constitue la peau proprement dite et qui est composée de fibres de tissu conjonctif formant des loges pour les globules graisseux; 4° immédiatement sur la face externe des écailles une membrane extrêmement fme, distincte de la peau, et sur laquelle on aperçoit des sillons concentriques et des crêtes longitudinales correspondant aux crêtes concentriques et aux sillons longitudinaux de l'écaillé. Cette membrane est composée de fibres fmes entre-croisées, entre- 1 Bericht iiUr den microscopischen Bau der Fischschuppen, vou doctor Peters, p. ccïx, MuUer' s Archiv, lUi). 108 E. BAUDELOT. croisement d'où résultent les crénelures des crêtes concentriques. Ces fibres se gonflent fortement par l'action de l'acide acétique, ca- ractère qui appartient évidemment aux fibres de tissu conjonctif. La portion supérieure ou externe de l'écaillé présente encore une couche très-mince, inséparable, qui sous l'action de l'acide acétique laisse apercevoir des fibres et qui se laisse difficilement détruire par la combustion. Ces connexions étroites de la peau avec l'écaillé permettent de comprendre comment par le fait de l'accroissement l'aspect de la sur- face peut se modifier sans qu'il y ait exfoliation. La face interne des écailles iOp/u'dium, Lota, Cyprinus, Perça) offre également des adhérences plus ou moins intimes avec la peau. Selon Peters, les écailles ne sont pas renfermées dans l'épiderme, mais dans la peau elle-même ; elles ne peuvent donc être une sécré- tion cornée du premier. Ainsi que Mandl, Peters admet dans toutes les écailles l'existence d'une couche inférieure plus molle, lamelleuse, consistant en un cartilage fibreux; il repousse l'opinion d'Agassiz d'après laquelle le nombre des lamelles concorderait avec le nombre des, stries concen- triques de la face supérieure. De ce que l'écaillé ne donne point de gélatine par la coction, ce n'est pas une raison, dit Peters, pour lui refuser avec Agassiz la nature cartilagineuse, puisque la gelée extraite du cartilage des pois- sons ne fournit pas de gélatine. De plus, ajoute-t-il, le tissu cartila- gineux se dissolvant par l'action de l'eau bouillante, il se trouve démontré par là qu'il n'est pas de nature cornée. Relativement aux corpuscules des écailles, Peters prétend qu'on les trouve en grand nombre à la face inférieure des écailles, mais jamais à la face supérieure, comme le dit Agassiz. Il les considère comme des éléments spéciaux et non comme des lamelles de tissu incomplètement formées ou hors d'usage. Ces corpuscules, dit-il, peuvent être extraits au moyen des acides sans perdre leur forme, et ils sont encore reconnaissables dans les écailles brûlées, d'où l'on peut conclure qu'ils consistent en une substance osseuse. Ils proviennent, selon toute apparence, de cette matière granuleuse en laquelle on les voit se transformer vers le bord de l'écaillé, et c'est d'eux que pro- cèdent ces aspérités qui existent au bord postérieur de l'écaillé de beaucoup de poissons [Perça, etc.). Vers le milieu de l'écaillé on trouve, au-dessous des corpuscules ellipliciucs, d'autres corpuscules de forme ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 100 quadrangulaire : ces derniers dans la portion postérieure de l'écaillé se déposent en série régulière et s'accroissent en épines. Ces épines ne peuvent être assimilées à de véritables dents, ainsi que l'a fait Mandl. Les épines du bord postérieur des écailles ne doivent pas être confondues avec les dentelures que l'on observe dans quelques écailles. Chez le Pelamys sarda on observe deux sortes d'écaillés ; la plupart sont rondes et à bord entier {cycloides), tandis que les écailles qui se trouvent sur les nageoires pectorales possèdent un bord postérieur dentelé {cténoïdes). Cette structure différente des écailles sur un seul et môme poisson peut servir à prouver que ces organes ne sont point propres à servir de base à une systématisation rationnelle. Il existe . visiblement des transitions d'une forme d'écaillé à une autre forme, en ce sens que chez certains poissons le bord postérieur paraît entier, si la dernière rangée des épines ou dents se trouve un peu éloignée du bord, tandis qu'il paraît pectine si ces épines se trouvent exactement sur le bord. Des genres de poissons extrêmement éloignés l'un de l'autre ont aussi souvent des écailles semblablement conformées, tan- dis que les espèces d'un seul et même genre, présentant d'autre part un certain nombre de caractères communs, peuvent offrir sous ce rapport les plus grandes différences. Quant à la couche supérieure ou externe des écailles, Peters re- connaît combien son étude présente de difficultés, surtout lorsqu'il s'agit d'expliquer l'origine et la signification des lignes concentriques et des sillons rayonnants.» Le tissu de cette couche, dit-il, ne laisse apercevoir le plus souvent aucun élément distinct ; parfois cependant on parvient à y reconnaître les mêmes fibres et les mêmes corpuscules que dans la couche inférieure, mais jamais avec le môme degré d'évi- dence et de netteté. Mandl fait remarquer que cette portion de l'écaillé fait effervescence avec les acides et laisse du cartilage. Par cette expérience ainsi que par la combustion, il se trouve démontré que la couche supérieure est de nature osseuse. » Selon Peters, les stries concentriques ne peuvent représenter les bords des lamelles ou feuillets superposés de l'écaillé, puisque la stria- lion n'est pas toujours parallèle au bord libre, mais se montre quel- quefois perpendiculaire à ce bord. Ainsi, chez VAlepocephalus rostratus, les stries ne se trouvent disposées concentriquement que dans le tiers postérieur de l'écaillé ; dans le reste de son étendue elles marchent droit en avant parallèlement les unes aux autres. 110 E. BAUDELOT. Peters repousse avec Agassiz l'opinion de Mandl relative aux sillons rayonnants; ilne croitpoint que ce soient des canaux servantà la nutri- tion de récaille, il les regarde comme des sutures {JSuhtc) qui rendent possible un accroissement plus considérable des écailles dans toute leur épaisseur. Du reste, ajoute-t-il, ces sutures ne se trouvent pas seulement dans la direction delà périphérie vers le centre, comme c'est le cas dans ]a plupart des écailles, mais il existe aussi des sutures dis- posées concentriquement {Ophidium, Rt/pticus^ Osteoglossum, Sudù, Hetct'otis, etc.). Peters nie , d'une manière générale , l'existence de corpuscules osseux dans les écailles ordinaires; il les admet, au contraire, pour les écailles des Polyptères et des Lépisostés. ' En 1842, M. Vogt, dans son ouvrage sur V Embryologie des Salmones\ fit connaître quelques faits relativement au développement des écailles. Voici ce qu'il dit à ce sujet : « Les écailles n'apparaissent que fort tard, longtemps après l'éclosion. Dans une série de jeunes Saumons, parmi lesquels il s'en trouvait de tous les âges, depuis l'éclosion jus- qu'à l'àgc de deux ans, j'ai pu voir que les })lus jeunes ne montraient encore que les rudiments des poches dans lesquelles les écailles se forment, tandis que les suivants, qui avaient trois mois, montraient déjà des écailles entièrement développées. Si l'on compare ces jeunes écailles avec des écailles de Saumon adulte, on sera frappé de la grande dili'érence qui existe entre ces diiféreuts âges. Les lames concentriques, si nombreuses chez l'adulte, sont en très-petit nombre dans la jeune écaille ; mais les lignes qui indiquent les bords des différentes lames sont aussi continues que chez les vieux poissons, et l'on n'a aucun indice qui puisse faire supposer que ces lignes soient composées de cellules isolées ; au contraire, les lignes lamellaires semblent même être plus uniformes et continues chez les jeunes écailles que chez celles qui ont atteint tout leur développement. On reconnaît aussi dans les jeunes écailles la petite lame centrale qui est l'origine de l'écaillé, cL qui paraît souvent beaucoup plus petite que l'espace cir- culaire vide situé au centre des écailles adultes usées. Quant aux lignes rayonnantes qui s'cntre-croisent avec les lignes lamellaires concentriques, elles sont tout aussi difficiles à expliquer sur les jeunes écailles que sur les écailles adultes. » 1 Histoire naturelle des poissons d'eau douce de l'Europe centrale, par L. Agassiz — Embryologie des Salmoncs, par C. Vogt. Neuchûtcl, 1842, p. 147 et 148. ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. iH Le mémoire de J. Millier sur les Ganuïdes et Sur la classification natu- relle des poissons^ (1844) mérite d'être cité pour quelques-unes des considérations qu'il renferme sur la valeur taxonomique des carac- tères empruntés aux écailles. D'après Miiller, la différence entre les écailles des Gycloïdes et celles des Cténoïdes est d'une importance assez faible et ne peut servir pour la classification que dans des limites fort étroites'-. Certains types, tels que l'Espadon, possèdent dans le jeune âge des plaques osseuses qui disparaissent plus tard. Notons en passant un mémoire de C. Yogt intitulé : Quelques Ob- servations sur les caractères qui servent à la classification des poissons Ganoïdes^. L'auteur y discute avec intérêt la valeur des caractères des écailles au point de vue de la distinction soit des différentes ordres de Ga- noïdes, soit des Ganoïdes et des poissons osseux. Dans son Manuel d'anato)nie comparée, 1849, rédigé en collabo- ration avec M. de Siebold'^, Stannius s'exprime ainsi au sujet des écailles : « C'est à tort qu'on a considéré les écailles comme des produits épidermiques ou cornés, et qu'on a admis que leur ac- croissement n'a lieu que par des couches juxtaposées. Quoique les nombreuses recherches microscopiques qui ont été faites pour consta- ter leur structure n'aient pas encore produit de résultats définitifs, surtout pour ce qui concerne la présence de vaisseaux sanguins dans leur intérieur, on ne peut cependant pas méconnaître à la surface inférieure de la plupart d'entre elles la présence d'une substance plus molle, de texture fibro-cartilagineuse , et il y en a d'ossifiées dans lesquelles on a démontré d'une manière positive l'existence de corpuscules osseux étoiles... La présence de corpuscules osseux étoi- les a été constatée dans les écailles des Polypterus et des Lepidosteus Je les trouve aussi dans celles du Thon commun. « 11 est plus que douteux qu'il soit convenable de prendre les diffé- 1 Annales des sciences naturelles, 3» série, t. IV, 1845. Mémoire lu à l'Académie des sciences de Berlin, le 12 décembre 1844, et traduit par M. Vogt des Archives d'histoire naturelle de Wiegmanu et Erichson, 1845, p. 91-141. 2 Voir à ce sujet un autre mémoire de Muller dans Wiegmann's Archiv, 1843, 3 Annales des sciences naturelles, 38 série, t. IV, 1845. * Nouveau Manuel d'anatomie comparée, par MM. de Siebold et Stannius. Paris, 1849, t. II, p. 49-53. H2 E. BAUDELOT. rentes formes des écailles exclusivement commme base de la classi- lication. Quelques zoologistes modernes ont attaché une grande im- portance à la manière dont se comporte le bord libre des écailles. On a appelé Cycloïdes les poissons à écailles très-entières, et Cténoïdes ceux chez qui leur bord libre est dentelé ou cilié ; ces modifications ont toutefois été employées trop légèrement comme base de la clas- sification. )) Je citerai encore pour l'année 1849 un mémoire de M. Alessan- drini, dont je regrette de ne pouvoir donner ici que le titre : De intima squamarum textura jnscium, deque scutulis super corio scatentibus Crocodili atqne Arinadili {Novi commentarii Academix Bononensis, 1849, t. IX, p. 371). Dans un mémoire de M. Daresle sur la classification des Plec- tognathes, 1850 \ se trouvent quelques remarques sur les écailles des poissons appartenant à cet ordre. Au sujet des téguments des Diodons et des Tétrodons, M. Dareste s'exprime ainsi (p. 122) : (( Les téguments de ces animaux ne sont point constitués par des écailles, mais par des épines implantées à la peau par leurs racines, dont la partie inférieure est formée par une substance de nature cor- née et dont la partie supérieure ou le piquant est très-analogue à l'ivoire des dents, et remplie, comme lui, de tubes calcigères qui vont en rayonnant dans tous les sens. Ces piquants sont beaucoup plus marqués dans les Diodons que dans les Tétrodons. » Plus loin (p. 123), parlant des téguments du Triodon, il ajoute : « Les téguments du Triodon sont très-différents de ceux de la famille précédente (Diodons et Tétrodons) : ils sont constitués par de véri- tables écailles, tout à fait comparables ù celles des poissons osseux. Ces écailles ne présentent, dans leur constitution, aucune substance comparable à l'émail ou à la matière osseuse, et leur bord externe est garni de petites dentelelures comme celles des Cténoïdes de M. Agassiz.)) Plus loin encore (p. 130), au sujet des écailles des Balistes, il dit : « Les écailles des Balistes sont des plaques rhomboïdales de nature 1 Recherches sur la classification des poissons de l'ordre des Plectognathes, par M. Camille Dareste {Annales des sciences naturelles, 3» série, t. XIV, 1830). ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. 113 osseuse, et diffèrent, par conséquent, beaucoup des écailles des autres poissons. )) Enfin, p. 133, il dit en parlant de la cuirasse des Ostracions : a Cette cuirasse résulte de l'union de plaques rhomboïdales placées les unes à côté des autres et qui sont formées de deux couches distinctes : l'une inférieure, de substance cornée; et l'autre supérieure, osseuse, pré- sentant au microscope de nombreux tubes calcigères, et qui rap- pellent beaucoup la matière des dents. » Un autre mémoire de M. Dareste sur un poisson fossile , le Bloc/nus longirostris ^, renferme quelques considérations sur la valeur des écailles employées comme caractère de classification. « Sans méconnaître, dit M. Dareste, la valeur des caractères tirés de la conformation des téguments, nous ne pouvons , dans l'état ac- tuel de la science, leur accorder le rôle de caractères dominateurs et leur subordonner les caractères ostéologiques, dont l'importance est beaucoup plus grande. « Nous savons par les observations de J. MûUcr que le Xipinas est, dans le jeune âge, recouvert d'écaillés osseuses qui tombent de très- bonne heure. a II serait possible aussi que chez le Blochius les écailles fussent caduques comme chez le Xiphias. » En 1851 parut dans les Transactions philosophiques de la Société royale de Londres un mémoire du professeur Williamson ayant pour titre : Recherches sur la structure et le développement des écailles et des os des poissons-. Ce mémoire, fort étendu, est l'un des plus importants qui aient été publiés sur les écailles des poissons osseux. L'auteur, faisant usage de coupes, y étudie successivement la structure des écailles d'un assez grand nombre de types, d'une espèce américaine indéterminée d'abord, puis de la Carpe, de la Perche, du Mngil capito, des Ba- 1 Examen de la place que doit occuper- dans la classification le poisson fossile décrit par S. Volta sous le nom de Blochius longirostris {Annales des sciences na- turelles, 3e série, t. XIV, 1850). 2 liivesiicjations inlo the Structure and Development of theScales andBones ofFisches, by W.-C. Williamson {Philosophical Transactions, iturt. II, for 1851, London). Daus les Philosophical Transactions, part. II, foi- 1849, se trouve un autre mémoire de M. Williamson : On the Microscopic Structure cf the Scales and Dennal Teeth of some Ganoti and Placokl Fish. Ce dernier mémoire étant étranger à notre sujet, qui doit rester limité à l'étude des Cycloïdes et des Cténoïdes, je ne m'y arrêterai point. AUCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — T. II. 1873. 8 114 E. BAUDELOT. listes, du Megalicldhys, du Dactylopterus voUtans, du Loricaria cata- Itlirdcfa, du Macropoma Mantelli, de VOstracion cornutus. M. Willianison est le premier, croyons-nous, qui ait assigné aux corpuscules de Maudl leur véritable signification, en établissant que ces corpuscules sont de nature calcaire et non, ainsi que l'avait cru M, Mandl, des cellules de cartilage. Mais eu qui donne surtout au mémoire de M. Williamson une haute valeur, ce sont les vues générales qu'il émet relativement au mode de composition des écailles et des autres parties dures des pois- sons. Reconnaissant l'affinité des écailles, des dents, des os chondri- formes, des os membraniformes, etc., il dit que ce ne sont point la des tissus de nature réellement diffférente, mais des tissus qui peuvent passer de l'un à l'autre par des transitions insensibles, et qui offrent, par conséquent, des liens de la plus étroite parenté. Afin de présenter les faits dans l'ordre où ils ont été exposés par M. Williamson, je vais d'abord faire connaître le résultat de ses ob- servations sur les écailles des poissons cycloïdes et cténoïdes (Carpe, Perche, Brochet, Saumon, Mugil capito, etc.). Suivant M. Williamson, une écaille de Cycloïde ou de Cténoïde se compose de trois couches, une inférieure, une moyenne et une supé- rieure. La couche inférieure ou couche interne consiste en lames membra- neuses disposées en zones horizontales parallèles. Ces lames, plus nombreuses au centre de l'écaillé, diminuent en nombre à mesure que l'on se rapproche de la périphérie, oii il finit parue plus en exis- ter qu'une seule. Chaque lame membraneuse est composée de fibrilles qui restent toutes parallèles dans le tissu d'une môme lame. Dans l'épaisseur de ces lames membraneuses se trouvent en grand nombre des corpuscules calcaires lenticulaires isolés, laissant apercevoir une série de couches concentriques et, au centre, une sorte de fissure longitudinale. Ces corpuscules ne se trouvent pas interposés entre les couches membraneuses, mais bien développés dans leur épaisseur, par le fait même de la calcification de leur tissu. Ils commencent par un simple atome calcaire et ils s'accroissent sur place par l'addition successive de couches concentriques à leur surface externe. Pendant cetaccrois- semeut ils conservent leur tendance i)riniitivc à revêtir une forme lenticulaire. La couche ntoijenne n'est, à vrai dire, que la continuation de la cou- ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX, UH che inférieure, légèrement modifiée dans sa structure, c'est-à-dire ayant atteint un plus haut degré de calcification. Cette couche moyenne peut se décomposer en lames horizontales qui correspon- dent, quant à leur direction,' aux lames membraneuses avant leur calcification. Ces lames, ainsi que celles de la couche inférieure, sont en stratification discordante par rapport à la couche supérieure, contre laquelle elles viennent s'appuyer successivement par leur bord. Les lames de la couche moyenne paraissent composées presque ex- clusivement de petits corps lenticulaires, semblables à ceux de la couche inférieure et qui paraissent se souder entré eux à mesure qu'ils s'accroissent en volume. Les corpuscules appartenant à une même lamelle offrent une tendance à s'orienter dans une même direction, comme si la direction des fibres exerçait une influence sur celle des granules calcaires. Ceux de lamelles difierentes croisent ceux des lamelles voisines plus ou moins obliquement. La couche moyenne offre plus d'épaisseur et de solidité vers le centre de l'écaillé, elle s'amincit graduellement en allant vers la périphérie. Les corpus- cules calcaires offrent aussi des variations de volume remarquables, suivant les différentes régions de l'écaillé. D'une manière générale, on peut dire qu'ils diminuent graduellement de volume à mesure que l'on se porte du centre vers la périphérie. Ceux du centre sont sou- vent de grande dimension : par l'adjonction successive de granules voisins, ils perdent leur contour fusiforme et prennent un aspect plus ou moins cuboïde. Vers le bord de l'écaillé, les corpuscules sont représentés par d'innombrables petits atomes calcaires qui se trouvent disséminés dans la substance membraneuse. La couche moyenne est loin d'offrir un égal développement dans tous les types. La Perche en offre un excellent exemple. La troisième couche, couche supérieure, couche superficielle ou couche externe, diffère de la précédente aussi bien par sa structure que par son mode de formation. Elle offre un aspect lamelleux plus ou moins prononcé, les lamelles qui la composent ayant une direction paral- lèle à celle delà surface libre. Ces lamelles paraissent être dépourvues de structure et formées d'un tissu homogène. La couche supérieure varie beaucoup d'épaisseur suivant les types. Les crêtes et les tuber- cules qui ornementent la surface externe des écailles ne sont autre chose qu'un épaississement partiel de la couche supérieure ; tels sont les tubercules des écailles de la Carpe; telles sont encore ces plaques hexagonales que l'on observe dans le champ postérieur de certaines 116 E. BAUDELOT. écailles [Miigil capito, etc.) et que l'on peut considérer comme des tubercules aplatis et régulièrement arrangés. Dans les écailles de la Perche et autres poissons cténoïdes, les dents ne sont également que des modiiications de la troisième couche ou couche superficielle. Ces dents sont les homologues des plaques hexagonales d'autres types, du Mugil capito, par exemple. L'accroissement des dents se fait au bord postérieur de l'écaillé. A chaque nouvel accroissement du bord correspond une nouvelle série de dents. Les sillons des écailles sont des érosions effectuées aux dépens de la couche supérieure, qui manque sur leur parcours. Selon M. Williamson, la couche calcaire supérieure des écailles ne peut s'expliquer qu'en admettant l'existence d'une fine membrane superficielle. Cette membrane s'accroîtrait vers l'intérieur, en même temps que ses fibres profondes se calcifieraient graduellement et se confondraient avec la portion déjà solidifiée de la couche calcaire supérieure. Cette membrane s'étendrait en outre sur les dents et peut-être même sur la surface entière de l'écaillé, de telle sorte que celle-ci se trouverait, en vertu de cette hypothèse, enfermée dans une sorte de capsule membraneuse. D'après M. Williamson, le tissu qui compose la troisième couche de l'écaillé des Cycloïdes et des Cténoïdes offre la plus complète ressem- blance avec la vraie ganoïne, c'est-à-dire avec la substance qui recou- vre les écailles des poissons sauroïdes et lépidoïdes. Il est également difficile, selon lui, de saisir une différence entre ce tissu de la troi- sième couche et le tissu des lames observées dans quelques-uns des os du Brochet et d'autres poissons osseux, dont la substance osseuse, dépourvue de lacunes, n'est autre chose que l'ensemble des lamelles calcifiées d'une membrane périostale sans structure apparente. L'ac- croissement en largeur des écailles cycloïdes et cténoïdes a lieu par l'addition successive de lamelles membraneuses à la face inférieure de celles qui ont été précédemment formées, chaque nouvelle cou- che étant plus large que les précédentes. La calcification qui envahit en totalité la couche moyenne reste limitée aux bords des lamelles plus inférieures, c'est-à-dire d'accroissement plus récent. Après cette étude de l'écaillé des Cycloïdes et des Cténoïdes, M. Wil- liamson passe à l'étude de l'écaillé des Batistes. Dans leur aspect extérieur les écailles des Batistes ont une ressem- ÉCAILLES DES POISSONS OSSEUX. H7 blance parfaite avec celles de beaucoup de Ganoïdes. Une coupe ver- ticale permet de constater que leur structure interne se rapproche tout à fait de celle qui prédomine parmi lesCycloïdes et les Cténoïdes, mais en conservant cependant un ou deux traits de ressemblance avec celle des écailles des Ostracions. Comme dans les Cycloïdes, chaque écaille se compose de trois couches de tissus distincts, superposées horizontalement, une infé- rieure, une moyenne et une supérieure. La couche inférieure est formée de lames membraneuses disposées parallèlement comme chez les Cycloïdes et les Cténoïdes, mais avec cette différence cependant que l'on voit s'adjoindre aux fibres horizon- tales des fibres épaisses et nombreuses, qui se portent obliquement de bas en haut et d'une couche à l'autre, ayant pour effet de relier ensemble ces diverses couches. Ces fibres obliques se retrouvent éga- lement chez les Ostracions. La couc/ie tnof/eunc, de nature calcaire, est formée exactement de la même manière que la couche correspondante des écailles de Cycloïdes et de Cténoïdes, à savoir : par le développement de petits granules arrondis et lenticulaires dans le tissu fibreux des lames membraneuses. Cette couche s'amincit vers le bord de l'écaillé, sa charpente solide cesse d'exister pour faire place à une multitude de petits granules isolés qui finissent eux-mêmes par disparaître, de telle sorte que la portion marginale de l'écaillé est constituée uniquement par le tissu des couches supérieure et inférieure. La couche supérieure ou couche externe est très-épaisse, à ce point qu'elle occupe dans quelques espèces un tiers du diamètre vertical de l'écaillé. La portion libre de la surface externe de cette couche est recouverte par de nombreuses papilles qui sont dues à un épaississe- ment partiel très-considérable de la couche supérieure. Cette dernière couche consiste en nombreuses petites lamelles disposées tout à fait de la même manière que les lamelles correspondantes de la couche supé- rieure de la Carpe, ce qui semble indiquer avec évidence que son accroissement s'est effectué par l'addition de nouvelles lamelles à la face supérieure des lamelles déjà préexistantes. Les lamelles qui composent la couche supérieure sont traversées par un réseau serré de canaux anastomosés, qui se portent dans toutes les directions. Ces canaux offrent leur plus grande largeur dans la portion inférieure de la couche supérieure, c'est-à-dire là où celle-ci est contiguë à la couche moyenne; à partir de ce niveau, ils offrent une tendance marquée à 118 E. BÂUDELOT. s'irniflior du contre vers la périphérie de l'écaillé. Ils émettent sur leur trajet de nombreuses branches anastomosées qui , à mesure qu'elles montent, diminuent de volume et finissent par s'ouvrir à la surface externe par des myriades de petits orifices. En résumé, la couche supérieiu'e de l'écaillé des Batistes est l'homo- logue de la couche supérieure des écailles de la Carpe, de la Perche et des autres poissons cycloïdes et cténoïdes; elle en diffère en ce que son tissu, au lieu d'être formé simplement de lamelles, renferme en outre des canaux anastomosés. Les écailles des Batistes semblent former le passage des écailles des Cycloïdes et des Cténoïdes aux écailles des Ostracions. M. Williamson appelle ensuite l'attention sur la slnu'ture remar- quable des écailles du Dacti/lopterus voUtnm. Ces écailles offrent en avant une base épaisse et élargie et se terminent en arrière par une pointe effilée. Dans l'intérieur de l'écaillé existent un certain nombre de larges cavités irrégulières reliées entre elles par des canaux de communication, et d'où partent de nombreux canalicules irrégulière- ment anastomosés, qui se portent dans toutes les directions. A l'exception d'une partie de sa surface inférieure, faiblement modifiée, cette écaille est évidemment composée d'un tissu uniforme qui se rapproche plus complètement que dans tout autre type du tissu ordinaire des os, tel qu'il existe chez les poissons osseux. Dans sa structure essentielle le tissu de cette écaille offre aussi une ressemblance parfaite avec la couche supérieure des Batistes : si donc cette dernière couche est bien réellement de la ganoïne, comme le pensent MM. Agassiz et Owen, alors, dit M. Williamson, presque toute l'écaillé du Dactylopterm serait composée de ce même tissu. Au sujet du Loricaria mlaphrncta, M. Williamson fait remarquer que la substance des écailles possède une véritable texture osseuse offrant une complète analogie avec ce qu'on observe dans l'Esturgeon et le Lepidosteus. M. Williamson termine l'élude des écailles des poissons osseux par un examen Irès-approfondi de la slruclurc des écailles des Ostra- cions. En commençant cet exposé des recherches de M. Williamson, j'ai dit ([ue ce